Allocution d’Elisabeth BORNE devant l’Organisation internationale des constructeurs automobiles (OICA) à l’occasion du « Global automotive conference »

Le Jeudi 14 février 2019

Seul le prononcé fait foi

 

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

Je suis heureuse d’être aujourd’hui parmi vous pour fêter le 100ème anniversaire de l’OICA, ici, en France. Nous avons déjà eu l’occasion de partager hier soir, en présence du Président de la République, les grandes priorités qui sont les nôtres pour votre secteur.

Pour vous résumer le fond de ma pensée, je dirais que vous ne pouviez choisir un meilleur lieu que la France pour ce centenaire. Car nous entendons bien que l’année 2019 sonne dans notre pays comme une profonde révolution des mobilités.

Nous allons débattre au Parlement, dans quelques semaines, du projet de loi d’orientation des mobilités. Il engage une transformation profonde de l’organisation de la mobilité dans notre pays, pour répondre à un objectif clair fixé par le Président de la République : améliorer concrètement la mobilité au quotidien, de tous les citoyens et dans tous les territoires, grâce à des solutions de transports plus efficaces, plus propres et accessibles.

Ce projet de loi est issu de 18 mois de travail, il a mobilisé plus de 600 experts français et internationaux, mais aussi les citoyens et territoires qui ont pu faire de nombreuses propositions.

Par ailleurs, le Gouvernement a lancé un grand débat national pour répondre à la crise qui a émergé en fin d’année dernière dans un contexte de prix des carburants élevé. Cette crise a montré que le manque de solutions de mobilité est aujourd’hui vécu comme une source d’inégalités, d’injustice et de fractures entre les citoyens et entre les territoires, après des décennies où certains de nos concitoyens restent soumis aux fluctuations du baril de pétrole sans disposer de solutions alternatives.

La transition écologique est au cœur du grand débat qui a été lancé, et les échanges d’une grande maturité auquel j’ai pu directement participer, la dynamique elle-même du grand débat avec plusieurs centaines de milliers de contributions, ont montré à quel point les citoyens sont en attente de solutions, mais restent aussi pour la plupart exigeant sur nos enjeux climatiques et environnementaux.

Toutes ces actualités nous rappellent combien la mobilité est un enjeu fondamental dans le quotidien de chacun et donc dans les choix que nous avons à faire sur le pays et la société que nous voulons dessiner. Il est en particulier au cœur des attentes qui s’expriment dans les zones rurales, où chaque fois que cela est possible des solutions pour réduire le coût des déplacements doivent être proposées, en zone périurbaine où les enjeux d’accès aux centres urbains et de congestion nécessitent de repenser l’organisation de notre mobilité et la collaboration entre territoires.

Nous devons répondre, collectivement à ces enjeux. Les citoyens sont ouverts à de nouvelles solutions, à des évolutions de comportement, mais demandent à être convaincus que ces solutions sont réellement adaptées à leurs besoins. Les sondages aussi le montrent : 40 % des Français disent ne pas ne pas avoir d’alternative à l’usage individuel de la voiture dans leurs déplacements du quotidien alors même que 70 % utilisent la voiture pour se rendre au travail tous les jours. Nous avons donc là une forte marge de progrès.

Je suis convaincue d’une chose, c’est que les solutions doivent se construire à plusieurs : Gouvernement, territoires, entreprises, associations.

Je suis aussi convaincue que la voiture est et restera durablement la colonne vertébrale des déplacements pour des millions de nos concitoyens.  Mais nous devons collectivement faire en sorte qu’elle ne soit pas vécue comme une source de dépendance mais bien comme une solution qui facilite la vie et qui permet à chacun de s’émanciper.
La voiture doit être au rendez-vous des problèmes de pouvoir d’achat, de pollution, de congestion, et pour cela elle doit devenir rapidement plus propre et plus partagée, notamment grâce à l’apport du numérique.

C’est exactement l’ambition que je nourris pour le projet de loi d’orientation des mobilités, et je sais combien votre filière y est prête et déjà largement engagée. Une page se tourne. Cette nouvelle mobilité, plus propre, connectée, partagée, s’organise. Elle s’organise avec un cadre européen et national qui donne de la visibilité sur les grands objectifs à atteindre, et la France est fière de son engagement pour le climat. Elle s’organise au niveau local, où les infrastructures deviennent encore plus qu’auparavant une composante essentielle de l’organisation des mobilités, pour rendre possible ces mutations.
Nous, citoyens, gouvernement, collectivités territoriales, constructeurs, opérateurs de mobilité, avons plus que jamais besoin d’agir ensemble et en complémentarité pour organiser la mobilité. Le déploiement des services de free-floating est en l’illustration, où l’initiative privée compose et s’appuie sur un cadre ouvert qui doit néanmoins permettre l’insertion des nouveaux services de manière harmonieuse au service de l’intérêt de tous.

C’est l’objectif premier de la loi d’orientation des mobilités, de donner tous les outils aux acteurs pour favoriser, partout sur le territoire ces coopérations.

Aux territoires, tous les outils seront donnés pour démultiplier le potentiel des systèmes d’information et de billettique multimodales et aussi de toutes les nouvelles mobilités : covoiturage du quotidien, autopartage, cotransportage…
Avec le déploiement d’avantage à l’usage pour ces modes et la possibilité de soutenir financièrement leurs usagers, tant par l’Etat, les collectivités que par les employeurs, pour les intégrer pleinement dans l’organisation de la mobilité.
Un plan d’accélération du déploiement de bornes, au travers de mesures adaptées, pour développer un réseau dense de bornes de recharges en France est lancé. Par exemple, afin de couvrir les zones éloignées du réseau, notamment le long des axes de transport, les coûts de raccordement seront divisés par plus de 2. La mise en place de système de borne à la demande sera accompagnée. Enfin, dans l’objectif de nous assurer d’une couverture du territoire adaptée, nous travaillerons à des mécanismes permettant de combler les éventuelles carences d’initiatives.

