Intervention d’Elisabeth Borne - Ouverture de la 19ème conférence des villes – France Urbaine

Le Mercredi 18 septembre 2019

Intervention d’Elisabeth Borne,
Ministre de la Transition écologique et solidaire

Ouverture de la 19ème conférence des villes – France Urbaine

Hôtel de ville de Paris – Mercredi 18 septembre 2019

Seul le prononcé fait foi

 

Madame la Maire de Paris,
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les maires,
Mesdames et Messieurs,

 

C’est un plaisir de vous retrouver ce matin à l’Hôtel de Ville de Paris. C’est un endroit que je connais bien et je vous remercie, chère Anne, de nous y accueillir pour cette 19ème conférence des villes.
 
C’est aussi un endroit où je retrouve beaucoup de visages familiers tant nous avons tous travaillé ensemble, cher Jean-Luc, ces deux dernières années.

Si je suis devant vous ce matin, c’est d’abord pour vous faire part de ma volonté de poursuivre ce travail commun. Il a été, j’en suis convaincue, fructueux pour vos territoires et pour l’ensemble de nos concitoyens.

Ce travail est d’autant plus important que vous, élus de nos grandes villes et de nos métropoles, vous êtes aux avant-postes de la transition écologique.

D’abord, vous êtes des maires ou élus municipaux. Vous êtes donc au plus près des inquiétudes et des attentes qu’expriment nos concitoyens. Vous êtes, par nature, des artisans de ce qu’est l’écologie au quotidien, dans les choix que nous devons faire collectivement pour nous nourrir, pour nous déplacer, nous loger et vivre en harmonie avec notre environnement.

Aussi parce que vous êtes à la tête des grandes métropoles françaises. Les métropoles sont devenues, à tort ou à raison, des symboles de l’exceptionnel défi écologique que nous avons face à nous.

Elles ont façonné une nouvelle carte de France, bien plus équilibrée : la dynamique de vos villes, créatrices de richesse et d’emplois, a largement permis de sortir du modèle opposant « Paris au désert français ». C’est une chance.

Mais nous devons veiller à ce que cette formidable opportunité ne se construise pas au détriment de vos propres périphéries. A cet égard, la crise que nous avons traversée peut se lire comme l’expression du désarroi de beaucoup de nos concitoyens, rejetés toujours plus loin des centres urbains et n’ayant d’autre choix que de dépendre de leur voiture. J’ajoute que cette dépendance fait de vos métropoles des victimes de leur propre croissance, avec des problèmes de congestion et de pollution.

Dans le même temps, vos territoires sont aussi souvent à l’avant-garde de nouveaux modes de consommation, d’aspirations de plus en plus fortes à un mode de vie plus durable.
 
Les métropoles ont donc la particularité de porter une part du défi et une part de la réponse. Et à ce titre, vous avez une responsabilité particulière dans le défi écologique.
 
Ce défi, l’attente croissante qu’il suscite chez nos concitoyens, il s’exprime par les manifestations de jeunes qui parcourent les artères de vos villes.
 
Il s’exprime aussi par l’importance que beaucoup de nos concitoyens, de vos administrés, disent y accorder dans le choix qu’ils auront à faire en mars prochain.
 
Disons-le aussi, le défi écologique a trouvé à s’exprimer avec particulièrement de défiance et de violence à l’automne dernier, là aussi dans vos rues.
 
Vous avez été en première ligne dans cette crise, et je sais votre mobilisation pour apporter votre part de la réponse.
 
Cette attente d’écologie ouvre une nouvelle page de notre histoire. Après le temps où il fallait convaincre de l’urgence, le temps est venu de passer aux actes et au concret.
 
C’est sous ce signe que vous avez voulu placer votre journée, et j’y souscris à 100%. C’est mon obsession quotidienne. C’est le sens même de la mission qui m’a été confiée par le Président de la République et le Premier ministre.
 
Le premier des messages que je voudrais vous adresser, c’est que le défi de la transition écologique, nous avons à le relever ensemble. Nous ne le relèverons pas les uns contre les autres, ni les uns au détriment des autres, au terme de je ne sais quel « bras de fer ». Nous sommes en quelque sorte dans le même bateau, chacun dans ses responsabilités et dans son rôle.
 
