Biodiversité : présentation et enjeux

Le Lundi 21 août 2017
Le mot biodiversité est la contraction de biologique et diversité. Que cache cette notion apparue dans les années 1980 ? Pourquoi dit-on que la biodiversité est menacée ou qu’il y a une érosion de la biodiversité ? En quoi sommes-nous concernés ? Quelles sont les politiques entreprises par l’État français ?

La biodiversité, qu’est-ce que c’est ?

Une notion complexe mais indispensable

L’usage du mot biodiversité est relativement récent mais la biodiversité, elle, est très ancienne. La diversité biologique actuelle est le produit de la longue et lente évolution du monde vivant sur l’ensemble de la planète, les premiers organismes vivants connus datant de près de 3,5 milliards d’années.

Vidéo "Interview de Robert Barbault : comment l'évolution des espèces permet-elle de comprendre la biodiversité actuelle ?"

En quoi la prise en compte de l'évolution biologique est-elle utile, voire nécessaire, pour comprendre la biodiversité actuelle et son évolution ?
Interviewé : Robert Barbault, écologue, professeur à l'université Paris-VI et directeur du département écologie et gestion de la biodiversité au Muséum national d'Histoire naturelle.
Lieu : serres du Jardin des Plantes, Muséum national d'Histoire naturelle, mars 2011.

La biodiversité, c'est le tissu vivant de notre planète. Cela recouvre l’ensemble des milieux naturels et des formes de vie (plantes, animaux, champignons, bactéries, etc.) ainsi que toutes les relations et interactions qui existent, d’une part, entre les organismes vivants eux-mêmes, d’autre part, entre ces organismes et leurs milieux de vie. Nous autres, humains, appartenons à une espèce – Homo sapiens – qui constitue l’un des fils de ce tissu.

La notion même de biodiversité est complexe, car elle comprend trois niveaux interdépendants :

  • la diversité des milieux de vie à toutes les échelles : des océans, prairies, forêts… au contenu des cellules (pensons aux parasites qui peuvent y vivre) en passant par la mare au fond de son jardin ou les espaces végétalisés en ville ;
  • la diversité des espèces (y compris l’espèce humaine) qui vivent dans ces milieux, qui sont en relation les unes avec les autres (prédation, coopération…) et avec leurs milieux de vie ;
  • la diversité des individus au sein de chaque espèce : autrement dit, nous sommes tous différents ! Les scientifiques parlent de diversité génétique pour ce troisième niveau.

Étudier la biodiversité, c’est chercher à mieux comprendre les liens et les interactions qui existent dans le monde vivant.

Vidéo "Interview de Robert Barbault : en quoi la prise en compte des liens entre les êtres vivants est-elle nécessaire pour étudier la biodiversité ?"

La biodiversité est souvent présentée comme la somme des espèces qui peuplent notre planète à un moment donné de l'histoire de la Terre. En quoi cette vision de la biodiversité est-elle réductrice ?
L'interviewé : Robert Barbault, écologue, professeur à l'université Paris-VI et directeur du département écologie et gestion de la biodiversité au Muséum national d'Histoire naturelle.
Lieu : serres du Jardin des Plantes, Muséum national d'Histoire naturelle, mars 2011.

La biodiversité au cœur de nos vies

La biodiversité est une bibliothèque de connaissances et d’innovations technologiques, comme le biomimétisme.

La biodiversité offre des biens irremplaçables et indispensables à notre quotidien : l’oxygène, la nourriture, les médicaments et de nombreuses matières premières (bois, fibres telles que laine, coton, chanvre…).

Lorsqu’ils sont en bon état, les milieux naturels et les espèces nous rendent aussi de nombreux services, par exemple :

  • des animaux, en particulier des insectes, assurent la pollinisation d’une multitude de végétaux. Sans pollinisation, la plupart des fruits et légumes disparaîtraient des étalages ;
  • des espèces, comme le ver de terre, contribuent à la fertilité des sols ;
  • les végétaux, en particulier dans les milieux humides, contribuent à une épuration naturelle de l’eau en y puisant les éléments nécessaires à leur croissance ;
  • les tourbières sont des puits à carbone (stockage naturel) ;
  • les milieux humides protègent contre l'érosion du littoral, atténuent l'intensité des crues et des inondations… contribuant à lutter contre les effets du changement climatique ;
  • les milieux naturels et les espaces végétalisés dans les villes structurent nos paysages et améliorent notre cadre de vie, nous offrant autant de lieux pour se ressourcer, se promener, s’émerveiller…

La biodiversité c'est la vie !

