Présentation des vœux à la presse le vendredi 17 janvier 2020 à 11h45

Le Vendredi 17 janvier 2020
Présentation des vœux à la presse, le vendredi 17 janvier 2020 à 11h45, au ministère de la Transition écologique et solidaire - 244 boulevard Saint-Germain, 75007 Paris.

Seul le prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs,

Je veux tout d’abord vous présenter tous mes vœux pour cette nouvelle année 2020, à vous et à vos proches. Permettez-moi de vous souhaiter également de continuer d’exercer votre beau métier avec passion et rigueur à un moment où la question écologique n’a jamais été aussi prégnante, et où la société a besoin d’en savoir plus et d’être éclairée sur les faits.

Ce moment est particulièrement important pour moi car ce sont mes premiers vœux comme ministre de l’écologie. Depuis mon arrivée, j’ai consacré toute mon énergie à l’action. 3 textes législatifs majeurs pour notre politique écologique, ont été adoptés, en matière d’énergie et de climat, de mobilité et d’économie circulaire.  Nous avons dû faire face à des catastrophes importantes : l’incendie de Lubrizol, des inondations, le naufrage d’un navire en Corse. J’ai aussi mené des batailles fondatrices, comme celles pour l’abandon du projet Europacity.

Ces premiers mois ont nourri les convictions qui sont les miennes, de l’urgence à agir, du chemin à trouver, mais aussi de la capacité que nous avons à y parvenir.

L’écologie n’est pas un combat nouveau pour moi.

Il y a 20 ans, je m’en souviens, c’était en 1999, j’étais conseillère de Lionel Jospin et nous avions dû faire face coup sur coup à la catastrophe de l’Erika et aux effroyables tempêtes qui avaient meurtri notre pays. Ces évènements avaient agi pour moi - comme pour beaucoup de Français - comme des révélateurs. Révélateurs de la vulnérabilité de la nature, mais aussi de notre capacité à agir. De l’interdiction des pétroliers à simple coque à la création du système de vigilance de Météo-France, nous avons su évoluer collectivement vers le mieux.

J’aborde ma fonction aujourd’hui avec ce même état d’esprit : consciente et confiante face aux défis écologiques. Consciente que nous sommes entrés dans le temps de l’urgence. Celui où chacun voit, éprouve, vit dans sa chair le dérèglement climatique et l’érosion du vivant. Et confiante dans le fait que la décennie qui s’ouvre sera celle de la transition vers une société dans laquelle nous vivrons mieux.

Cette transition nous la réussirons en nous fondant sur quatre piliers qui structurent mon action :

  • Un changement systémique à mener,
  • Une révolution de notre imaginaire à conduire,
  • Une mobilisation de tous à réussir,
  • Un activisme à faire vivre à l’échelle du monde,

Ces convictions, je les ai faites miennes dans tout mon parcours, un parcours au service de l’Etat comme au sein de la ville de Paris, comme préfète d’une région rurale, ou comme PDG d’une grande et belle entreprise publique. Et bien sûr comme ministre. Dans toutes mes responsabilités, j’ai agi concrètement pour la transition écologique.

La première de mes convictions, c’est que la transition écologique passe par une indispensable transformation de nos modèles.

Le temps où l’écologie pouvait se satisfaire de petits gestes est révolu. La transition écologique implique une révolution systémique, plus rapide, plus ambitieuse encore que la révolution industrielle.

Mais l’Histoire nous rappelle que nous sommes capables de changer de modèle en très peu de temps. C’est une révolution profondément démocratique, qui ne doit pas nous opposer les uns aux autres mais être un défi collectif, relevé par les citoyens, l’Etat, les territoires, les entreprises, les partenaires sociaux, les acteurs associatifs.