Le jeu politique peut parfois céder à la facilité, et il n’est pas interdit de s’opposer. Mais la vérité, c’est que nous savons travailler ensemble et ma conviction c’est que c’est ce que nos concitoyens attendent de nous en matière de transition écologique.
 
 
C’est, je crois, Cher Jean Luc, ce que nous avons réussi à faire pour répondre à un défi qui concerne, Mesdames et Messieurs, chacune des grandes agglomérations que vous représentez et qui connait aujourd’hui une actualité particulière, en cette journée dédiée, je veux bien sûr parler de la qualité de l’air.
 
L’enjeu nous le connaissions, réduire durablement la pollution de l’air dans nos villes. Pas seulement lors des pics qui imposent de traiter le symptôme en urgence. Mais en agissant dans la durée pour retrouver un air de qualité tous les jours de l’année.
 
L’outil souple et efficace que nous avons mobilisé, ces sont les zones à faibles émissions. Il avait fait ses preuves partout en Europe, mais il tardait à voir le jour en France. 15 métropoles ont répondu présentes à l’appel que j’ai lancé à l’été 2018 pour créer une ZFE d’ici 2020. 23 territoires, représentant 17 millions de nos concitoyens, qui se sont engagés dans la démarche avec le soutien de mon ministère.
 
Vous vous êtes mobilisés, l’Etat a pris sa place : non seulement en créant le cadre et les outils de contrôle, au travers de la loi d’orientation des mobilités,  et en apportant un soutien financier avec des appels à projets ; mais aussi en activant tous les leviers pour poursuivre  cet objectif partagé :
 
Je pense au plan vélo, où l’Etat finance pour la 1ère fois, à vos côtés, des projets d’infrastructures cyclables. Nous venons d’annoncer les 152 premiers projets lauréats de ces financements, dont certains concernent vos métropoles. Je pense aussi au nouvel élan que nous voulons donner au covoiturage. Et je veux saluer la qualité du travail que nous menons avec chacun d’entre vous pour mettre en place le plus rapidement possible des voies réservées autour de vos agglomérations. Je pense également au nouvel appel à projet TCSP que je sais très attendu ou au développement des RER métropolitain pour répondre aux besoins de nos plus grandes métropoles.

Nous devrons aller plus loin.

Répondre à l’aspiration de nos concitoyens pour une ville respirable, c’est aussi fournir une information fiable, locale et transparente sur la qualité de l’air dans nos agglomérations.
 
J’ai entendu les critiques, depuis longtemps, sur le caractère inadapté de l’indicateur actuel. Je dois dire que je les partage. Ce ne doit pas être sujet de débats entre nous.  Nous devons consacrer notre énergie à agir plutôt qu’à débattre du thermomètre.
 
C’est pourquoi je vous annonce ce matin que j’ai décidé de suivre les recommandations du Conseil national de l’Air et de réviser l’indice officiel de mesure de la qualité de l’air.

Dans les prochaines semaines, nous publierons un arrêté fixant un nouveau mode de calcul. Il sera plus local, afin de répondre aux attentes d’une information sur la qualité de notre environnement en proximité. Surtout, ce nouvel indice prendra en compte les particules fines, inférieures à 2,5 microns, qui pénètrent plus facilement à travers les barrières physiques de notre organisme et impactent notre santé. Se doter d’un référentiel plus adapté, c’est à la fois recréer de la confiance pour nos concitoyens et se donner les moyens d’adapter nos réponses pour aller ensemble plus loin.

 
Travailler ensemble, travailler en confiance, cela exige aussi  d’y voir clair sur les objectifs et de permettre à chacun de les atteindre.
 
Je sais combien, pour vous, élus locaux, rien n’est pire que les effets d’annonce et les objectifs qui fluctuent. Réussir le défi de la transition écologique, c’est se fixer un cap partagé.
 
Je veux en évoquer un seul, qui est essentiel : la lutte contre l’étalement urbain. Nous avons fixé un objectif : zéro artificialisation nette. Ce n’est pas seulement un enjeu écologique, c’est aussi la question de la société que nous voulons, que ce soit pour moins dépendre de la voiture au quotidien comme pour soutenir le commerce de proximité. Lutter contre l’artificialisation, c’est agir pour le vivre ensemble.