  La biodiversité c'est la vie !

La biodiversité c'est la vie !

diversité + biologique = biodiversité

La biodiversité est le produit de la longue et lente évolution du monde vivant sur l'ensemble de la planète.

Les premiers organismes vivants connus datent de près de 3,5 milliards d'années.

La biodiversité est le tissu vivant de notre planète, riche de toutes les relations tissées entre les êtres vivants et leur milieu de vie.

3 niveaux de complexité interdépendants, la diversité des :

- milieux de vie (mer, prairie, forêt, mare...) ;

- espèces, y compris l'espèce humaine ;

- individus, ou diversité génétique.

La biodiversité, à quoi ça sert ?

- À fournir des biens au quotidien : oxygène, nourriture, médicaments, matières premières...

- À rendre des services irremplaçables : pollinisation, fertilisation des sols, épuration des sols, prévention des inondations...

+ de 70% des cultures, soit 35 % du tonnage de ce que nous consommons, dépendent d'une pollinisation animale (en particulier des insectes).

La biodiversité fournit en biens et en service près de 2X la valeur de ce que produisent les humains chaque année.

Elle est notre pharmacie ! Nos médicaments viennent, pour la plupart, de molécules issues des plantes, des animaux, des champignons, des microorganismes... Comme l'aspirine qui s'inspire de l'écorce de saule.

Combien d'espèces sur Terre ?

- 1,8 million d'espèces connues pour une diversité réelle estimée jusqu'à 100 millions.

- Le groupe de coléoptère (hannetons, coccinelles, bousiers...) rassemble le plus grand nombre d'espèces connues (plus de 300 000).

- Les vers de terre, si importants pour la fertilité des sols, représentent la première biomasse animale terrestre : 1 tonne par hectare en moyenne.

- Les écosystèmes coralliens représentent moins de 1% des fonds sous-marins mais abritent un tiers (environ 93 000) de toutes les espèces marines connues (environ 280 000).

En quoi la biodiversité est-elle menacée ?

Un constat inquiétant

Environ 1,8 million d’espèces différentes ont été décrites sur notre planète, dont 280 000 dans les mers et les océans. Les spécialistes estiment que 5 à 100 millions d’espèces peuplent notre planète alors qu’ils décrivent, chaque année, de l’ordre de 15 000 espèces nouvelles. Le travail de recensement est donc loin d’être terminé.

Or, dans le même temps, les experts indiquent que la moitié des espèces vivantes pourrait disparaître d’ici un siècle, compte tenu du rythme actuel de leur disparition, 100 à 1000 fois supérieur au taux naturel d’extinction. Certains scientifiques parlent d’ailleurs d’un processus en cours vers une sixième extinction de masse des espèces, la dernière en date étant celle des dinosaures, il y a 65 millions d’années. Mais la crise actuelle est beaucoup plus rapide (l’extinction des dinosaures s’est étalée sur plusieurs centaines de milliers d’années) et elle est quasi exclusivement liée aux activités humaines. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) propose un inventaire mondial de l'état de conservation des espèces, la Liste rouge mondiale des espèces menacées. En 2016, près de 30 % des 85 000 espèces étudiées sont menacées, dont 42 % des amphibiens, 25 % des mammifères, 13 % des oiseaux, 30 % des requins et raies, 34 % des conifères…

Les milieux naturels sont également fragilisés ou détruits par les activités humaines : sur l’ensemble de la planète, 60 % d’entre eux ont été dégradés au cours des 50 dernières années et près de 70 % sont exploités au-delà de leur capacité, tels les milieux forestiers.

Les causes de l’érosion de la biodiversité

Certaines causes naturelles peuvent expliquer la disparition d’espèces ou de milieux naturels, mais le rythme d’érosion actuel est largement attribuable aux activités humaines. Cinq causes majeures d’atteinte à la biodiversité sont identifiées :

  • la destruction et la fragmentation des milieux naturels liées, notamment, à l’urbanisation et au développement des infrastructures de transport ;
  • la surexploitation d’espèces sauvages : surpêche, déforestation, braconnage… ;
  • les pollutions de l’eau, des sols et de l’air ;
  • l’introduction d’espèces exotiques envahissantes ;
  • le changement climatique qui peut s’ajouter aux autres causes et les aggraver. Il contribue à modifier les conditions de vie des espèces, les forçant à migrer ou à adapter leur mode de vie, ce que toutes ne sont pas capables de faire.

