Intervention de Mme Elisabeth Borne lors du lancement de l’atelier des territoires pour accompagner le déploiement du parc national de forêts à Arc-en-Barrois, le 23 janvier 2020

Le Jeudi 23 janvier 2020

- Seul le prononcé fait foi -

Monsieur le Préfet de région,
Madame la Préfète,
Mesdames les députés,
Messieurs les sénateurs,
[Madame la Présidente du Conseil régional,]
Madame la vice-présidente,
Monsieur le président de l’Association départementale des maires ruraux,
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs,

Il y a 3 mois, j’ai signé avec fierté le décret de création du 11ème parc national de France.

Et il était important de nous retrouver ensemble, ici, pour saluer ce succès.

Car l’ambition de ce parc national est immense :

  • abriter l’un des plus grands espaces de forêts de plaine d’Europe,
  • et accompagner un territoire et ses acteurs pour qu’ils fassent de ce parc un vecteur puissant de développement.

Comme aux Ecrins, dans les Cévennes ou dans le Mercantour, les directeurs viennent de nous le rappeler : un parc national c’est toujours un territoire d’exception.

1. Mais le 11ème parc, votre parc, plus encore que les autres, a une vocation unique pour la Nation.

Cette vocation est unique. Elle nous oblige. Elle est une chance aussi.

L’année dernière, les rapports des scientifiques ont posé un constat plus clair que jamais, sans appel : la biodiversité disparaît, à grande vitesse. Un million d’espèces est menacé. De ce patrimoine vivant dépend notre propre survie.

Face à cette urgence, nos concitoyens et notre jeunesse attendent des réponses concrètes et des résultats.

Ils attendent que nous gagnions ensemble la bataille du climat et du vivant.

2. C’est mon ambition et celle du gouvernement.

a) Le Président de la République a fixé en mai dernier un objectif clair : d’ici 2022, 30 % de notre territoire doit être placé sous le statut d’aire protégée, sur terre comme en mer. Dont un tiers sous protection forte.

Le 11ème parc national est une première réponse à cet impératif.

Fin novembre, j’ai lancé les travaux pour une nouvelle stratégie en matière d’aires protégées.
Elle rassemblera l’ensemble des parties prenantes dans une même démarche.
Elle s’étendra aux sites exceptionnels, sur terre et en mer, en métropole et dans les Outre-mer.
Elle fournira aux acteurs du territoire les outils pour faire vivre leurs projets.

Cette nouvelle stratégie sera présentée au  congrès mondial de la nature que la France a l’honneur d’accueillir en juin, à Marseille. Les questions de la biodiversité et du climat y seront centrales. J’y reviendrai.

b) Oui, le réchauffement climatique est déjà là. Nous voyons des forêts feuillues et résineuses dépérir. Des incendies devenir plus fréquents et plus intenses.

Or, les forêts sont des sentinelles précieuses. Elles alertent. Elles protègent.
Nous le savons, comme la biomasse végétale ou les océans, elles sont d’indispensables puits de carbone qui séquestrent une partie des  émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique.
Elles sont aussi des réservoirs de biodiversité indispensables aux équilibres naturels.

Mais comme nous, les forêts vont devoir apprendre à vivre dans ce nouveau monde.
A nous d’adapter nos modes de gestions et de renforcer leur résilience, pour les aider à affronter les épisodes qui les fragilisent.

C’est pourquoi le conseil de défense écologique, sous la présidence d’Emmanuel Macron, a confié une mission parlementaire à la députée Anne Laure CATTELOT, qui a tenu à être ici ce matin et que je salue.

Elle fera prochainement des propositions d’évolutions pour une gestion durable des forêts françaises, prenant en compte les enjeux environnementaux et économiques.
Votre territoire y aura toute sa voix.

Mais sans attendre, ce parc qui nous rassemble ce matin, propose déjà des solutions, en offrant un véritable laboratoire à ciel ouvert sur le fonctionnement et la gestion de ces écosystèmes complexes.

3. Bien plus qu’un simple espace protégé, le parc de forêts est un projet qui rassemble des femmes et des hommes.

Et si nous avons fait le pari de porter ensemble cette communauté de projets,  c’est bien parce que ce parc est une promesse d’avenir pour le territoire.

a) Ce projet, c’est d’abord le vôtre : élus, collectivités, entreprises, agriculteurs, habitants.

Le dialogue aura duré 10 ans ! Certains pourraient juge que c’est long. Moi, je pense que ça valait le coup !

Je félicite l’engagement et la ténacité de tous ceux qui y ont œuvré. Je ne pourrais pas tous vous citer, mais je vous remercie chaleureusement que vous soyez élus, fonctionnaires, acteurs économiques ou associatifs.

Vous savez pouvoir compter, depuis le début, sur notre engagement à vos côtés, notamment au travers de l’appui des services de l’Etat et bien sûr de nos opérateurs.

Celui de l’Office national des forêts d’abord, dont l’expertise n’est plus à démontrer et qui agit de longue date pour la gestion de votre patrimoine forestier.

