Envie Autonomie, la seconde vie du matériel médical

Le Vendredi 18 mai 2018

Crédits : A. Bouissou/Terra
Collecter et rénover du matériel médical, c’est l’activité inédite dans laquelle s’est lancée l’association Envie Autonomie à Trélazé (Maine-et-Loire). Lits, fauteuils roulants, déambulateurs et autres aides techniques usagés y retrouvent une seconde vie entre les mains de travailleurs en insertion. Philippe Robin, directeur général d’Envie Autonomie, présente cette initiative qui participe de l’économie circulaire, sociale et solidaire.

Comment est né Envie Autonomie ?

En 2012, le comité de liaison pour le handicap du Maine-et-Loire a sollicité Envie Anjou sur la base de deux constats : de plus en plus de personnes ayant besoin d'aides techniques médicales n'arrivent pas à s'équiper pour des raisons financières, alors qu'il existe beaucoup de matériels inutilisés dans différents lieux. Face à la difficulté à quantifier réellement le public concerné, nous avons considéré que la meilleure façon de mesurer les besoins était de nous lancer. Et les faits ont montré que nous répondons à un réel besoin puisque chaque année le nombre de produits redistribués augmente : de 225 en 2015, on est passé à 615 en 2017, dont 80 % sur le seul département du Maine-et-Loire. On peut donc penser que des besoins similaires existent partout en France.

Aujourd'hui, notre unité de Trélazé emploie 11 personnes dont la majorité est en contrat d'insertion, avec un réseau de distribution qui se met en place dans les départements voisins. Suite à ces premiers résultats, le réseau Envie s’est mobilisé, des projets similaires ont vu le jour à Rennes, à Nancy, Strasbourg, Lyon/Saint-Etienne. Afin d'assurer des processus et une qualité de service identiques sur l'ensemble du territoire, une structuration nationale Envie Autonomie est en cours de création. Elle aura pour mission d'accompagner les projets locaux dans une démarche certifiée par l'Afnor. Ce sont plusieurs centaines d'emplois qui pourraient ainsi être créés sur tout le territoire.

S'agissant des aides techniques que vous rénovez et redistribuez, qui sont vos fournisseurs et vos clients ?

Nous collectons les matériels auprès d'établissements à 80 % - EHPAD, centres de rééducation – mais aussi auprès de particuliers qui nous apportent les aides techniques dont ils n'ont plus l'usage. À destination des particuliers, nous mettons en place un réseau de points d'apport volontaire en lien avec les communes et les structures de l’économie sociale et solidaire.

Notre offre s'adresse à un public dont le besoin d'aide technique médicale, pour différentes raisons, n'est pas ou insuffisamment pris en charge par le système de santé - assurance maladie, mutuelle santé et autres aides des départements - par exemple pour l’acquisition d’un deuxième matériel ou pour le matériel qui n’est pas ou peu pris en charge tel que le matériel d'aide aux soins ou à la toilette, ou encore quand le besoin de la personne est qualifié « de confort » par la sécurité sociale. 

Notre public est majoritairement composé de personnes âgées en perte d'autonomie. Sur l’année 2017, 45% des aides techniques vendues l'ont été pour des personnes hébergées en EHPAD.

À noter que nous travaillons aussi avec des établissements à la maintenance et la réparation de leurs parcs d'aides techniques.

 Quels sont les obstacles qui freinent encore l'essor de votre activité ?

Si la majorité des gens trouvent notre démarche vertueuse, par sa valeur ajoutée sociale et économique, dans les faits il subsiste des réticences et des interrogations sur la conformité et la qualité des matériels, ainsi que sur la sécurité pour les personnes. La légitimité d'Envie à se lancer dans cette branche est aussi questionnée. Or nous réunissons les mêmes compétences que les distributeurs de matériel médical pour le conseil et notre personnel est qualifié et participe aux formations proposées par le Cerahtec (Centre d'étude et de recherche sur l'appareillage des personnes handicapées) et les différents constructeurs. Il existe aussi un frein culturel à l'achat de matériel rénové. En France, la distribution du matériel médical est fondée sur l’acquisition de matériel neuf, contrairement aux pays d’Europe du Nord ou du Canada qui ont depuis longtemps adapté les principes de l’économie circulaire.

Nous nous positionnons comme une offre complémentaire du marché existant pour les personnes qui ne peuvent y accéder, plutôt que comme une offre concurrente de celle des distributeurs classiques.

En images : Envie Autonomie redonne vie au matériel médical usagé

L'Offre Solidaire pour l'Autonomie