Discours d’Elisabeth Borne - Biarritz – Jeudi 22 août 2019

Le Jeudi 22 août 2019

Pavillon océan, fondation Surfrider Europe
 

Monsieur le Préfet,
Madame la Députée,
Monsieur le Maire,
Mesdames et messieurs les Présidents, directeurs et représentants d’associations,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Bonjour à toutes et à tous,

Je veux tout d’abord vous remercier pour votre invitation et saluer votre mobilisation, en cette période estivale,  pour discuter de ce bien commun que nous chérissons tous : l’océan. Il est notre patrimoine, mais il constitue également notre avenir.

Son rôle dans la régulation du climat, sa capacité d’absorption des émissions de gaz à effet de serre, en font notre meilleur allié pour lutter contre le changement climatique. Nous le savons bien : nous décrivons volontiers les forêts comme les poumons de la Terre, et leur rôle est essentiel ; mais nous devons garder à l’esprit que les océans représentent un poumon encore plus important : ils produisent en effet 50 % de l’oxygène de la planète.

On peut donc dire, littéralement, qu’une respiration sur deux provient de l’océan.

C’est pourtant un allié bien négligé. Pollution plastique, acidification, surpêche, ne sont que quelques-unes des maladies de l’océan dont nous sommes la cause. Le préserver, c’est bien davantage qu’un devoir pour les générations à venir, c’est une question de survie. C’est aussi simple que cela.
Si le diagnostic est simple, les solutions, hélas, ne le sont pas.
Vos échanges depuis lundi le montrent, et vous avez à la fois abordé les défis climatiques et écologiques et les moyens de les relever, que ce soit en impliquant les acteurs du sport ou du tourisme durable, ou encore en se mobilisant contre les pollutions plastiques.

Pour s’attaquer aux problèmes qui menacent les océans, pour y apporter une réponse, je crois qu’il est essentiel d’en parler, d’échanger, et de réfléchir ensemble aux solutions. C’est une belle ambition, et je salue le remarquable travail accompli par la fondation SURFRIDER EUROPE et la plateforme océan climat. Je suis d’ailleurs heureuse que les océans, grâce à ce travail collectif, soient ainsi placés cette semaine au cœur d’un des plus grands rendez-vous internationaux : le Sommet du G7.

Certes, ce Sommet du G7 ne parlera pas uniquement d’océans, et d’environnement, mais ce thème sera central pour nous. En effet, si la priorité de la présidence française est la lutte contre les inégalités ; il n’en demeure pas moins que les inégalités environnementales engendrent souvent toutes les autres : les dérèglements climatiques touchent davantage les pauvres que les riches, les femmes que les hommes, les pays en guerre que les pays en paix. Nous ne pourrons résoudre aucun des grands problèmes du monde si nous ne protégeons pas notre planète.

L’océan est un bien commun, qui nécessite donc, pour le protéger, une mobilisation internationale.
Je veux tout de même dire un mot de notre action nationale, car en matière d’océans, la France, qui possède le deuxième espace maritime mondial, a un rôle et une responsabilité particulière.

Protéger les océans est ainsi un axe prioritaire du plan biodiversité adopté en juillet 2018.  L’ambition de ce plan est double. D’abord, favoriser au plan national la mise en œuvre d’actions concrètes. Ensuite, au niveau international, permettre à la France de soutenir un cadre mondial ambitieux pour la reconquête et la protection de la biodiversité. L’horizon est connu : la COP15 de la Convention sur la diversité biologique, qui se tiendra en Chine, l’année prochaine.

Le Gouvernement est par ailleurs pleinement engagé dans la création et la gestion d’aires marines protégées.

Porter leur part à 30 % d’ici 2020 dont un tiers sous protection forte, voilà notre ambition. L’inscription des « Terres et mers australes françaises » au patrimoine mondial de l’UNESCO est une récompense et une aide précieuse dans cet effort que nous allons encore renforcer.

Là encore, nous ne portons pas cet effort qu’au niveau national, car ce serait insuffisant : nous œuvrons également pour l’adoption d’un accord international, qui soit juridiquement contraignant, sur la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine en haute-mer. La haute mer est un univers fascinant : à une époque où presque chaque mètre carré sur terre a été exploré et attribué, la haute mer est l’un de nos derniers biens communs. Nous devons donc le protéger tous ensemble.

L’objectif de zéro plastique dans les océans est également pour la France une priorité nationale, européenne et internationale. C’est le thème de cette journée et c’est un défi qui me semble rassembler tous les enjeux du moment. 80 % des déchets marins viennent de la terre. Les trois-quarts d’entre eux sont des déchets plastiques.
Ils ne menacent pas uniquement la biodiversité marine mais cela ouvre aussi des questions pour la santé humaine.
-    C’est pourquoi nous avons fait le choix de promouvoir une économie circulaire qu’un projet de loi sur la lutte contre les gaspillages viendra conforter.
-    Parallèlement, et pour répondre à cette urgence, la France s’est également engagée à adopter une feuille de route cet automne fixant les étapes pour atteindre l’objectif de zéro plastique rejeté à la mer en 2025.
-    Comme dans toutes les batailles écologiques, le niveau local est primordial ainsi sans attendre l’adoption de cette feuille de route, nous avons souhaité accompagner avec l’ANEL, des ONG et l’ADEME des démarches volontaires. Ainsi, la charte « plage sans déchet plastique » lancée cet été connaît un vrai succès. Je suis fière d’être venue aujourd’hui dans une ville, Biarritz, qui l’a ratifiée ce midi même. C’est un combat que je partage avec Brune POIRSON particulièrement mobilisée sur ce sujet.
Car la plage de Biarritz n’appartient pas seulement aux Biarrots. Vitrine du pays basque, spot mythique pour les surfeurs du monde entier, elle appartient un peu à tous les amoureux de la mer.