La loi donnera également de nouveaux outils aux acteurs de la mobilité. Ce sera par exemple l’ouverture de l’ensemble des données des offres de mobilité. Un cadre d’exploitation en régime permanent et non plus expérimental pour les véhicules autonomes partagés sera opérant dès 2020. Cela passera aussi par la sécurisation des investissements des opérateurs d’infrastructures de recharge sur les autoroutes et la division par 2 des délais pour installer des bornes de recharge en copropriété. Des comités des partenaires seront mis en place dans tous les territoires. Ils seront un espace de dialogue entre les pouvoirs publics et les entreprises mais aussi les usagers sur l’offre de mobilité. Un cadre clarifié sera apporté pour les services de mobilité partagée dans les villes…

Afin que ces outils et innovations puissent se déployer plus vite, dans tous les territoires, nous avons également lancé la démarche France Mobilités / French Mobility, qui accompagne : les territoires pour qu’ils s’approprient toutes les solutions innovantes qui ont fait leur preuve, et les acteurs porteurs d’innovation pour qu’ils puissent déployer plus rapidement leurs solutions.
Vous l’avez compris, le Gouvernement donnera tous les outils aux acteurs pour que la révolution des mobilités s’opère en pratique, ici, pour les citoyens et sur tout le territoire !

Nous avons aussi compris que vous, industriels, aviez besoin de visibilité.
Nous la donnons avec nos objectifs environnementaux qui sont clairs : neutralité carbone en 2050, fin de la vente de voitures émettant des gaz à effet de serre au plus tard en 2040, sortie au plus vite des situations de dépassement des seuils de polluants atmosphérique, largement dues au transport.

Nous apportons de la visibilité avec une programmation des infrastructures de transports à dix ans, qui priorise l’entretien des réseaux existants, les mobilités du quotidien et les nouvelles mobilités, avec la mise en place d’infrastructures connectées pour accueillir les systèmes de transport intelligents coopératifs (C-ITS).
Nous apportons une visibilité sur nos outils fiscaux. Sur le soutien aux poids lourds propres avec une fiscalité attractive tant pour les investissements pour les véhicules que les carburants propres. Pour la voiture, nous fixerons dans l’année la trajectoire pluriannuelle jusqu’en 2022 du bonus sur les véhicules à zéro émission, en plus du renforcement significatif des dispositifs consacrés à la conversion des parcs qui toucheront 1 million de véhicules durant le quinquennat.

Nous nous fixons un objectif clair sur la mobilité autonome : avoir d’ici fin 2020 début 2021 de vrais services opérationnels à échelle 1 de mobilité autonomes et partagés dans plusieurs territoires. Cela passera par un cadre adapté s’appuyant sur l’élaboration conjointe entre constructeurs, transporteurs et autorités publiques, d’une base de scénarios de conduite utiles pour la validation de la sécurité des véhicules autonomes. Nous souhaitons que ce travail puisse être mené également au niveau européen, en particulier avec nos partenaires allemands.

Agnès Pannier-Runacher a pu vous présenter il y a quelques minutes toute l’attractivité de notre cadre national pour l’innovation et les investissements en France qui complète donc le cadre favorable au déploiement des nouvelles solutions de mobilités.

Néanmoins, il reste un chantier sur lequel nous devons tous accélérer. Nous devons convaincre que le véhicule électrique, les nouvelles solutions de mobilité, les véhicules autonomes sont autant de solutions, sûres, fiables et adaptées aux besoins.
Le véhicule zéro émission souffre encore d’un déficit de notoriété, et de crédibilité. Cela va changer dans les années qui viennent avec l’investissement massif des constructeurs dans les véhicules électriques, dont nous nous félicitons. Vous l’avez compris, la France construit l’écosystème le plus accueillant pour le véhicule zéro émission, en termes de cadre incitatif, de facilités de recharge, d’avantage à l’usage.
Et nous comptons maintenant sur les constructeurs pour mettre en avant leurs modèles et leurs gammes, qui seront à n’en pas douter d’une grande qualité dès 2019 et qui doivent aujourd’hui davantage intégrer les enjeux de pouvoir d’achat. C’est aussi une plus grande lisibilité sur les efforts qui sont faits en matière de recyclage des batteries qui est attendue.

Le Gouvernement mettra en place un site d’information www.jechangemavoiture.gouv.fr pour informer les citoyens sur les gains et facilités attendus du passage à des véhicules plus propres mais un effort collectif de promotion et de pédagogie reste à faire.

C’est aussi le cas sur les bornes de recharge, où nous devons collectivement assurer une expérience client plus fluide entre les différents réseaux, renforcer en pratique l’interopérabilité.

C’est enfin le cas des véhicules autonomes : nous devons démontrer son intérêt pour la société avec de véritables apports en termes de services de mobilité, sans rien rogner de nos enjeux de sécurité.

Les pouvoirs publics construisent le cadre, la visibilité sur les objectifs de moyens et long termes. Nous comptons sur vous pour apporter de la transparence, de la pédagogie au grand public et aux territoires, qui deviennent aussi vos clients.

Je vous remercie pour votre attention. Vous l’avez compris, vous avez en France un terrain fertile. Notre pays est déjà la première destination européenne pour les investissements étrangers dans le domaine automobile. Nous sommes tournés vers l’avenir et prêts à révéler les défis de la mobilité avec les acteurs mondiaux qui nous font confiance.
Venez expérimenter et déployer vos solutions en France, le cadre, l’écosystème, les territoires sont prêts à accueillir vos solutions et vos projets !