Et celui du tout jeune Office français pour la biodiversité auquel le parc sera rattaché.

Ainsi, ce sont les meilleurs experts, en termes de gestion et d’adaptation des territoires face aux défis de demain, qui conjugueront leurs savoirs au profit du parc. Je sais qu’ils seront renforcés par le réseau des parcs nationaux.
 
b) Aujourd’hui, 127 communes peuvent se rassembler, en dépassant les limites départementales, régionales, mais aussipolitiques !

Nombre d’entre elles sont déjà retrouvées  dans un projet qui a pris forme dans la charte du parc : réconcilier la protection du patrimoine naturel avec le développement des activités agricoles, forestières et touristiques.

Parce que chacun a sa place dans le parc. Ceux qui ont façonné la forêt,  les forestiers, les pépiniéristes, les scieurs, les menuisiers ou charpentiers qui représentent plus de 400 emplois dans l’économie locale.
Sans eux il n’y a pas de forêt.
Les agriculteurs qui construisent le paysage et la richesse du terroir avec des pratiques durables.
Les opérateurs du tourisme, ils sont plus de 80, qui feront vivre au quotidien cette passion des Français pour la forêt
 
Je l’affirme, il n’y a pas d’un côté la valorisation économique et de l’autre la protection de la nature.

Il y a un dialogue à construire, à nourrir, pour conjuguer la nature et ses usages qui font tous deux la fierté du territoire.

c) Et notre travail ne doit pas s’arrêter à la naissance de ce parc.

D’abord, l’établissement public du parc devra être opérationnel le plus rapidement possible après les élections municipales.

Dans cette perspective, la phase d’adhésion à la charte  qui est en cours est cruciale. Adhérer, c’est bénéficier d’un accompagnement spécifique du parc. C’est participer à sa gouvernance et à ses futurs projets.
A l’issue de cette phase, son conseil d’administration sera installé, avant l’été.

Adhérer, pour les communes du cœur, c’est aussi bénéficier d’une dotation globale de fonctionnement dédiée à la biodiversité qui viendra accompagner les collectivités concernées à hauteur de 690 000 euros par an.

Pour que le parc vive pleinement, il faudra des moyens de fonctionnement. Il disposera donc d’une équipe de 30 permanents pour soutenir les projets.

Ne manque plus qu’un futur directeur ou directrice. Je sais que vous attendez un profil fédérateur, et je vous assure qu’il ou elle sera garant du dialogue : j’y veillerai personnellement.

Enfin, pour vous accompagner dans la déclinaison concrète de la charte du parc, j’ai souhaité lancer une démarche d’Atelier des Territoires [120 000 euros d’ingénierie]. Elle durera 4 mois.
 
Nous venons d’assister à une première restitution qui montre à quel point un parc national peut être une réponse aux enjeux : de mobilités, de développement, de tourisme et d’aménagement.

Cet outil, il est à vous.
Pour que celles et ceux qui vivent et pratiquent ce territoire puissent partager expertises et propositions.
Pour que chacun puisse participer au développement de ce parc.
Pour qu’il profite pleinement aux habitants.

Et je tiens à lever les doutes qui pourraient persister : il ne s’agit pas de réécrire la charte, mais de l’incarner.

Que pouvons-nous attendre de cet Atelier? Une vision ambitieuse pour vos territoires.
Et je vous le dis, face à des projets de qualité, le Gouvernement sera au rendez-vous pour conclure avec vous un contrat global de territoire qui fédérera les moyens financiers de l’Etat et des opérateurs au service de vos projets.

4. Projet local et fierté nationale, le parc de forêts porte aussi un message au-delà de nos frontières.

Vous le savez, dans le monde, 2020 est une année cruciale pour l’écologie.

Trois rendez-vous majeurs nous attendent :

  • D’abord, le congrès mondial de la nature à Marseille en juin,
  • Ensuite, obtenir un cadre international de protection du vivant le plus ambitieux possible à la COP15 en Chine,
  • Enfin rehausser nos ambitions lors de la COP climat de Glasgow,

Pour être plus forts dans ces négociations à venir, nous avons besoin d’une politique de grande ampleur et de résultats concrets. Qui démontrent notre capacité à agir sur notre territoire, notre engagement. Pour convaincre. Pour rassembler. Ce parc national en est un des meilleurs exemples.
Il est une vitrine diplomatique de nos actions nationales. Et vous serez les bienvenus à Marseille sur le pavillon France qui mettra à l’honneur votre parc.

A terme, je crois à la constitution d’un réseau mondial des aires protégées de forêts qui pourraient naitre de ces rendez-vous. Dans ce réseau, votre parc pourra accueillir des spécialistes de la forêt du monde entier.

Voilà Mesdames et messieurs, en quelques mots, ce que je souhaitais vous dire aujourd’hui.

Ce nouveau parc national n’est pas seulement un outil de protection de la biodiversité. C’est un laboratoire des forêts de demain, un projet d’avenir pour le territoire, une vitrine diplomatique.

Alors oui, il fait déjà partie de notre patrimoine français.

Vous pouvez en être fiers !

Je vous remercie.