Intervention d’Elisabeth Borne devant le Comité national de la biodiversité

Le Jeudi 10 octobre 2019

Paris – Jeudi10 octobre 2019

Seul le prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs les membres du Comité national de la biodiversité,
Mesdames et messieurs les élus,
Madame la vice-présidente.
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Les preuves scientifiques sont connues. Le rapport de l’IPBES comme ceux du GIEC le montrent. Le constat est sans appel : le vivant se meurt.
On entend le cri de ceux qui descendent dans la rue pour le dire. Un cri d’urgence. Celui d’une société qui prend conscience du défi écologique.
C’est une exigence nouvelle. Et c’est une chance.
Nos concitoyens nous intiment d’agir pour le climat et pour la biodiversité. Il nous revient d’être à la hauteur.
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1. Être à la hauteur, c’est d’abord mener tous les combats de front.
Car il n’y a pas d’un côté le vivant, de l’autre le climat.
Nous le savons : les océans sont malades du carbone.
Nous le savons : nos importations déforestent une partie du monde.
Le cœur du problème est d’abord là. Et la recette est connue : réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre.
Nous avons donc un objectif : la neutralité carbone en 2050. Pour l’atteindre, tout est sur la table pour revoir notre mobilité, notre énergie, notre alimentation, notre façon de nous loger, notre production d’énergie.
Et, nous devons aussi balayer devant notre porte, si vous me permettez l’expression. C’est pourquoi mon ministère a établi une Stratégie pour atteindre zéro déforestation importée en 2030.

2. Être à la hauteur des défis, c’est aussi agir pour défendre la biodiversité.
Au plan national, je vois 4 axes prioritaires.
Entendons-nous : il ne s’agit pas de délaisser le reste. Mais de se focaliser pour obtenir des résultats rapides.

D’abord, en agissant pour nos aires protégées terrestres et marines.
Elles sont un patrimoine vivant que nous devons protéger.
Le Président de la République s’y est personnellement engagé en mai.  Emmanuelle WARGON vous présentera le calendrier et la démarche de la nouvelle Stratégie que nous adopterons en la matière.
Plus concrètement, nos actions en 2020 s’attacheront à des résultats concrets.
Je parle de la création du 11ème parc national des forêts.
L’année prochaine, ce sera aussi la création de deux nouvelles réserves naturelles. Et deux extensions : l’une en Haute Savoie, l’autre dans le Puy-de-Dôme.
Par ailleurs, c’est finalement 1 millions de km2 d’espaces maritimes dans les  Terres Australes et Antarctiques françaises qui seront mis à l’étude pour devenir des aires marines protégées.
Je veux aussi renforcer nos protections fortes sur d’autres écosystèmes clés avant la fin 2022. Concrètement, cela concerna : 20 000 hectares de forêts domaniales ; 10 000 hectares de zones humides ; et autant en zone littorale ; ou encore 25 000 kilomètres de cours d’eau rétablis en continuité ou renaturés ; et il nous faudra encore plus travailler sur les récifs coralliens.

Défendre notre biodiversité, c’est ensuite lutter contre toutes les pollutions, notamment celles qui ravagent les océans.
Et je pense en particulier à la pollution plastique.
Et, je le dis sans détour : il n’y a pas d’avenir pour la planète sans un océan en bonne santé.
Le Gouvernement a toujours été mobilisé dans cette lutte. Avec Brune POIRSON, nous portons une ambition : zéro plastique en mer dès 2025. Cela implique de lutter contre le gaspillage et de développer l’économie circulaire. C’est l’objet du projet de loi en cours. Cela implique aussi une feuille de route. Nous l’adopterons dans les prochaines semaines.

Le troisième axe sur lequel je souhaite que nous amplifions notre action : c’est la lutte contre l’artificialisation.
Il ne s’agit pas seulement de déterminer la date du passage au « zéro artificialisation nette ».
Nous devons dès maintenant en réduire le rythme par tous les outils existants. Cela passe par l’urbanisme, la fiscalité, ou encore l’architecture. Et il faut réhabiliter les friches pour reconquérir ce qui a été perdu. Dans ce domaine notre pratique de la séquence « éviter-réduire-compenser », en matière de biodiversité, pourrait nous éclairer.
Ce n’est pas qu’un sujet technique. C’est repenser la conception même de nos territoires et de notre société. Il faut proposer à nos concitoyens un avenir désirable, dans des villes plus économes en l’espace.
 