Les causes se conjuguent fréquemment, Par exemple, les récifs coralliens ont fortement régressé dans certaines régions à cause de la pêche intensive, du réchauffement climatique et des pollutions marines.

Climat et biodiversité

Le changement climatique est une réalité à laquelle nous sommes confrontés. Quels sont les liens entre climat et biodiversité ? Quelles sont les conséquences du changement climatique sur la biodiversité en France ? Comment la biodiversité nous aide-t-elle à lutter contre les effets du changement climatique ?

La biodiversité et le climat ont une longue histoire commune qui remonte à l’apparition de la vie, il y a 3,5 milliards d’années. Les variations du climat ont modifié les zones de vie des espèces et la structure des communautés biologiques, des paysages et des zones biogéographiques. Ces variations sont responsables de la disparition et de l’apparition d’innombrables espèces, comme des transformations des sociétés humaines.

À l’inverse, la biodiversité influence directement le climat au niveau local (humidité, température…). Elle agit sur les grands cycles biogéochimiques (eau, CO2, etc.) dont dépend la régulation du climat mondial. Par exemple, les plantes absorbent du CO2 et produisent de l’oxygène : c’est ainsi que certaines régions du monde très riches en biodiversité, comme l’Amazonie, jouent un rôle fondamental dans la régulation du climat. La relation entre climat et biodiversité est donc complexe. Modifier l’un a des conséquences sur l’autre et vice-versa.

Le changement climatique actuel, majoritairement imputable aux activités humaines, se déroule sur un laps de temps très court à l’échelle des temps géologiques, dans un contexte où nous exerçons d’autres pressions majeures sur la biodiversité. Il modifie d’ores et déjà les interactions entre les espèces et leurs milieux de vie dans les écosystèmes. Pour un réchauffement mondial de 2 à 3 °C, les experts prévoient une augmentation du risque de disparition pour 20 à 30 % des espèces animales et végétales.

Le changement climatique affecte la biodiversité

On constate le déplacement des espèces et des habitats plus au nord ou vers des altitudes plus élevées, ce qui va modifier profondément les écosystèmes et les paysages. La vitesse du changement étant en outre supérieure à la capacité de migration de nombre d’espèces, celles qui ne pourront pas s’adapter sont menacées.

La hausse des températures réduit la rigueur climatique, allonge les périodes de végétation et modifie le comportement de migrateurs. Par exemple, les dates de floraison et de récolte pour les arbres fruitiers et les vignes sont avancées. Ces phénomènes peuvent rompre les synchronisations temporelles, par exemple entre la période de reproduction d’espèces et le développement saisonnier des végétaux dont ils se nourrissent ou entre le développement des proies et celui des prédateurs. La baisse de la rigueur climatique est également favorable au développement de ravageurs des peuplements forestiers.

La hausse des températures des eaux modifie la répartition des populations de poissons. Si les tendances actuelles étaient amenées à se poursuivre, le saumon pourrait ne plus être présent dans l’Adour, la Garonne, les bassins bretons et normands. Le réchauffement et l’eutrophisation des eaux de surface vont probablement augmenter la fréquence et le nombre d’aires propices à la multiplication massive de micro-organismes, ce qui peut contaminer des productions conchylicoles.

L’acidification des eaux, liée à l’absorption du carbone atmosphérique, modifiera les comportements de certains poissons vis-à-vis de leurs prédateurs ainsi que la productivité du plancton. L’acidification des océans est également dommageable à la construction et à la survie des récifs coralliens, ainsi qu’à l’ensemble des organismes marins à coquille calcaire.

Enfin, l’élévation du niveau de la mer pourra modifier les phénomènes d’érosion côtière. L’anthropisation de ces zones risque d’empêcher la migration progressive de certaines espèces littorales, faute d’espaces de repli à coloniser.