Pour y parvenir, je vois deux leviers. Ne plus artificialiser, bien sûr, c’est-à-dire développer nos territoires avec sobriété dans la consommation d’espaces. Et renaturer ; réhabiliter les friches, désimperméabiliser les sols, et ramener la nature en ville.
 
Ce cap est clair, je pense que nous pouvons tous nous y retrouver. Mais c’est ensuite à chacun de trouver le chemin pour l’atteindre, et nous sommes à vos côtés pour y travailler ensemble.
 
Vous êtes nombreux à avoir pris des initiatives dans le cadre de la démarche « Ecoquartier », que l’Etat accompagne comme vous le savez.

Je n’énumérerai pas ici les exemples de partenariats entre l’Etat et vos collectivités. Permettez-moi seulement de saluer devant vous le succès de l'appel à projet "territoire d'innovation" mobilisant 450M€ et dont les lauréats ont été annoncés vendredi dernier par le Premier Ministre en présence d’Emmanuelle Wargon.  

Il a permis à plusieurs de vos métropoles d’être accompagnées dans leurs projets les plus ambitions notamment en matière transition écologique.

Ce sont quelques exemples des « coups de main » que nous pouvons vous apporter pour rendre certains projets possibles et atteindre le cap que nous poursuivons tous.

Mais tenir ces objectifs partagés, cela ne veut pas pour autant dire agir uniquement à long terme.

Vous le savez comme élus locaux, l’attente en matière d’écologie, c'est aussi l’aspiration immédiate à une meilleure qualité de vie à laquelle nos concitoyens sont prêts à prendre toute leur part : que ce soit pour se nourrir avec le développement des circuits courts et des produits durables et de qualité en restauration collective ; pour vivre paisiblement avec la lutte contre le bruit et les nuisances sonores ; ou encore retrouver un peu de sérénité en ville, en accompagnant un développement maîtrisé des engins de déplacements personnels,

Nous pouvons ensemble, chacun dans notre rôle, apporter des réponses concrètes qui rendent possible cette écologie du quotidien auquel nos concitoyens aspirent.
 
A ce titre, le Parlement a démarré l’examen du projet de loi anti-gaspillage et pour une économie circulaire, porté par Brune POIRSON qui participera aujourd’hui à votre conférence. C’est un enjeu majeur, un des plus emblématiques de la vie de chacun. Je sais combien vous y êtes également attachés. Limiter nos productions de déchets, mieux les collecter, développer le réemploi et le recyclage, et les recycler, ce sont des aspirations sur lesquelles nous nous retrouvons. Votre voix est importante, vous êtes des maillons essentiels de cette chaine, et nous serons attentifs aux propositions et positions que vous exprimerez.
 
La rénovation énergétique des bâtiments et la lutte contre les passoires thermiques est un autre grand défi du quotidien. Vous savez notre ambition en la matière et je connais la vôtre. Vous aurez l’occasion d’échanger aujourd’hui avec Julien DENORMANDIE ainsi qu’Emmanuelle WARGON. Je serai là aussi très attentive à vos propositions.

Mesdames, Messieurs,
 
Face au défi écologique, la réussite ne sera que collective. C’est ma conviction profonde, c’est le sens de mon message ce matin et l’esprit avec lequel je compte agir.
 
C’est valable en France, c’est valable au plan international, aussi. Et je souhaiterais évoquer, parce que nous sommes ici à Paris, ce rôle des villes mondiales. En 2016, vous vous en souvenez Madame la Maire, vous qui le présidez aujourd’hui, des grandes villes se sont réunies dans un réseau C40, avec l’idée simple que les métropoles peuvent être des fers de lance de la transition écologique. Tous, vous avez à cœur de vous engager dans ces démarches qui dépassent nos frontières, pour imaginer des villes plus durables et peser dans le débat public. Ces dynamiques, je les soutiens pleinement et je vous remercie de cet engagement qui est le vôtre. Nous préparons d’ailleurs ensemble une session consacrée aux villes durables et inclusives pour le prochain sommet du C40 à Copenhague le 11 octobre.

 
La transition écologique est une affaire de mobilisation générale. Nous sommes ici entre acteurs engagés dans ce même défi, et je souhaite que la qualité de la relation que nous avons construite nous permette d’avancer en confiance pour obtenir des résultats.
 
C’est bien là tout ce qui compte.
 
Je vous remercie.

Contact presse : 01 40 81 78 31