Adaptation des territoires aux évolutions du littoral

Le Jeudi 10 octobre 2019
La Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte a été mise en place en 2012 pour mieux anticiper les évolutions du littoral et faciliter l’adaptation des territoires à ces changements. Elle a vocation à renforcer la résilience des espaces littoraux en s’appuyant sur le rôle des milieux naturels côtiers, véritables atouts pour atténuer l’effet de phénomènes naturels (submersion marine, érosion, inondation, etc.).

Contexte d’élaboration de la Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte

Le littoral est un espace en perpétuel mouvement sous l’effet de facteurs naturels tels que le vent, les courants ou les variations du niveau de la mer. Ses évolutions, accentuées parfois par les activités humaines et les impacts du changement climatique, se caractérisent par une réduction ou une augmentation de la surface émergée liée à la perte ou au gain de sédiments le long du rivage de la mer. La perte de sédiments, communément appelée érosion côtière, se traduit par un recul du linéaire côtier, dit trait de côte.

Présente dans tous les océans du globe, la France dispose d’une très grande diversité d’espaces naturels côtiers, sources d’une importante richesse paysagère et écologique et supports de nombreuses activités économiques. Très attractifs, les littoraux français connaissent une démographie croissante. Ils concentrent ainsi de plus en plus d’enjeux environnementaux, sociaux et économiques dans un contexte évolutif marqué par des influences continentales, marines, atmosphériques et humaines, auxquelles s’ajoutent désormais les effets du changement climatique et notamment l’élévation du niveau marin.

Face à ce constat, une Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte a été mise en place en 2012 pour mieux anticiper les évolutions du littoral et faciliter l’adaptation des territoires à ces changements. Elle a vocation à renforcer la résilience des espaces littoraux en s’appuyant sur le rôle des milieux naturels côtiers, véritables atouts pour atténuer l’effet de phénomènes naturels (submersion marine, érosion, inondation, etc.). Cela nécessite de repenser l’aménagement du littoral.

La stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte

Une ambition pour les zones côtières

Si la mobilité du trait de côte est un phénomène naturel, les effets du changement climatique (notamment la montée du niveau de la mer), la forte démographie de la frange littorale et son important dynamisme économique (activités portuaires, aquaculture, tourisme, etc.) nécessitent désormais de repenser l’organisation territoriale des zones côtières. C’est dans cet objectif qu’une Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte a été mise place avec la volonté d’accompagner les territoires littoraux dans leur recomposition spatiale, en développant les outils nécessaires, en renforçant la connaissance et en facilitant l’information et la mobilisation de tous.

Des principes communs pour la gestion des zones côtières

Véritable cadre de référence, cette stratégie nationale a permis de définir des principes communs pour la gestion des zones côtières, en particulier :

  • l’anticipation et l’adaptation sur le long terme aux évolutions naturelles du littoral ;
  • la prise en compte simultanée des défis socio-économiques et environnementaux posés par le recul du trait de côte ;
  • l’élaboration de projets de territoire et de documents de planification cohérents et concertés, aux échelles spatiales et temporelles pertinentes ;
  • l’intégration des écosystèmes côtiers dans la définition de solutions adaptées ;
  • l’amélioration et le partage des connaissances sur les écosystèmes côtiers et leurs perspectives d’évolution.

La gouvernance

La stratégie nationale est pilotée par un comité national de suivi. Composé de représentants des différentes parties prenantes (État, élus, associations de protection de l’environnement, acteurs socio-économiques, scientifiques, etc.), ce comité propose les orientations stratégiques et valide les actions à engager permettant de disposer d’un cadre de travail commun et concerté.

La stratégie nationale participe pleinement à la mise en œuvre de la Stratégie nationale mer et littoral, qui dispose d’une instance de gouvernance spécifique, le Conseil national de la mer et du littoral (CNML). Dans un souci de parfaite coordination, le Comité national de suivi a été rattaché, en début d’année 2018, à ce Conseil.

Des actions partagées

Pour assurer la cohérence et la coordination des actions mises en œuvre, des programmes d’actions sont définis périodiquement.