Les impacts du changement climatique sur la biodiversité

  Les impacts du changement climatique sur la biodiversité

Les impacts du changement climatique sur la biodiversité

Le réchauffement climatique en cours modifie, perturbe ou menace le monde vivant : l'aire de répartition des espèces animales et végétales se déplace, certains cycles végétatifs s'accélèrent...

Mieux comprendre l'effet de serre

- Les gaz à effet de serre contenus dans l'atmosphère sont nécessaires à la vie sur Terre et jouent un rôle dans la régulation du climat.

- Ils empêchent une large part de l'énergie solaire (les rayonnements infrarouges) d'être renvoyée vers l'espace.

- Grâce à lui la température moyenne sur Terre est d'environ 15°C. Sans lui, elle serait de -18°C.

Mais l'effet de serre est déséquilibré par les activités humaines qui émettent trop de CO2... Alors, le climat se dérègle avec des conséquences parfois graves sur la biodiversité.

La hausse des températures

La Terre n'a jamais connu de variations climatiques aussi rapides.

Le réchauffement actuel pourrait dépasser la vitesse de 2°C/siècle, un seuil critique pour de nombreuses espèces. Elle pourrait augmenter de 1,1°C à 4,8°C d'ici 2100.

Les écosystèmes perturbés

La perturbation des grands équilibres écologiques s'observe déjà : un milieu physique qui se modifie et des êtres vivants qui s'efforcent de s'adapter ou disparaissent.

- Des écosystèmes perturbés : 20 à 30% des espèces menacées d'extinction.

- Certains événements météorologiques extrêmes plus nombreux (vague de chaleur, submersion marines, sécheresses des sols).

- Des productions agricoles en baisse dans de nombreuses régions du globe : sécheresse, cycle de végétation raccourcis, migrations de ravageurs et maladies, incendies...

- La montée du niveau des océans (de 26 cm à 82 cm) aura un impact sur les îles, les deltas et les zones côtières très basses.

- Des risques sanitaires accrus, notamment en raison de l'avancée d'insectes vecteurs de maladies.

L'acidification des océans

L'acidité des océans modifie la propagation et l'absorption des sons dans l'eau, affectant le système auditif des poissons et des mammifères marins. Cette acidification représente un risque majeur pour les récifs coralliens et certains types de plancton menaçant l'équilibre de nombreux écosystèmes.

Le déplacement des espèces animales

28342 oies cendrées ont hiverné en France, en 2011 contre 10 en 1968.

L'expansion d'espèces nuisibles

Certaines espèces parasites et invasives (plantes et animaux) se déplacent vers des altitudes et latitudes jusque-là épargnées. Par exemple, la chenille processionnaire du pin à progressée de 4 km/an vers le nord durant les 10 dernières années.

Il est encore temps de réduire massivement nos émissions de CO2 !

La biodiversité influence le changement climatique

Les écosystèmes modifiés par le changement climatique influent à leur tour sur le climat local et mondial. Par exemple, en modifiant l’absorption et l’émission des gaz à effet de serre : l’agriculture, en particulier grâce aux haies, et la sylviculture (forêts) peuvent être des puits de carbone ; à l’inverse, le dégel progressif du permafrost (sols gelés des régions arctiques) devrait libérer de grandes quantités de carbone et de méthane. La biodiversité peut donc contribuer à augmenter ou à diminuer les émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique.

Pourquoi cultiver en agroforesterie ?

  Pourquoi cultiver en agroforesterie ?

Pourquoi cultiver en agroforesterie ?

L'agroforesterie désigne toutes les pratiques agricoles intégrant des arbres au sein des cultures. Les bénéfices sont multiples :

- protection contre les excès climatiques (vent, chaleur, froid, tempêtes, inondations, sécheresse) ;

- création d'un micro-climat (ombre, brise-vent) ;

- diversification des productions ;

- stockage du carbone ;

- formation d'habitats propices à une faune et une flore diversifiées ;

- limitation du ruissellement et de l'évaporation ;

- amélioration de la fertilité des sols ;

- filtration des nitrates par les racines des arbres.

 

 

La biodiversité nous rend également de nombreux services en contribuant à l’atténuation des effets du changement climatique, comme la protection contre l’érosion du littoral, l’atténuation de l’intensité des crues et des inondations, etc. C’est pourquoi elle constitue un thème important du plan national d’adaptation au changement climatique.