Lundi, nous lancerons la consultation publique sur la nouvelle Stratégie nationale bas carbone. Elle constitue notre feuille de route pour tenir secteur par secteur, nos engagements climatiques de l’Accord de Paris, désormais inscrits dans la loi Energie-climat : atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

Dans cette Stratégie nationale bas-carbone la première des révolutions que nous avons à conduire est celle de notre politique énergétique. Nous mettrons aussi en consultation lundi notre nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie. Le cap est clair : l’augmentation de la part des énergies renouvelables, la réduction de la part du nucléaire à 50% en 2035. Ce sont des choix structurants, dont nous sommes désormais comptables : il ne s’agit plus de promettre pour se faire plaisir, mais de faire, ici et maintenant. Et nous passons aux actes en engageant la fermeture de Fessenheim dès le mois prochain, et la fermeture des dernières centrales à charbon d’ici 2022. Et ces décisions majeures nous les prenons avec l’ambition d’être exemplaires dans l’accompagnement des travailleurs et des territoires concernés.

C’est plus largement une révolution dans nos façons de produire que nous voulons porter, avec une économie décarbonée, qui assume les mutations industrielles, qui investit dans les filières d’avenir, qui accompagne les reconversions. Dès cette année, nous nous y engageons avec Bruno Le Maire, à travers le Pacte productif. Un pacte dans lequel nous voulons porter à la fois la transition écologique de toutes nos filières économiques mais aussi le développement des filières de la transition écologique. Car  la question n’est plus aujourd’hui de savoir, par exemple, si nos voitures seront à l’avenir électriques ou pas, elle est de savoir si leurs batteries seront européennes ou asiatiques. C’est pourquoi nous investissons avec nos partenaires allemands pour créer une véritable filière européenne.

Produire autrement, c’est aussi changer de modèle agricole. Ce n’est pas céder à un quelconque bashing que de le dire : ce modèle a eu ses vertus mais est arrivé à bout de souffle, il bouscule la nature et enferme tellement d’agriculteurs dans une impasse. Un autre modèle est possible, les faits sont là, de plus en plus d’agriculteurs le revendiquent et s’engagent sur cette autre voie, avec moins d’intrants, plus de qualité, une proximité retrouvée avec les consommateurs, et des revenus au rendez-vous. La future Politique agricole commune constitue un levier essentiel : je souhaite qu’elle intègre davantage la reconnaissance des exigences environnementales.

Changer de modèle, c’est aussi une autre façon de consommer. Nous devons passer d’une société du tout jetable à un monde où ce que l’on répare, réutilise, recycle. Le parlement va adopter le projet de loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, porté par Brune Poirson. Dès cette année sont interdits de nombreux plastiques à usage unique. Cela nous place sur le bon chemin pour parvenir in fine à notre objectif de zéro plastique jetable.

Changer de modèle, c’est aussi se déplacer différemment. C’est l’objectif que nous visons avec la loi mobilités, que j’ai portée depuis le début, et dont Jean-Baptiste Djebbari a repris le flambeau. C’est l’un des textes structurants de notre politique écologique, qui permet la mise en place de zones à faibles émissions, le plan vélo ou la fin programmée des ventes de voitures essence/diesel. Dès cette année, le forfait mobilité permettra aussi d’accorder 400 euros par an aux salariés qui se rendent à leur travail en vélo ou qui utilisent le covoiturage.

Changer de modèle, enfin, c’est aménager notre territoire autrement. Nous avons vu ce à quoi conduit une société dans laquelle chacun est rejeté toujours plus loin de son travail, où les surfaces agricoles disparaissent, où la voiture est trop souvent la seule solution, où le lien social s’appauvrit. Le travail que nous menons pour lutter contre l’artificialisation des sols, pour redynamiser les centre bourgs, pour développer d’autres solutions de transport, est une réponse à ce défi.

Cette révolution systémique est un défi considérable. Elle agace ceux qui persistent à ne pas regarder le changement climatique en face, elle bouscule nos habitudes - j’ai pu le constater lorsque j’ai osé remettre en question le totem du Black Friday - elle inquiète aussi celles et ceux qui y voient une menace pour leur activité ou leur emploi.