La responsabilité de développer une économie bleue et durable incombe également aux Etats. Nous devons construire un modèle permettant de vivre de la mer, sans la piller.
Dans ce cadre je voudrais saluer l’intense concertation qui a été réalisée par les parties prenantes publiques et privées pour adopter des documents stratégiques de façade maritime. Ces outils de planification de nos espaces maritimes vont nous offrir un cadre, toujours perfectible, j’en ai conscience, pour promouvoir une économique maritime durable et l’atteinte du bon état écologique des eaux marines d’autre part. C’est une première en Europe, et je m’en félicite.

Plus largement, nous devons défendre les océans dans toutes les enceintes, que ce soit à l’Organisation maritime internationale, à l’ONU ou dans des forums comme le G7.
C’est d’ailleurs ce que nous ferons à partir de samedi, puisqu’il est prévu que les chefs d’Etat et de gouvernement adoptent une déclaration de la haute ambition sur la protection des océans.

Mais les Etats, seuls, ne peuvent pas tout. L’implication des acteurs économiques est essentielle comme en témoigne la charte, rassemblant les principaux armateurs et croisiéristes, en cours d’adoption. En la rejoignant, les signataires s’engagent à diminuer les émissions de leurs navires et les nuisances sous-marines, ou encore à mieux équiper les bâtiments pour éviter les collisions avec la faune marine. En un mot, à mieux respecter l’environnement dans lequel ils évoluent.
A ce stade, la quasi-totalité des acteurs français l’ont déjà adoptée, et je m’en réjouis. Mais c’est insuffisant : notre combat doit désormais porter sur nos partenaires étrangers, et c’est un travail que nous menons sans relâche.

Une autre initiative, qui peut sembler de prime abord sans rapport avec cette journée, sera présentée au G7 : c’est une coalition de la mode durable, qui rassemble certaines des plus grandes entreprises mondiales du textile, dont je rappelle qu’il s’agit de la deuxième industrie la plus polluante au monde.
Elle vise notamment à réduire l’utilisation de plastiques et micro-plastiques dans les vêtements ; or ces plastiques, on l’a dit, se retrouvent in fine dans les océans. Tout est lié.

Impliquer les Etats et les acteurs économiques, c’est bien, c’est même nécessaire, mais c’est encore insuffisant, et j’en arrive ici au cœur de mon intervention.

Je parlais d’alliés un peu plus tôt. La préservation des océans en demande un grand nombre. Et ces alliés, ils sont ici, aujourd’hui.
Nous ne pourrons pas réussir si nous ne nous appuyons pas sur vous. Votre exigence, mais également votre expertise, nous obligent à obtenir des résultats, et nous aident à y parvenir. Cela tombe bien, car cette exigence de résultats, je la partage, comme le Président de la République. Il l’a répété tout au long de cette année de présidence française du G7, il ne veut pas de discours, il veut des résultats. C’est pour cela, également, qu’il rassemblera des ONG demain, à l’Elysée, pour porter leur message au G7.

Les cyniques connaissent trop bien l’adage « quand tout aura été dit et fait, beaucoup plus aura été dit que fait».

Moi, je serai toujours du côté de celles et ceux qui font. Et je sais pouvoir compter sur vous. Naturellement, nous n’avons pas attendu la fin du mois d’août pour ouvrir le G7 à la société civile.

Pour ne prendre qu’un exemple, dès le mois de mai, à Metz, la réunion des ministres de l’environnement du G7 a pleinement associé la société civile tout au long de la séquence de haut niveau.

Cette ouverture, trop rare dans un forum comme le G7, peut sembler un choix audacieux, mais elle est en réalité une nécessité. L’époque n’est plus aux réflexions en silos.

Je crois que notre capacité à imaginer et mettre en place des solutions concrètes dépend de notre coopération. La mise en commun des expériences et des idées, en somme le partage des intelligences, voilà qui nous permettra de relever les défis devant nous.

Aristote a écrit « il y a trois sortes d’Hommes : les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer ». Je crois que les océans, et ceux qui les chérissent, constituent un univers à part, le plus précieux qui soit. On ne parle pas de planète bleue par hasard.  Notre mission, c’est de la protéger.

Je vous remercie, encore une fois, pour votre investissement de chaque instant dans la protection des milieux marins.  Nous avons besoin de vous tous, et nous avons besoin les uns des autres. En mer, il est souvent affaire d’équipage…

Je vous remercie.

Seul le prononcé fait foi

 

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