Intervention d’Elisabeth Borne à la Conférence de presse de présentation du rapport du GIEC sur les océans et la cryosphère - 25 septembre 2019

Le Mercredi 25 septembre 2019
Bonjour à toutes et à tous,

Ce rapport du GIEC sur l’océan et la cryosphère sonne comme un cri d’alarme.

C’est la France notamment qui l’avait souhaité, et qui s’était mobilisée à l’occasion de la COP21, pour obtenir cette analyse.

La vérité est souvent difficile, mais elle est nécessaire. Et elle est face à nous avec ce nouveau rapport. La fonte des glaces s’amplifie. Le niveau de la mer monte plus rapidement que prévu. Les récifs coralliens pourraient ne pas passer la fin du siècle. Certains phénomènes atteignent des seuils irréversibles.

Or sans un océan fonctionnel et sans la cryosphère, il n’y a pas d’avenir possible.

Alors ce matin, je voudrais m’adresser d’abord à ceux qui n’y croient pas, à ceux qui doutent de la réalité de ces phénomènes. Ils sont encore trop nombreux, et souvent très puissants.

Je leur dis qu’il est temps d’ouvrir les yeux, que cette alerte s’ajoute implacablement aux mises en garde répétées sur l’état de notre planète, ces derniers mois. Je pense au rapport de l’IPBES en mai, à celui du GIEC sur les terres en août dernier.

Ces alertes, ce ne sont pas celles de prophètes ; ce sont celles de scientifiques, de chercheurs, d’experts.

Face à cela, ceux qui continuent de vouloir regarder ailleurs à l’heure où il n’est plus permis de douter, ceux-là porteront une lourde responsabilité face à l’Histoire.

Mais ce matin, je voudrais aussi m’adresser à ceux qui n’y croient plus. Ceux qui se battent depuis des années, ou qui dans le silence, pensent qu’il est trop tard pour agir et pour enrayer le dérèglement climatique.
Je sais combien le poids de ces rapports, de ces alarmes pourrait nous écraser et nous conduire à baisser les bras.

Je crois au contraire qu’ils sont un appel à agir plus vite.

Cet appel, je l’entends dans les rues, comme vendredi dernier partout dans le monde et en particulier ce week-end à New-York. Il est celui de notre jeunesse qui refuse l’inaction. Elle a raison !

Nous ne pouvons pas nous permettre la résignation, et je m’y refuse. Parce que les problèmes sont connus. Mais une grande partie des solutions le sont aussi.

Ce que réclament ces analyses du GIEC, ce qu’attendent nos concitoyens, c’est du courage, de l’ambition et de la lucidité. D’être à la hauteur de la puissance du diagnostic.

1. Etre à la hauteur, c’est d’abord avoir le courage d’agir pour réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre.

Notre modèle actuel, de production, de consommation, d’aménagement, n’est plus compatible avec l’urgence climatique et écologique.

Pour limiter le réchauffement des océans et la fonte des glaces, il n’y a pas de recette magique : nous devons diminuer nos émissions.

Notre cap, c’est donc la neutralité carbone, au milieu du siècle.

Il faut des actes pour y parvenir. C’est pour cela que le Gouvernement a décidé par exemple de fermer les centrales à charbon, d’ici 2022, d’innover pour développer les énergies renouvelables, en mer, sur terre, sous la terre aussi, de transformer en profondeur notre mobilité, de rénover nos logements, d’engager la transition écologique de notre agriculture.

L’enjeu maintenant, c’est d’accélérer, d’intensifier nos efforts.

Hier encore, le Président de la République a dit notre détermination à convaincre tous les Etats membres de l’Union européenne pour que celle-ci s’engage dans la neutralité carbone au milieu de ce siècle et réduise de 55 % ses émissions en 2030. Et à s’engager dans la neutralité 2050. C’est tout l’objet du « Green Deal » ambitieux que la Commission doit présenter d’ici la fin de l’année.

2. Etre à la hauteur, c’est aussi avoir le courage d’agir pour protéger les écosystèmes qui atténuent le dérèglement climatique.

Et pour protéger, nous avons d’abord besoin de comprendre notre climat et l’océan. C’est le rôle des scientifiques et c’est aussi le rôle des Etats de le soutenir.

