Discours de Brune Poirson lors de la lecture définitive du projet de loi anti-gaspillage pour une économie circulaire à l’Assemblée nationale le mardi 21 janvier 2020

Le Mardi 21 janvier 2020

Monsieur le Président,
Madame la Présidente Barbara POMPILI,
Mesdames les rapporteures, Véronique RIOTTON, Stéphanie KERBARH, Graziella MELCHIOR,
Mesdames et Messieurs les députés,

Nous voilà arrivés au terme du projet de loi anti-gaspillage pour une économie circulaire. La Commission mixte paritaire a été l’occasion pour vous Madame la Présidente, Mesdames les rapporteures, aux côtés de vos homologues du Sénat, de révéler tout le potentiel de ce texte.

Rassemblement, action, solidarité, c’est ce que vous avez collectivement choisi. Ensemble, malgré les craintes des uns, les ambitions des autres, vous avez trouvé un accord, un équilibre qui reflète l’alignement des tendances politiques du parlement sur une ambition écologique non seulement forte mais centrée sur le possible et l’action.

A titre personnel, j’ai souvent dit ma volonté de voir le texte définitif représenter une synthèse fidèle aux avancées apportées par les sénateurs comme par vous. Je m’étais engagé devant eux à ce que leur travail ne soit pas défait, je suis heureuse de voir que c’est le chemin qu’ont suivi nos débats, et que vous ici vous y avez mis une vraie volonté de collaborer. Sur telle ou telle mesure, certains auraient aimé porter plus haut, plus vite les objectifs, d’autres au contraire ralentir les transformations. Mais concentrons-nous sur le résultat : d’un projet de 13 articles imaginé et travaillé  par le Gouvernement, vous avez fait un plan d’action en 130 mesures voté à la quasi-unanimité et qui va profondément transformer notre façon de consommer, de produire et de gérer nos déchets mais aussi d’envisager l’avenir.

Ce texte, votre texte, est une loi de rassemblement et de combat écologique, qui est notre combat à tous. Une loi à la hauteur des défis que nous avons à affronter pour mener notre pays au bout de sa transition écologique. Une loi qui vient après trente voir quarante ans la dernière grande loi sur les déchets. Pour cette raison, il était essentiel qu’il soit nourri des expertises et des influences de tous les bords de cet hémicycle et de chacune des chambres de notre Parlement. C’est ainsi que je conçois la construction du combat écologique.

Je n’en tire aucun orgueil personnel. C’est par un travail commun, collectif plutôt que par un travail des postures que nous avions la chance de façonner une loi à la hauteur des attentes de nos concitoyens.

Et quelles attentes !

Je pourrais développer ici les 130 mesures du projet de loi mais je préfère m’essayer à un travail de projection.

Dans quelques mois, dans quelques années, lorsque l’ensemble des articles de cette loi seront entrés en vigueur, notre quotidien, le quotidien de tous les Français, aura changé.

Le matin, vous utiliserez sans doute du shampoing. Vous l’aurez acheté dans votre commerce de proximité à un prix bonifié. Pour une raison simple : les produits qui ne deviennent pas des déchets auront un prix plus attrayants que les autres. Il en sera de même pour votre gel douche dont la bouteille, mieux conçue et donc durable, sera devenue rémployable quasiment à l’infini. Et si vous la jetez dans votre « bac jaune », vous aurez la certitude, que la matière qui a servi une première fois pour la produire, servira une nouvelle fois, en France. D’ailleurs, vous vous souviendrez qu’avant, quand vous partiez en vacances chez vos parents ailleurs en France, le « bac jaune » était d’une autre couleur.

Le jean que vous choisirez d’enfiler n’aura pas nécessairement fait 65 000 km avant d’arriver dans votre armoire. Vous l’aurez soit acheté dans une ressourcerie, qui seront bien plus nombreuses soit acheté dans votre marque préférée. Vous avez changé et grâce à vous elle aussi : les jeans abordables sont éthiques et elle vous l’aura indiqué sur l’affichage environnemental et social de ses produits indiqué en rayon. Ce jean, est produit dans une usine de votre région, à partir de matière recyclée. Résultat : moins de transport, moins de carbone émit et plus d’emplois dans votre ville. Chacun s’y retrouve.

Les cris de votre petite fille vous sortent de votre torpeur matinale. C’est la couche qui déborde ! Vous alternez entre les couches lavables et les jetables pour des questions de praticité, mais sans mauvaise conscience. Les premières sont lavées par votre machine à filtre qui empêche les éventuelles microparticules de plastiques de finir dans la rivière. Quant aux jetables, les entreprises se sont organisées, résultat : vous partagez avec vos voisins une poubelle qui leurs sont réservées. Et parce que triées, elles sont donc recyclées.

