Etude et recensement de la biodiversité sur les aéroports

Le Mercredi 7 mars 2018
Les aéroports sont des milieux naturels bien plus ouverts qu’on ne pourrait le penser et peuvent jouer un rôle positif sur leur environnement et le préserver.

Les aéroports : terrain inattendu de la biodiversité

A contre-courant des idées reçues, les espaces aéroportuaires sont naturellement protégés et appartiennent potentiellement aux dernières grandes prairies d’Europe. Ils abritent une faune et une flore constitutives des écosystèmes locaux et sont partie prenantes des trames vertes. En effet, ils sont un passage et non un obstacle à la dissémination des espèces.

Le nombre total d’aéroports en France représente une surface importante, de l’ordre de cinq fois celle de Paris. Ces aéroports abritent très majoritairement des espaces qui sont laissés dans leur état semi-naturel et constituent autant de prairies ou de steppes, espaces écologiques menacés en Europe. Ils abritent une biodiversité ordinaire riche et bénéfique pour l’environnement. La connaissance et une bonne gestion de la biodiversité sur un aéroport, en minimisant les risques animaliers, contribuent à la sécurité aéroportuaire.

Consciente de l’enjeu de la préservation de cette biodiversité à la fois pour l’environnement et la sécurité sur les aéroports, la DGAC, aidée par le Service technique de l’aviation civile (STAC), accompagne les initiatives des exploitants d’aéroports dans ce domaine. Le STAC a lancé un séminaire annuel d’échanges, organisé pour la première fois en 2017, sur la thématique « Aéroports et biodiversité , afin de partager les expériences et de fédérer la communauté aéronautique autour de cet enjeu national.

Une biodiversité bien gérée, le risque animalier pour l’aviation minimisé

Concrètement, favoriser des écosystèmes équilibrés, sans prolifération de telle ou telle espèce sur les prairies, est une manière de renforcer la sécurité sur les aéroports.

Tous les aérodromes d'intérêt national ont fait l'objet d'études spécifiques. Depuis 2009, ils ont été dotés d'un service de prévention du péril animalier chargé de mettre en œuvre les méthodes d'effarouchement. L'effarouchement consiste à éloigner les oiseaux des sites aéroportuaires en utilisant différents moyens : sonores, visuels (rayon laser), pyrotechniques.

Une démarche innovante, vertueuse et fédératrice

La compagnie aérienne HOP! a quant-à-elle créé à l’automne 2013 l'association, HOP ! Biodiversité, pour recenser et étudier la biodiversité sur plusieurs aéroports français.

L’association HOP ! Biodiversité a vocation à fédérer les acteurs de l’aérien et la science, partout en France, autour des enjeux liés à la connaissance et à la valorisation de la biodiversité sur les plates-formes aéroportuaires.

Hop ! a initié ce projet pour connaître la biodiversité sur plusieurs aéroports desservis par la compagnie en partant d’une intuition simple : connaître la biodiversité sur ces espaces, c’est prendre conscience de notre environnement, le respecter et agir pour le préserver à l’avenir.

L’objectif est d’évaluer la biodiversité des aéroports, d’identifier les bonnes pratiques et de promouvoir une gestion des espèces plus naturelle et respectueuse de la biodiversité.

Cette démarche innovante et vertueuse porte un regard nouveau sur la manière dont les activités humaines peuvent coexister avec leur environnement et le préserver. Cette démarche a vocation à sensibiliser le plus grand nombre et notamment le monde éducatif.

Les fondateurs du programme sont l’aéroport de Castres Mazamet, l’aéroport Lorraine Airport, Groupe ADP (Aéroport d’Orly), l’aéroport de Perpignan Sud de France et la DGAC.

Cette association s’appuie sur un Comité scientifique réunissant les scientifiques du Muséum d’histoire naturelle et des universitaires. Ce comité est le garant de la méthodologie mise en œuvre et des résultats obtenus sur le terrain. A l’échelle nationale et via les programmes de sciences participatives mis en place, les zones aéroportuaires peuvent constituer un réseau de fournisseur de données biologiques.

Gilles Bœuf, président du Muséum d’histoire naturelle et François Bouvier, Président du Comité scientifique HOP ! Biodiversité apportent leur patronage à cette institution.

Lors de la COP21, HOP ! Biodiversité a obtenu le label du ministère de la Transition écologique et solidaire pour son engagement dans la Stratégie nationale pour la biodiversité.

13 aéroports ont rejoint l’association HOP ! Biodiversité : Castres Mazamet, l’aéroport Lorraine Airport, Groupe ADP (Aéroport de Paris-Orly et Paris-Charles de Gaulle), l’aéroport de Perpignan Sud de France, Toulouse-Blagnac, Montpellier-Méditerranée, Morlaix-Ploujean, Brive-Vallée de la Dordogne, Strasbourg-Entzheim, Agen-La Garenne, Bastia-Poretta, Ajaccio-Napoléon-Bonaparte. S’agissant de l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle, il possède une surface de plus de 32 km2 et constitue un très grand espace vert non agricole. Avec ce partenariat, HOP! BIODIVERSITÉ multiplie par deux la zone de prairies aéroportuaires concernées par son programme de préservation.

Un travail de terrain

Les scientifiques de l’association ont commencé leurs travaux par un travail de terrain sur les prairies aéroportuaires : ils évaluent, avec les personnels volontaires des aéroports, la diversité biologique et la richesse naturelle des différents sites.

Les volontaires des aéroports ont découvert ainsi la vie sauvage qui prospère sur leurs terrains et dont ils n’avaient pas conscience.

Outre les collectes de données, des protocoles de sciences participatives ont été lancés. Enfin, l’évaluation de la qualité des sols a été entreprise avec le programme « Test Bêche Vers de Terre de l’Université de Rennes 1 ». Le ver de terre n’est pas l’animal le plus attrayant, mais il indique par sa variété et sa présence en quantité, l’état du sol sur lequel repose la dynamique naturelle. Certains volontaires ont dû surmonter leurs appréhensions, et ont finalement réussi à trier la terre pour en extraire les vers.  L’analyse scientifique devrait livrer les résultats.

En 2017, la campagne d’observation et d’évaluation de la biodiversité a débuté sur la plateforme aéroportuaire de Paris-Charles de Gaulle. A l’issue d’un travail de terrain organisé par les scientifiques de l’association sur la prairie de l’Aéroport  un inventaire des espèces sera dressé à l’aide de protocoles de sciences participatives pilotés par le Muséum national d’Histoire naturelle.  Des suivis réguliers seront assurés afin d’évaluer la diversité biologique et la richesse naturelle des différents sites de la plate-forme.

Résultats des premiers inventaire de l'association :

  • + de 2500 données d’observations sur 2 ans
  • 1 000 espèces végétales et animales recensées (dont 120 espèces d’oiseaux) sur 5 plates-formes
  • 167 espèces d’oiseaux différentes par aéroport
  • 46 espèces de mammifères
  • 34 espèces différentes de chauves-souris
  • 33 taxons d'orchidées.