La biodiversité en France

Un patrimoine naturel d’une grande richesse

La France possède un patrimoine naturel exceptionnel : avec la métropole et les territoires outre-mer, elle est présente sur deux continents et dans tous les océans, sauf l'Arctique. C’est le 2e espace maritime du monde avec 11 millions de km².

Les experts ont défini, en Europe, plusieurs zones principales de répartition des êtres vivants, appelées zones biogéographiques. Le territoire métropolitain abrite des écosystèmes très variés au sein de quatre de ces zones européennes : alpine, continentale, atlantique et méditerranéenne. Il faut également souligner que la Méditerranée est l’un des 34 points chauds de la biodiversité aujourd’hui reconnus dans le monde, ces points chauds étant des régions très riches en espèces mais également très menacées. L’Hexagone occupe la première place en Europe pour la diversité des amphibiens, des oiseaux et des mammifères.

Outre-mer, la majorité des territoires français (Nouvelle-Calédonie, La Réunion, Mayotte, Guadeloupe, Martinique, Polynésie et Wallis-et-Futuna) sont situés dans quatre points chaud de la biodiversité. Quant à la Guyane, elle est au cœur de l’un des derniers grands massifs forestiers de la planète, l’Amazonie. La France est aussi le seul pays au monde à posséder des récifs coralliens dans trois océans : 10 % des récifs coralliens de la planète sont situés dans les eaux sous juridiction française de onze territoires d’outre-mer. Les Terres australes et antarctiques françaises, situées dans l’hémisphère sud, disposent d’écosystèmes terrestres et marins exceptionnels et abritent des espèces animales et végétales adaptées à des climats extrêmes. Les populations d’oiseaux y sont particulièrement importantes (manchot empereur, albatros d’Amsterdam, sternes, pétrels…). Dans certains de ces territoires, les espèces endémiques sont nombreuses.

Un patrimoine naturel menacé

L’engagement de la France pour la protection de la biodiversité est d’autant plus important que :

  • sur l’ensemble du territoire national, environ 180 ha de milieux naturels et terrains agricoles (soit près de 250 terrains de football) sont détruits chaque jour, remplacés par des routes, habitations, zones d’activités. Cela équivaut à environ 70 000 ha par an, soit un département comme la Vendée tous les 10 ans ;
  • la France, qui tient sa diversité spécifique notamment des territoires d’outre-mer, se situe parmi les dix pays abritant le plus grand nombre d’espèces mondialement menacées (soit 1143 espèces, dont 275 dans l'Hexagone) selon la Liste rouge 2016 de l’UICN ;
  • au niveau européen, la France métropolitaine est au 4e rang avec 275 espèces mondialement menacées (scarabée pique-prune, vison d’Europe…) après la Grèce, l’Espagne et l’Italie. Ces quatre pays sont présents en zone méditerranéenne, point chaud de la biodiversité.

La connaissance de la biodiversité

La connaissance de la biodiversité est un enjeu majeur. De sa qualité dépend la compréhension des phénomènes et des évolutions et donc l’efficacité des actions mises en œuvre en faveur de la biodiversité. Le travail de collecte de données sur les espèces et les habitats est une tâche continue qui s’appuie sur de nombreux programmes. Par exemple, la poursuite de l’inventaire des zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF), initié en 1982 avec la mise en place de la méthode d’inventaire continu, le lancement de grands programmes de connaissance comme la cartographie des habitats naturels (CarHAB) ou le suivi temporel des habitats forestiers (STHabFor). Autre exemple qui permet à chacun de contribuer aux connaissances : le développement des observatoires naturalistes s’appuyant sur les sciences participatives. Citons aussi l’Inventaire national du patrimoine naturel (INPN), initié en 2003 : sous la responsabilité scientifique du Muséum national d’histoire naturelle, l’INPN fournit les données de synthèse nécessaires à l’expertise, à l’élaboration de stratégies de conservation et à la diffusion d’informations sur le patrimoine naturel français (espèces, milieux naturels et patrimoine géologique). Depuis 2012, l’Observatoire national de la biodiversité propose des indicateurs pour éclairer des questions de société concernant la biodiversité.