La France y prend sa part notamment avec l’IFREMER, le CNRS, notre recherche spatiale et le travail de Météo France. Ce sont des atouts précieux pour la prédiction et les modélisations à des échelles mondiales ou régionales. De plus, la France participe activement au programme européen d’observation de la terre COPERNICUS. Et c’est également à ce niveau que nos instituts s’impliquent pour que la recherche européenne soit en pointe sur l’océan dans le cadre du « Programme Horizon ».

Cette recherche doit aussi être mondiale. Et je me réjouis que l’ONU ait fait de la décennie qui vient celle des sciences océanographiques.

Cette connaissance nous permet d’agir sur les écosystèmes les plus critiques et les plus importants.

Ces écosystèmes ce sont notamment les récifs coralliens, les mangroves, et les herbiers dont nous devons garantir la résilience, notamment dans nos territoires ultra-marins.

100 % des récifs coralliens et français seront protégés d’ici 2025, comme 75 % de nos mangroves. Et dès à présent, mon Ministère a lancé plusieurs appels à projets  pour restaurer ou protéger mangroves et coraux.

Nous devons protéger aussi les zones marines stratégiques pour la biodiversité. C’est tout le sens de notre politique d’aires marines protégées.

Le Président de la République l’a dit : avant la fin du quinquennat, 30 % du territoire sera sous le statut d’aire protégée. Un tiers de ces aires seront même sous protection forte. Un processus a été engagé dans les Terres Australes et Antarctiques française sur 500 000km². Je souhaite que nous allions plus loin. Ainsi, je vous annonce que je lance aujourd’hui la mise à l’étude de 500 000 km² supplémentaires pour la création d’aires marines protégées dans cette même zone.

Assurer la résilience des écosystèmes clés, c’est aussi lutter contre toutes formes des pollutions. La première de ces pollutions, c’est le plastique. Nous avons un objectif clair : en 2025, zéro plastique rejeté en mer. Cela implique de lutter contre le gaspillage et de développer l’économie circulaire. C’est l’objet du projet de loi en cours de discussion au Sénat.

3. Etre à la hauteur du défi, c’est enfin avoir le courage d’agir en gérant l’inévitable.

Ce n’est pas seulement préserver nos écosystèmes, c’est tout simplement protéger nos territoires et même les vies humaines, qui sont menacés directement par les effets du dérèglement climatique.  

L’impact du dérèglement climatique, nous ne le connaissons, pas uniquement par les travaux scientifiques, nous le vivons : précipitations plus violentes mais aussi sécheresses, hausse du niveau de la mer et submersions marines, cyclones plus intenses, chutes de blocs en montagne en raison de la fonte des glaciers. Ces menaces impactent déjà le quotidien de nos concitoyens, particulièrement dans les territoires insulaires et littoraux.

Elles ont aussi un coût. Ces deux dernières années, il a atteint des niveaux particulièrement élevés : près de 3 milliards d’euros en 2017 et près de 2 milliards en 2018, en France. D’ici 2050, ces montants seront multipliés par deux.

Nous devons donc travailler à rendre nos territoires plus résilients, en mobilisant 3 leviers.

D’abord, en nous dotant des outils pour mieux faire face aux catastrophes. C’est le sens du projet de loi voulu par le Président de le République sur les risques majeurs Outre-Mer. Il nous permettra de développer une véritable culture du risque, de mieux gérer les crises et de faciliter le retour à la normale après une catastrophe dans ces territoires particulièrement exposés. Une concertation aura lieu Outre-mer d’ici la fin de l’année sur le sujet.

Ensuite en donnant aux collectivités les moyens d’agir concrètement : depuis 2003, le Fonds Barnier a contribué à hauteur de 800 M€ au financement de projets de prévention des risques d’inondation et de submersion dans 185 territoires. Nous devons poursuivre cet effort en accélérant l’élaboration de ces programmes d’action mais aussi leur mise en œuvre : je recevrai prochainement les conclusions d’une mission d’inspection sur le sujet ce qui m’amènera à proposer des évolutions d’ici janvier prochain. Cela passe aussi par la maitrise de l’urbanisation : près de 300 plans de prévention des risques littoraux intègrent déjà l’élévation du niveau de la mer de 60 cm.

