Le climat se réchauffe, la langue s’acclimate !

Le Mardi 19 novembre 2019

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Qu’est-ce qu’un « équivalent carbone » ? Que signifie « carbone » dans les expressions « bilan carbone » « empreinte carbone » ? La « compensation carbone » a-t-elle quelque chose à voir avec le « marché du carbone » ? « Sobre en carbone » est-il synonyme de « neutre en carbone » ? Pour que le climat, comme la langue, soit vraiment l’affaire de tous, les experts chargés de la terminologie auprès de la Commission d’enrichissement de la langue française ont défini avec soin 14 notions, pas toujours simples… mais en circulant de l’une à l’autre, tout s’éclaire !

L’Accord de Paris a fixé un cap ambitieux pour lequel la France a le devoir de montrer la voie de la mise en œuvre

L’Accord de Paris a la volonté de contenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C

Notre pays a ainsi inscrit dans le projet de loi énergie- climat l’urgence écologique et climatique et l’objectif d’une neutralité carbone en 2050. Nous sommes parmi les premiers pays du monde à l’inscrire dans la loi, et ce sera désormais la boussole de toutes nos politiques écologiques.

Une Convention citoyenne pour le climat a également été mise en place en octobre 2019 avec un objectif : donner la parole aux à 150 citoyens pour réduire et faire émerger des propositions concrètes pour atteindre une baisse d’au moins 40 % des émissions de gaz à effet de serre françaises d’ici 2030 (par rapport à 1990). Ces citoyens, représentatifs de la société française et tirés au sort, travaillent à des mesures pour réduire les grandes sources de gaz à effets de serre : transports, logements, alimentation, consommation et production. Présentées au premier trimestre 2020, ces propositions seront soumises sans filtre soit au vote du Parlement, soit à référendum, soit à application réglementaire directe.

De plus, la France mène une politique ambitieuse pour faire cesser l’érosion de la biodiversité. Le Plan biodiversité, adopté en juillet 2018 par le Gouvernement, a cette ambition d’inverser la tendance de la baisse de la biodiversité et d’impulser une mobilisation collective de tous les Français. Avec ce plan biodiversité, le Gouvernement est pleinement engagé à préserver la biodiversité à travers toutes les politiques publiques : agriculture, industrie, recherche, éducation, santé, etc. et autour d’actions concrètes permettant de diminuer les pressions sur l’environnement.

 

Acte 1 : mesurer !

Une émission de gaz à effet de serre (vapeur d'eau, gaz carbonique, méthane, ozone etc.) s’exprime en « équivalent en dioxyde de carbone » (symbole « éqCO2 », forme abrégée : « équivalent CO2 »). C’est la « masse de CO2 qui aurait le même potentiel de réchauffement climatique qu’une quantité donnée d’un autre gaz à effet de serre ». On trouve aussi le terme « équivalent carbone ».

A noter : dans nombre d’expressions liées aux gaz à effet de serre le terme « carbone » est utilisé comme abréviation de « dioxyde de carbone ».
 
La mesure du « contenu en dioxyde de carbone » (nous disons couramment « contenu en carbone » ou « contenu carbone ») contribue à établir le « bilan d’émissions de gaz à effet de serre » associées à un produit, à un procédé ou à une activité humaine pendant une durée déterminée. Il est établi par unité de produit ou d’activité, par exemple par kilomètre parcouru, ou encore par kilowattheure ou par tonne d’acier produits.

Lorsqu’il est question de comparer les émissions de gaz à effet de serre entre pays ou secteurs industriels, on a recours à un indicateur, on parle d’« intensité des émissions de gaz à effet de serre », abrégé en « intensité carbone » même si celle-ci ne concerne pas exclusivement le dioxyde de carbone.

Tout commence avec le « bilan d’émissions de gaz à effet de serre », abrégé en « bilan GES », ou « BEGES ». Il s’agit de « l’évaluation de la quantité totale de gaz à effet de serre d’origine anthropique émis dans l’atmosphère pendant une durée déterminée ». Ce bilan inclut les émissions directement issues d’une zone géographique donnée, comme le transport et le chauffage des ménages, des administrations, des commerces et des activités liées à la consommation locale, ainsi que celles qui lui sont extérieures, résultant de la fabrication et du transport des biens et des services importés ou exportés. Le « bilan d’émissions de gaz à effet de serre » est mesuré par son équivalent en dioxyde de carbone. À ce propos on évitera de parler de « bilan carbone » de façon générale car c’est une marque déposée.

Lorsque le bilan porte sur les émissions et sur les absorptions anthropiques de gaz à effet de serre, on mesure l’empreinte en gaz à effet de serre (abrégée en empreinte GES) et quand celle-ci se restreint au bilan de la quantité de dioxyde de carbone émis et absorbé, on parle d’« empreinte en dioxyde de carbone » (ou, une fois de plus, d’« empreinte carbone »).

Acte 2 : réduire !

Lorsqu’une technologie ou une chaîne de production réduit de façon significative des émissions de gaz à effet de serre (en limitant l’usage des combustibles et des carburants d’origine fossile et en améliorant l’efficacité énergétique par exemple), on dit qu’elle est « à faible émission de gaz à effet de serre ». On trouve aussi les termes « sobre en carbone » (en anglais : low carbon) et « bas-carbone », mais qui ne sont pas recommandés.

Une entité territoriale, une entreprise ou même des particuliers qui suppriment des véhicules à moteur thermique ou cessent de recourir aux centrales à charbon pour réduire les émissions de dioxyde de carbone pratiquent la « décarbonation » (l’anglais, attention, a une syllabe de plus : decarbonisation)   

Comme son nom l’indique l’« absorption anthropique de carbone » désigne l’action de l’homme visant l’absorption de dioxyde de carbone dans des puits de carbone naturels ou dans des installations de captage et de stockage du CO2. Le terme est parfois généralisé à certains gaz à effet de serre autres que le dioxyde de carbone, tel le méthane.

Nous sommes également capables de prendre des mesures techniques ou financières permettant de contrebalancer, en partie ou en totalité, les émissions, dans l’atmosphère, de gaz à effet de serre d’origine anthropique qui n’ont pu être évitées. On parle alors de « compensation des émissions de gaz à effet de serre » : une quantité donnée de gaz à effet de serre émis ici pouvant être compensée par l’absorption ou la réduction d’une émission de quantité équivalente de gaz à effet de serre là. Quand la compensation concerne les émissions de dioxyde de carbone, on parle de « compensation des émissions de dioxyde de carbone » (ou de « compensation carbone ») et lorsque les émissions sont totalement compensées par les absorptions on dit que l’on a atteint une situation de « neutralité en matière de gaz à effet de serre », abrégée en « neutralité GES » ; c’est lorsque cette neutralité concerne le dioxyde de carbone que l’on peut parler de « neutralité carbone ».

On peut aussi s’échanger des droits d’émission : un marché des émissions de gaz à effet de serre (abrégé en marché GES) a été mis en place, sur la base de quotas d’émission cessibles. Quand ce marché concerne les quotas d’émission de dioxyde de carbone, on parle de « marché du dioxyde de carbone » ou de « marché du carbone » (en anglais : carbon market).