Le premier, réalisé sur la période 2012-2015, a permis :

  • le développement et la diffusion de connaissances à travers notamment la création d’un indicateur national d’érosion côtière, la publication d’une synthèse des connaissances disponibles sur les dynamiques littorales et le lancement de la mise en réseau des observatoires du trait de côte ;
  • l’accompagnement de démarches locales à travers des appels à projets ;
  • l’insertion de la gestion du trait de côte dans les stratégies et documents de planification en matière de prévention des risques et d’aménagements du littoral.

Le programme d’action en cours, pour la période 2017-2019, conforte et poursuit ces réalisations.

Des actions concrètes pour l’aménagement du littoral

Stratégies territoriales pour la gestion du trait de côte

L’aménagement du littoral doit être repensé pour prendre en compte la mobilité du trait de côte et préparer les territoires aux évolutions à venir. Dans cette perspective, il est indispensable de développer des projets de territoire :

  • aux échelles temporelles et spatiales pertinentes ;
  • en associant l’ensemble des parties prenantes aux différentes phases d’élaboration ;
  • sur la base d’informations partagées et d’une analyse des différents choix possibles tenant compte des enjeux identifiés ;
  • en veillant à la prise en compte des écosystèmes côtiers et des fonctions qu’ils assurent.

D’ores et déjà, des projets locaux ont émergé : une stratégie régionale du littoral aquitain et les stratégies locales de Capbreton, du Cap Ferret, d’Ault et de Criel.

Démarches expérimentales

Pour identifier les outils et les modalités d’actions les plus adaptés et faciliter l’émergence de projets de territoire, des démarches innovantes sont initiées ou accompagnées au travers notamment d’appels à projets ou d’appels à idées.

Connaissance et observation sur l’évolution du littoral

L’amélioration des connaissances sur l’évolution du littoral constitue le socle indispensable pour renforcer la résilience des territoires littoraux et faire émerger de nouvelles modalités d’occupation de ces espaces changeants. La collecte, l’analyse et la diffusion de données peuvent être assurées par une grande diversité d’acteurs, certains organisés en observatoires régionaux ou locaux, mais également via les données transmises par les citoyens.

Les écosystèmes côtiers : des solutions pour les territoires littoraux

De multiples services rendus par les écosystèmes côtiers

Les milieux marins et côtiers (plages, dunes, rochers littoraux, lagunes littorales, estuaires, herbiers, mangroves, récifs coralliens, marais et prés salés, etc.) rendent naturellement une multitude de services grâce à leur fonctionnement écologique. Ces bénéfices sont réels et peuvent être déterminants, c’est pourquoi la stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte souligne la nécessité de protéger et de restaurer les écosystèmes côtiers mais aussi de prendre en compte leurs rôles dans les stratégies territoriales.

Ces espaces naturels contribuent à la protection contre les risques naturels, comme les submersions marines ou l’érosion côtière, qui vont s’amplifier dans les années à venir sous l’effet du changement climatique, notamment en raison de la montée du niveau de la mer et de l’augmentation de l’intensité et de la fréquence des tempêtes. Les écosystèmes côtiers, par effet tampon, limitent les incursions marines dans les zones vulnérables et réduisent l’érosion. Ils contribuent ainsi à l’adaptation au changement climatique et jouent également un rôle fondamental dans l’atténuation du changement climatique par leurs importantes capacités de stockage du carbone.

Les écosystèmes côtiers abritent une biodiversité riche et diversifiée. Ils assurent une continuité écologique entre mer et terre et structurent une mosaïque d’habitats spécifiques qui accueillent une multitude d’espèces.

Ils assurent également une régulation de la qualité de l’eau grâce aux capacités épuratoires naturelles des milieux (indispensable par exemple pour la conchyliculture) et fournissent de nombreuses ressources, notamment alimentaires. Ils contribuent à l’attractivité des territoires littoraux en matière de loisir et de tourisme.

Enfin, ces milieux naturels sont aussi porteurs de valeurs éducatives et scientifiques, esthétiques et paysagères, culturelles et patrimoniales, artistiques et spirituelles.

