Discours de Jean-Baptise Djebbari : Lancement de la feuille de route nationale pour le développement des biocarburants aéronautiques durables dans le transport aérien français

Le Lundi 27 janvier 2020

Seul le prononcé fait foi

Le 8 février 1919, Lucien Boussotrot, qui n’était pas toulousain mais corrézien, réalisait ce qui a été considéré comme le premier vol commercial entre Paris et Londres, plus précisément entre Toussus-le-Noble et Londres. Depuis quelques semaines, sur ce même terrain de Toussus-le-Noble, vole le premier avion électrique produit en série, aujourd’hui destiné à la formation au pilotage. Entre ces deux évènements, des révolutions successives avec l’essor du transport de masse, les vols supersoniques, le succès industriel de l’A320, le tournant du low-cost, la transformation de l’écosystème autour du numérique. Au centre de ces succès, des entreprises mondiales comme Airbus, Safran, Air France avec partout de l’emploi qualifié et territorialisé, des hommes et des femmes engagés.
Et pourtant depuis quelques mois, l’aviation a vu son image se ternir brutalement avec les grands débats environnementaux et sociétaux, tant en France qu’en Europe. Les gilets jaunes ont revendiqué l’équité fiscale, se sont indignés de l’exonération du kérosène, ont réclamé de privilégier le train. Ces réalités climatiques et politiques rappellent à tout un chacun que l’heure est à l’accélération de l’action.

Il y a donc nécessité à agir vite pour un secteur qui a déjà fait beaucoup.
Les esprits taquins diront que l’aviation a fait beaucoup car la frugalité énergétique est une condition majeure de compétitivité, que le fossile est l’ennemi du compte de résultats, et ils auront raison.
Mais force est de constater que depuis 10 ans, les progrès technologiques sont là. Ils contribuent à réduire de 15% à 25% les émissions de CO2 des avions récents comme l’A350 ou la famille des A320NEO par rapport à leurs prédécesseurs. Et je sais que la filière française va intensifier ses efforts de recherche pour que la prochaine génération d’avions, celle qui volera à partir de 2030 avec de vraies ruptures technologiques. Autrement dit, je sais que la filière française est taillée pour réaliser sa révolution environnementale avec des avions qui voleront demain à l’aide de carburants synthétiques, avec des opérations optimisées tirant pleinement profit de l’intelligence embarquée. Les Français, les Européens peuvent faire cette révolution et sa portée sera mondiale.

Aujourd’hui, nous posons la première pierre de ce grand projet écologique, industriel et territorial avec le lancement de la filière biocarburants. Avec une feuille de route donne un cadre à l’action de l’Etat et constitue une référence pour les acteurs privés. Une feuille de route qui fixe un objectif d’incorporation de biocarburants de 2% dès 2025, de 5% en 2030 et de 50% en 2050. Tout l’enjeu aujourd’hui porte sur la massification de la production des carburants aéronautiques durables. Pour cela, les ministères de l’écologie et de l’agriculture lancent aujourd’hui un appel à manifestation d’intérêt et je tiens à d’ores et déjà remercier les entreprises qui ont pris engagements forts ce matin.
Mais tout en disant cela, je veux tenir ici un discours de vérité. Les biocarburants durables seront nécessaires mais pas suffisants pour atteindre les objectifs environnementaux fixés par les accords internationaux, qui nous imposent d’émettre en 2050 la moitié de ce que nous émettions en 2005. Cela nous renvoie aux ruptures technologiques précédemment citées : l’avion hybride, l’avion à coût carbone nul et plus largement, la génération massive d’énergie décarbonée.  Pour autant cette première phase est essentielle. Il est nécessaire de la lancer vite et d’avoir rapidement des résultats.

Avant de céder la parole à Madame la Ministre qui reviendra sur le sujet qui nous occupe, je voudrais vous livrer deux convictions.
Ma première conviction est qu’évidemment la révolution environnementale de l’aviation est non seulement une nécessité et qu’elle constitue une opportunité.
Mais plus que ça, je suis convaincu que la révolution environnementale fait partie du destin de l’aviation car elle est dans son ADN et l’histoire récente nous a montré à quel point l’aéronautique, confronté à des défis, sait inventer vite, quitte à se réinventer.
Au fond, il s’agit ici de répondre politiquement à l’injonction environnementale par la voie du progrès et de l’intelligence collective plutôt que le choix de la résignation et d’une décroissance illusoire.
Ma seconde conviction est qu’ici, nous pouvons tisser les fils de la confiance entre élus, grands industriels, opérateurs aéronautiques, associations engagées et administrations. Et que l’action résolue de chacun permettra de faire advenir l’aviation décarbonée ; ce projet écologique et industriel, qui a besoin de l’intelligence des territoires pour prospérer, à l’image de l’écosystème vertueux qui s’est installé ici à Toulouse avec Airbus et ATR au bénéfice d’une grande partie de la région Occitanie

Pour conclure, je voudrais citer Pierre de Coubertin – qui s’y connaissait en dépassement de soi – disait que « chaque difficulté rencontrée doit être l’occasion d’un nouveau progrès ». Alors dans cette ville où le combat collectif est de nature si l’on pense à son équipe de rugby, dans cette ville qui est la « capitale mondiale de l’aéronautique », je suis convaincu que nous pouvons, sûrs de nous-mêmes et avec beaucoup de détermination, engager ensemble cette démarche de progrès.
Je vous remercie.