Vidéo : "À la découverte de la biodiversité en ville et des initiatives de sciences participatives"

Le gris du béton domine dans le quartier d'affaires de La Défense. Pourtant, le promeneur curieux peut y découvrir une étonnante biodiversité urbaine sauvage. Plantes, champignons, insectes, araignées, oiseaux, mammifères, etc. s'installent en ville à la moindre opportunité. Partons à la découverte de cette biodiversité largement ignorée en compagnie de plusieurs naturalistes : Maxime Zucca et Julien Birard de Natureparif, Nathalie Machon du Muséum national d'Histoire naturelle, Mathieu de Flores de l'Office pour les insectes et leur environnement (OPIE) et Michel Colombe. Ils ont animé une sortie nature à La Défense. L'occasion de découvrir également comment chacun d'entre nous peut contribuer à une meilleure connaissance de la biodiversité par le biais des sciences participatives (par exemple avec les observatoires Oiseaux des jardins, Sauvages de ma rue ou le Suivi photographique des insectes pollinisateurs).

La biodiversité au cœur des politiques publiques

La richesse du patrimoine naturel français et les menaces qui pèsent sur son devenir confèrent à la France une responsabilité particulière en matière de biodiversité.

À la fin du XIXe siècle, des artistes et des gens de lettres, ainsi que les premières associations de tourisme et de protection des paysages, prirent conscience de la valeur patrimoniale et de la fragilité des paysages naturels. Alliés à divers mouvements d’opinion opposés aux excès de l’industrialisation, ils favorisèrent l’émergence d’une législation sur la protection des monuments naturels et des sites. Une première loi fut adoptée en 1906, puis modifiée et complétée par la loi du 2 mai 1930. Cette loi est aujourd’hui incluse au code de l’environnement. La législation s’intéresse aux monuments naturels et aux sites « dont la conservation ou la préservation présente, au point de vue artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque, un intérêt général ».

Il faut attendre le début des années 1960 pour que l’intérêt écologique de la protection des espèces sauvages et de leurs milieux de vie, ou habitats, soit reconnu explicitement dans les textes législatifs, avec la loi sur les parcs nationaux et la création de la première réserve naturelle en 1961. La création du ministère de l’environnement en 1971 et le vote de la loi sur la protection de la nature de 1976 permettent à la France de se doter progressivement d’une politique cohérente de sauvegarde de ce qui sera nommé, plus tardivement, la biodiversité.

Depuis 2004, la stratégie nationale pour la biodiversité (SNB) est la concrétisation de l’engagement français au titre de la Convention sur la diversité biologique, la France inscrivant ses actions en faveur de la biodiversité dans le cadre de ses engagements internationaux et européens ainsi que d’accords régionaux et de programmes multilatéraux. En 2016, la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages dote la France de principe renforcés, d’outils nouveaux et de nouvelles mesures pour répondre aux enjeux d’érosion de la biodiversité et de dérèglement climatique. Cette loi créée l’Agence française pour la biodiversité, un interlocuteur privilégié pour accompagner les acteurs de la biodiversité et de l’aménagement du territoire.

    Quelques dates concernant la préservation de la biodiversité en France

    • 2016 : loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages
    • 2007 : la loi Grenelle I instaure dans le droit français la création de la trame verte et bleue. La trame verte et bleue prend en compte le fonctionnement écologique des écosystèmes et des espèces dans l’aménagement du territoire, et s’appuie sur la biodiversité dite ordinaire.
    • 2006 : loi relative aux parcs nationaux, aux parcs naturels marins et aux parcs naturels régionaux.
    • 2004 : adoption de la Stratégie nationale pour la biodiversité 2004-2010. Après cette première phase 2004-2010, une deuxième phase 2011-2020 est en cours.
    • 1996 : lancement des premiers plans nationaux d’action en faveur des espèces menacées, qui visent à définir les actions nécessaires à la conservation et à la restauration des espèces les plus menacées.
    • 1993 : loi sur la protection et la mise en valeur des paysages, dite loi paysage, qui vise à protéger et mettre en valeur les paysages qu'ils soient naturels, urbains, ruraux, banals ou exceptionnels.
    • 1976 : loi sur la protection de la nature, l’un des grands textes fondateurs du droit de l’environnement.
    • 1960 : loi relative à la création de parcs nationaux.
    • 1930 : loi ayant pour objet de réorganiser la protection des monuments naturels et des sites de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque.
    • 1906 : loi organisant la protection des sites et monuments naturels de caractère artistique.

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