Enfin, défendre la biodiversité, c’est porter la transition vers l’agro-écologie.
Nous y travaillons en lien étroit avec le ministre de l’Agriculture et de l’alimentation, Didier Guillaume.
Et cette transition se fera avec les agriculteurs. Car ce sont les premiers à subir les impasses de modèles aujourd’hui dépassées.
L’agro-écologie, c’est une gestion sobre et partagée de la ressource en eau.  Emmanuelle WARGON vous présentera ce soir les mesures issues des Assises de l’eau.
L’agro-écologie, c’est aussi et surtout « produire mieux ».
Nous avons pour cela un objectif parmi d’autres. D’ici 2022, 15 % de la surface agricole utile devra être en agriculture biologique. Et je dois dire que nous progressons rapidement.
« Produire mieux », c’est aussi protéger la santé de nos concitoyens. A partir du 1er janvier 2020, il y aura enfin des distances minimales à respecter entre les zones d’épandage et les habitations. Là aussi, nous progressons.

3. Mais pour concrétiser nos ambitions, il nous faut des moyens adaptés. J’en ai bien conscience.

2020 sera une année particulière. Elle verra la naissance de  l’Office français de la biodiversité (OFB). Il interviendra sur tous nos écosystèmes et sur tous nos territoires, y compris en outre-mer.
Mais une structure n’est rien sans moyens. Ils seront donc renforcés. Ce sont plus de 40 millions d’euros supplémentaire qui lui seront affectés.
Par ailleurs, je vous annonce que j’ai opéré un moratoire. Il n’y aura pas de baisse d’effectifs à l’OFB dans l’année et demi qui vient. Et j’ai décidé que les parcs naturels marins et les parcs nationaux en  seront les principaux bénéficiaires.
Au-delà de l’OFB, j’ai veillé à la confirmation des 15 millions d’euros de crédit pour la mise en œuvre du plan biodiversité et l’accueil du Congrès mondial de la nature de l’UICN.
Enfin, on l’oublie souvent, les ressources ne sont pas qu’humaines ou financières. C’est aussi des nouvelles façons de faire. La biodiversité elle-même peut nous y aider. Les solutions fondées sur la nature doivent maintenant infuser dans toutes nos politiques.
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3. Pour mener de front tous ces combats nous avons besoin d’une mobilisation générale.

Au plus haut niveau de l’Etat d’abord.

Le Président de la République et le Premier ministre ont fait de l’accélération de la transition écologique une priorité de l’acte II du quinquennat.

Cela s’est traduit en gouvernance de l’Etat.
D’abord, avec la création du conseil de défense écologique, qui s’est déjà réuni 2 fois.
C’est lui qui a décrété l’opposition au projet minier de Montagne d’or  ; ou l’instauration d’une éco-contribution sur les billets d’avion. La biodiversité a toujours été à son ordre du jour. Elle continuera à l’être. Et vos contributions sont les bienvenues.
Ensuite, cette mobilisation de l’Etat, elle se joue au niveau du budget. C’est tout l’esprit du « green budgeting » : évaluer le budget en fonction de son impact environnemental, et pas seulement en termes de déficits publics. Je peux vous dire que c’est une révolution !

Cette mobilisation générale doit aussi être celle des territoires.

Et je sais que les collectivités s’investissent de plus en plus. Pour soutenir ces dynamiques locales, déjà 5 et bientôt 7 Agences régionales de la biodiversité se mettent en place.
Mais j’entends aussi des craintes. Celles que les réflexions sur la déconcentration et la décentralisation suscitent parfois.
A ce sujet, je tiens à être claire : il n’y aura aucune régression en termes de protection de la biodiversité.  
Nous devons faire confiance aux acteurs dans les territoires pour trouver les solutions adaptées. Et nous devons continuer à les accompagner dans ces transitions.

Cette mobilisation, c’est évidemment celle des Etats et des acteurs de niveau international. Sans eux, nous n’y parviendrons pas.

Et 2020 sera une année de vérité. La France accueille le congrès mondial de l’UICN. Nous avons lancé plusieurs appels à projets et à contributions. Vous pouvez y répondre ! Notre objectif est de faire de ce rendez-vous le tremplin vers la COP15.
Nous avons en effet besoin d’un cadre international robuste qui vienne prendre la suite des objectifs d’Aïchi.
Enfin, cette mobilisation c’est la vôtre.

Vous accompagnez déjà le Gouvernement dans la préparation de ces deux rendez-vous internationaux majeurs, comme dans de nombreux projets.
Et je souhaite profiter de notre échange pour vous proposer trois chantiers.
D’abord, définir précisément nos ambitions pour la COP15.
Ensuite travailler à faire de la 3ème stratégie nationale pour la biodiversité un cadre opérationnel.
Enfin, traduire concrètement chaque avancée pour la biodiversité dans le quotidien des Français.
Vous avez par votre diversité et votre expérience des propositions à faire. Je les attends. J’y serai très attentive.
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Mesdames et messieurs,
Ambition, résultats, moyens, mobilisation : voilà la feuille de route que je nous donne.
Dans la bataille pour notre planète, je sais pouvoir compter sur votre engagement. Vous savez en retour pouvoir compter sur ma détermination.
Je vous remercie.