En travaillant enfin sur les aléas littoraux deviennent de plus en plus marqués dans le contexte du dérèglement climatique et de la densification de nos côtes : je pense à l’érosion du trait de côte. Avec plus de 20 000 km de linéaires de côtes et de nombreux systèmes insulaires, la France est particulièrement concernée et pourtant insuffisamment préparée.

Le déploiement du réseau national des observatoires du trait de côte constitue une avancée importante pour accompagner les territoires.

Mais il nous faut aussi expérimenter des solutions nouvelles, fondées sur la nature, et repenser plus globalement nos outils d’aménagement. Différentes démarches sont déjà lancées et permettront d’offrir des exemples concrets. C’est le sens de la mission qui a été confiée par le Premier Ministre au député Stéphane Buchou. Elle doit aboutir, à l’automne, à des propositions en termes d’évolution de l’aménagement de nos espaces littoraux mais aussi de financement  de cette recomposition.

Ainsi, en lien avec les collectivités, les citoyens et les acteurs, il nous faudra repenser l’aménagement de notre littoral.

4. Nous essayons donc d’être à la hauteur du défi pour notre pays. Mais, soyons honnête, la France n’y arrivera pas seule.

La mobilisation internationale est nécessaire. Certains trouveront toujours qu’on ne va pas assez vite. Mais je crois que le monde change. Les gouvernants sont responsables devant les sociétés civiles. Et, partout, elles exigent le changement.

Et que personne ne se trompe de combat : la France est résolument du côté du changement. Elle prend ses responsabilités pour mobiliser la communauté internationale.

D’abord en finançant la recherche internationale. Notre pays est le premier contributeur financier du GIEC. C’est un engagement que de soutenir toujours la science et les chercheurs.

Mais aussi en plaçant l’océan ou la biodiversité au cœur des agendas. Par le biais de la mobilisation des « One planet Summit » qui développent des actions en faveur de la biodiversité et des océans en lien avec le secteur privé. Au G7 de Biarritz comme l’année prochaine à Marseille pour le congrès mondial de l’UICN. Et nous construisons dès maintenant des propositions et une mobilisation que nous souhaitons ambitieuses pour la COP15 en Chine.

De plus, l’Océan devrait être une des priorités de la prochaine COP25 sur le climat. Un des enjeux serait que les contributions nationales puissent intégrer des actions liées au maritime.

A terme, je crois que nous pourrions construire aussi un rapprochement des différentes COP pour dynamiser les actions en matière de climat, de biodiversité et de protection des océans ou des terres.

Agir ensemble, c’est aussi nous donner une gouvernance mondiale et des cadres protecteurs pour nos océans.

La France y est engagée aux côtés de l’Union européenne. Depuis plus de 10 ans, nous souhaitons un cadre international pour la protection de la biodiversité en haute mer (Accord BBNJ). Il permettra, notamment, de créer des aires marines protégées en haute mer.

Mais pour avancer sans attendre, je crois à l’utilisation des cadres existants pour innover ; comme les conventions de mer régionales. En antarctique par exemple, nous avons réussi à obtenir une aire marine protégée en mer de Ross en haute mer. Il faut poursuivre avec la création de celle de l’Est Antarctique. Ces initiatives ouvrent la voie.

Notre objectif est simple là aussi : déboucher sur  un accord ambitieux pour 2020 pour la haute mer.

Mesdames et Messieurs, Je vous l’ai dit, je refuse le fatalisme. Je sais combien ces rapports à la fois nous alertent, et combien certains peuvent se décourager.

La seule réponse possible, c’est l’action. Les solutions : nous les avons.  Il nous faut les mettre en place encore plus vite. Et à plus grande échelle. Avec les élus, les entreprises, les scientifiques, les autres Etats et les sociétés civiles du monde entier.

A ceux qui n’y croiraient plus, pour les convaincre il nous faut  bouger les lignes.

C’est mon ambition.

Car la bataille pour notre quotidien et pour la planète, nous ne pouvons pas la perdre.

Je vous remercie.

 

Seul le prononcé fait foi

Contact presse : 01 40 81 78 31