Discours d’Elisabeth Borne : Développement de la filière gaz naturel véhicules GNV/bioGNV Usine Fiat Powertrain Technologies, Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire)

Le Jeudi 11 janvier 2018

Seul le prononcé fait foi

Mesdames Messieurs les députés,
Messieurs les sénateurs,
Messieurs les Présidents,
Mesdames Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureuse d’être dans ce très beau site industriel ancré dans son territoire, qui montre que l’industrie a un avenir dans notre pays, et que la transition énergétique est une chance pour l’emploi dans les territoires.

Partout dans notre pays, lors de mes déplacements, j’entends des citoyens, des élus locaux,
·    qui se soucient des enjeux climatiques, des problèmes de bruit et de pollution de leur ville, de leur vallée,
·    qui attendent de nous de leur permettre d’accéder à des transports plus propres et plus durables, pour eux-mêmes et pour les biens qu’ils consomment.

Cette ambition je la partage pleinement avec Nicolas Hulot.

Nous la portons au travers du Plan climat pour atteindre la neutralité carbone en 2050, avec un objectif clair que la transition énergétique des véhicules soit accessible à tous et ne génère pas d’exclusion.

Une transition énergétique que je ne vois pas comme une contrainte mais une réelle opportunité qu’a pleinement saisie votre filière.

Le site que nous venons de visiter en est une illustration.

Le lancement d’un nouveau moteur gaz et le rapatriement d’une partie de la production montrent en effet que la transition écologique est une chance et créatrice d’emplois.

Ce n’est pas vous, Mesdames et Messieurs les élus, qui me contrediraient, au vu des impacts que ces évolutions ont sur l’emploi et l’attractivité de votre territoire.

Les investissements associés généreront des heures de travail supplémentaires et l’acquisition de nouvelles compétences pour les salariés du site. Nous ne pouvons que nous en réjouir.

C’est donc avec plaisir que je suis parmi vous aujourd’hui et je remercie Iveco, l’Association française du gaz naturel véhicule et tous les acteurs de la filière d’avoir organisé ces échanges.

Pour moi, cette journée s’inscrit dans la continuité des Assises nationale de la mobilité, à laquelle vous êtes nombreux à avoir contribué, et je vous en remercie. Elle nous permet d’affiner la stratégie de mobilité que nous sommes en train de construire.

Les échanges lors des Assises ont montré la nécessité de structurer la mutation des mobilités autour de jalons, de donner de la visibilité à tous les acteurs.

C’est, il me semble, l’une des premières responsabilités de l’Etat, en particulier dans les phases de transition que nous connaissons.

Nous devons donner un cap clair pour vous permettre, constructeurs, transporteurs, acteurs de la chaîne des mobilités propres, d’investir, de prendre des décisions éclairées.

Le plan Climat donne des jalons à horizon 2040 et 2050.

La loi d’orientation des mobilités devra en définir d’autres, plus séquencés, ou plus spécifiques.

Mon ambition, c’est de construire une trajectoire de verdissement de nos flottes qui permettent le plus rapidement possible d’assainir les zones où la pollution se concentre (villes, vallées…) et d’atteindre les objectifs du Plan Climat.

Dans ce cadre, le GNV, et surtout le bioGNV, ont une place centrale, en complémentarité des autres vecteurs énergétiques, sur leurs segments de pertinence.

C’est pourquoi nous avons lancé avec Nicolas Hulot le 21 novembre une mission relative au plan de déploiement des véhicules fonctionnant au gaz naturel.

Elle ne part pas de rien : la filière a déjà fourni un travail important comme nous l’avons vu durant la table ronde. Les conclusions de la mission nous seront présentées à la fin du mois de février et s’appuieront sur les travaux déjà réalisés par la filière.

Le rôle de l’Etat, c’est aussi de rendre possible, grâce à des réglementations adaptées, qui assurent la sécurité de nos concitoyens mais n’entravent pas l’activité.

L’Etat doit aussi permettre l’intégration par les acteurs économiques des externalités qu’ils génèrent.

A ce sujet, nous analysons avec beaucoup d’intérêt la proposition issue des Assises de déployer progressivement des zones à faibles et très faibles émissions dans les villes françaises.

Là encore, le rôle des pouvoirs publics sera de donner de la visibilité pour accompagner ces changements.

Sans attendre ces échéances, nous avons souhaité encourager les comportements vertueux.

Je pense notamment au gel jusqu’en 2022 du taux de la TICPE du GNV, et à la reconduction jusqu’à fin 2019 du dispositif de suramortissement pour les achats de véhicules GNV supérieurs ou égaux à 3,5 tonnes.