Plusieurs études visent à évaluer certains services fournis par les écosystèmes. C’est notamment le cas, en France, de l’Évaluation française des écosystèmes et services écosystémiques (EFESE), qui a notamment publié un bilan des connaissances mobilisables sur les milieux marins et littoraux français (octobre 2018) et une analyse du service de régulation de l’érosion côtière en Aquitaine (avril 2018).

On estime, par exemple, que les services de régulation des submersions et de l’érosion marines par les milieux naturels en baie de Somme représentent 6 millions d’euros par an tandis que la protection des espaces naturels sur le littoral des Maures (PACA) contribue au tourisme à hauteur de 106 millions d’euros par an. Selon le type d’habitats et de végétation, les plantes des marais réduiraient l’érosion de 30 à 80 % en comparaison d’une zone non végétalisée. Pour la protection contre les tempêtes, l’abaissement de la hauteur de houle serait de 4,4 cm à 15,8 cm par km de marais côtier traversé. Quant aux récifs coralliens et aux mangroves, ils atténuent 70 à 90 % de l’énergie des vagues.

Des solutions fondées sur la nature

La reconnaissance de cette valeur des services rendus par la nature conduit à l’idée de s’appuyer sur les écosystèmes naturels pour trouver des solutions efficaces, économes et durables aux défis de société. On parle alors de solutions fondées sur la nature. Celles-ci sont définies par l’Union internationale pour conservation de la nature (UICN) comme « les actions visant à protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés pour relever directement les défis de société de manière efficace et adaptative, tout en assurant le bien-être humain et en produisant des bénéfices pour la biodiversité ». Ces solutions « sans regrets » apportent des avantages combinés sur les plans environnementaux, économiques et sociaux.

En France, le Plan national d’adaptation au changement climatique et le Plan biodiversité (en particulier dans son objectif 1.2) réaffirment la volonté de l’État de contribuer à une plus grande adaptation des territoires et de renforcer leur résilience, à travers le déploiement de ces solutions fondées sur la nature. Le programme d’actions 2017-2019 de la stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte incite à valoriser le rôle des écosystèmes naturels dans les projets de recomposition spatiale des territoires littoraux, en complémentarité ou alternative à des solutions plus classiques de type génie civil.

[vidéo] La conférence de l’Agence française de développement (AFD) du 7 janvier 2019 : « Solutions fondées sur la nature & développement : le temps de l’action »

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A l’occasion des Hivernales de l’Agence Française de Développement, rassemblant l’ensemble de ses directeurs d’agence (110 pays), l’AFD a organisé une conférence :
« Solutions Fondées sur la Nature & Développement » Le temps de l’action

Ingénierie écologique, infrastructures vertes, restauration des paysages forestiers, gestion intégrée des ressources en eaux, protections naturelles des zones côtières,climatisation des villes par les espaces verts…
Les Solutions Fondées sur la Nature répondent directement à des défis de société par la protection, la gestion ou la restauration des écosystèmes et de la nature. Elles constituent des alternatives durables souvent moins coûteuses à long terme que les solutions “grises” et sont en cela indispensables à la transition écologique et à l’atteinte des Objectifs du Développement Durable dans de nombreuses situations.
Souvent utilisées, les SFN sont toutefois rarement identifiées en tant que telles. Leur mise en oeuvre au-delà de zones pilotes nécessite une meilleure connaissance et appropriation par les acteurs du développement et par les décisionnaires, au Nord comme au Sud.
Comment mieux connaître l’éventail des possibles et les coûts-bénéfices de ces alternatives vertes ? Comment permettre le changement d’échelle ? Comment améliorer la maîtrise des modèles techniques, économiques et financiers qui les sous-tendent ?
Aux côtés de ses partenaires, l’AFD souhaite engager une réflexion proactive pour placer les SFN au coeur de sa stratégie et faciliter ainsi leur intégration et leur déploiement dans les opérations de développement qu’elle finance à travers le monde.
En présence d’Isabelle AUTISSIER, Navigatrice & Présidente du WWF France.