Je vous rassure, nous allons passer qu’une heure de la matinée ensemble mais je tiens à vous montrer des exemples très concrets de ce que cela va changer dans la vie quotidienne, que nous devons écologiser.

Vous rejoignez votre adolescent de fils, à la table du petit-déjeuner. Ils gloutonnent les céréales que vous avez acheté en vrac. Vous les aviez choisis pour faire des économies. Double avantage : cela vous coûte moins cher de les acheter et réduit la taille de votre poubelle. Bien entendu, il a les yeux rivés à sa tablette. Vous vous approchez pour regarder, la petite dans vos bras, elle s’agite, brusque, donne un coup dans le verre de lait qui se déverse sur … la tablette qui s’éteint. Il hurle, elle hurle, vous êtes sereins. Le réparateur de votre quartier en répare une multitude chaque semaine car c’est une tablette entièrement conçue en pièces détachées. Vous l’avez choisie pour cela : son indice de réparabilité était maximal. Sans compter, que la faire réparer, c’est gagner 6 mois de garantie en plus.

Des exemples, il y a en a beaucoup d’autres et je pourrais ne pas m’arrêter là. Je pourrais continuer sur les emballages des fruits et légumes qui vont disparaître, les tickets de caisse aussi, les médicaments qui vont être vendus à l’unité, les fast-food qui vont devoir utiliser de la vaisselle réutilisable, le doublement du nombre des filières pollueur-payeur, des 600 millions d’euros de transfert des industriels vers les collectivités. Je pourrais aussi parler de tous ces outils du quotidien qui vont aider les Français à changer de comportement.

Ce récit n’est pas de la science-fiction. C’est l’histoire que nous avons écrit ensemble en travaillant à cette loi. Les Français veulent vivre dans une société plus juste et plus sobre. Avec ce projet de loi, nous leur prouvons que nous les avons entendus et surtout que nous sommes déjà en train de l’inventer.

Pourtant, je l’ai dit, si de nombreuses nuances de vert peuvent exister, il y en a une particulièrement menaçante pour la démocratie et dangereuse pour la transition écologique. Cette nuance, c’est celle du mensonge, de la démagogie, du populisme. Un populisme vert parfois teinté de rouge, parfois de bleu marine.

Son objectif est simple : décrédibiliser les responsables politiques qui travaillent en prônant le réalisme afin de les faire passer pour adeptes du renoncement.

Parce que le réalisme, c’est regarder en face les résultats et les alertes des scientifiques et ne pas faire des promesses en l’air basés sur des réalités faussées. C’est véritablement de se baser sur des actions concrètes qui ont un résultat. C’est tout sauf le renoncement.

Nous voulons lutter contre ce mensonge qui utilisera l’angoisse que crée l’urgence climatique chez les Français pour les inciter à se tourner vers des choix faciles et des discours, à première vue, rassurants.

Mais mesdames et messieurs les députés, il faut le dire aux Français, sur les questions environnementales, bien plus qu’ailleurs peut-être encore, les beaux parleurs sont dangereux. Celui qui leur dit que la transition écologique est chose facile et qu’il n’y a qu’à et qu’il faut qu’on, celui-là leur ment. Car si c’était facile, tous ceux qui sont passés ici, sur ces bancs, avant cette majorité l’auraient fait ! Et si c’était facile, la taxe carbone, formidable outil sur le papier, encouragé par les ONG, n’aurait pas fait mettre des gilets, jaunes eux, aux Français.

Nous appartenons à une génération qui ne veut plus ne se contente plus de la facilité mais qui se remonte vraiment les manches pour s’attaquer aux difficultés, tout en montrant aux Français que la société écologique que nous voulons, que nous bâtissons, sera beaucoup plus solidaire et que le combat vaut la peine d’être mené.

C’est cet esprit qui a dicté les travaux autour du projet de loi anti-gaspillage qui est la preuve que nous avons les moyens de mener une politique écologique qui soit en même temps une politique de croissance. L’économie circulaire, c’est le système qui réconconcilie ces mots à l’étymologie si proche, que l’on a pourtant si longtemps opposés.

Oui et j’en terminerai là, nous avons les moyens, de réduire notre empreinte carbone et notre utilisation de nos ressources, tout en gagnant en qualité de vie et en pouvoir d’achat.

C’est la seule chose qui doit animer nos débats. Dans un esprit de vérité et de sincérité.

Je vous remercie,

 
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