Deux mesures qui, je le sais, étaient très attendues par la filière. Grâce à elles, il faut le dire : la filière GNV est vraiment compétitive, et il ne faut pas que les transporteurs, que les autorités organisatrices, hésitent à se lancer.

Pour accélérer ces évolutions, je suis à l’écoute des propositions de la filière.

J’ai bien noté, par exemple, celle d’élargir le dispositif de suramortissement aux transports de voyageurs, qui fait l’objet d’une expertise.

Mais au final, la responsabilité de cette transition et les leviers pour la mettre en œuvre reposent d’abord sur vous.

·    Les constructeurs et les équipementiers développent les technologies propres et travaillent à en réduire les surcoûts ; certains segments ne semblent pas encore avoir leur motorisation propre.

J’invite la filière à poursuivre les développements en France, en s’appuyant au besoin sur les dispositifs de soutien à l’innovation que l’Etat a mis en place.

La formation des salariés est également clé pour accompagner ces changements, c’est le sens de la réforme de la formation professionnelle que Muriel Pénicaud porte.

·    Les transporteurs de marchandises comme de voyageurs, et les chargeurs, sont au cœur de la démarche de verdissement.

L’Etat soutiendra les initiatives qui visent à mettre en œuvre des plans d’action de réduction de GES, à l’instar du programme Objectif CO2 qui s’achève et qui a bénéficié de CEE.

Mes services travaillent actuellement avec les transporteurs et chargeurs pour lancer un nouveau programme.

Par ailleurs, je sais que plusieurs transporteurs de Saône-et-Loire ont déjà investi et engagé des partenariats avec des chargeurs pour réduire la pollution et le bruit et nous ne pouvons que nous en féliciter !

·    Le développement du GNV doit se décliner dans tous les territoires. Je suis heureuse de voir que les acteurs économiques se sont saisis de cet enjeu et déploient des infrastructures, avec déjà plus de 60 stations ouvertes au public dans notre pays, dont 2 en Saône-et-Loire.

Dans le cadre du programme d’investissements d’avenir, un appel à projets cible le développement simultané de stations GNV et de flotte de véhicules. Ce dispositif a rencontré un franc succès. 8 projets ont été sélectionnés : ils représentent plus de 381 M€ d’investissements dont 30 M€ d’aides de l’Etat.

100 nouvelles stations seront ainsi créées dans les 4 prochaines années, dont deux devraient être proches de Bourbon-Lancy.

Les résultats seront rendus publics en début d’après-midi.

Ces premiers déploiements sont encourageants mais ne couvriront pas encore l’intégralité du territoire.

Je suis à l’écoute de vos propositions pour les accélérer et permettre un maillage qui ne laisse pas de territoire de côté.

·    Les collectivités territoriales y sont naturellement attentives et ont un rôle particulier à jouer à ce sujet.

Elles permettent voire suscitent le déploiement d’infrastructures d’avitaillement sur leur territoire. Elles s’inscrivent dans la démarche de verdissement de leur propre flotte et pour les plus grandes de mise en place de zones à circulation restreinte.

Enfin, j’aimerais souligner l’enjeu spécifique du biogaz. Le GNV permet de fortes réductions d’émissions de particules fines et de NOx mais il ne permettra pas, sans biogaz, d’atteindre nos objectifs climatiques.

Le GNV trouvera sa pleine efficacité avec l’incorporation croissante du bioGNV. Le biogaz présente par ailleurs un intérêt intrinsèque de valorisation des déchets, notamment en milieu rural.

Des dispositifs d’aide publique encouragent le développement de la filière bioGNV, production et consommation.

Le territoire de Saône-et-Loire s’engage, avec l’usine de tri-méthanisation-compostage de Chagny et la construction du méthaniseur de déchets agricoles de Ciel.

Il est nécessaire d’aller plus loin, plus vite, pour développer la production du biogaz en amont et son recours en aval.

L’alimentation directe des véhicules depuis les sites de production de méthane, qui renforce encore l’ancrage de la filière dans les territoires fait ainsi l’objet d’une expertise.

Nous avons également annoncé la constitution d’un groupe de travail chargé d’examiner les possibilités de simplification ou d’accélération qui s’appuiera sur le comité national biogaz.

Vous le voyez, les défis ne manquent pas, mais je vous sais pleinement mobilisés pour que nous les relevions ensemble. Je crois beaucoup à la filière GNV, et je compte sur vous tous pour atteindre nos objectifs de mobilité propre.

Je vous remercie pour votre engagement.

 

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Seul le prononcé fait foi