Mais je veux d’abord penser à l’angoisse de beaucoup de nos concitoyens, et particulièrement aux jeunes générations, face à la perspective d’une planète en surchauffe. Nous devons répondre. Il n’y a rien de pire que de traiter l’angoisse de notre jeunesse avec condescendance, rien de plus dangereux pour la transition écologique que de laisser s’installer l’idée que tout serait fichu.

Je ne veux pas laisser l’écologie aux professionnels de la collapsologie. Car derrière l’angoisse de l’effondrement se cache souvent le renoncement à agir, le découragement.

Je veux au contraire donner à voir tout ce qu’une France neutre en carbone et respectueuse de la nature aura de positif. C’est en cela que je parle de révolution de l’imaginaire. Pour le dire simplement : ce n’est pas parce que nous n’avons pas le choix que nous allons vivre moins bien.

Cette France de demain, qui aura atteint la neutralité carbone, c’est une société où l’on vit mieux, où l’on respire un air de meilleure qualité, où l’on mange sain et local, où l’on n’est pas contraint de racheter neuf ce qui se répare, où l’on gaspille moins son argent pour se chauffer, où la nature est plus proche de nous dans notre quotidien, où l’on vit moins loin de son travail, où la voiture est propre et pas la seule solution pour se déplacer, où l’on crée de l’emploi et des métiers nouveaux, et où ce que l’on fait retrouve du sens.

Ce que je suis en train de décrire, ce n’est pas un doux rêve, c’est la réalité qui nous attend en nous engageant vraiment dans la transition écologique et en relevant ensemble ce défi.

C’est aussi une France qui se sera adaptée aux effets inévitables du dérèglement climatique, plus résiliente face aux épisodes de canicule, mieux armée face aux intempéries à répétition. Nous devons transformer notre gestion des risques. Les épisodes de canicule de l’été dernier nous ont montré combien nous devons y être mieux préparés, dans les entreprises, dans les lieux de vie, dans les transports. C’est là aussi que se trouve l’une des réponses à l’angoisse du changement climatique. Je veux en faire un chantier prioritaire. J’ai souhaité qu’il soit à l’ordre du jour du prochain Conseil de défense écologique. Ce sera le cas et je m’en félicite.

C’est donc, et je l’assume, un combat culturel que nous avons à mener, par une révolution de l’imaginaire. C’est pourquoi j’ai engagé un travail avec les membres du Conseil National de la Transition Ecologique, pour que nous puissions dessiner ensemble le portrait de cette France neutre en carbone de 2050. Car la transition écologique ne saurait se résumer à des chiffres et des plans abstraits. Nous devons incarner, visualiser, montrer très concrètement ce que sera ce monde nouveau. Ce projet qui me tient à cœur, je l’ai lancé hier, dans le cadre d’un groupe de travail intitulé France 2050, spécifique au sein du CNTE. Il nous permettra ensuite de mobiliser des médias, artistes, éditeurs, scientifiques pour créer cette grande fresque de la France de demain.

Je souhaite que ce travail ait abouti pour alimenter au printemps le nouveau modèle écologique auquel nous a invité le Président de la République dans ses vœux le 31 décembre.

Pour aller vers cette société du mieux vivre, nous avons besoin de tous.

C’est d’abord l’affaire des  territoires et des citoyens.

Car nous sommes face à un défi, un défi qui est aussi une chance. La transition écologique est une opportunité historique d’embarquer les territoires et les citoyens qui se vivent comme les perdants d’une mondialisation qui a fait fi des enjeux écologiques et sociaux.

Ce chemin collectif, il s’incarne d’abord à travers les politiques menées dans les territoires. Je ne crois pas à une écologie tombée du ciel et appliquée uniformément. Les solutions s’inventent partout, à partir des réalités vécues sur le terrain et ne sont pas uniformes. C’est dans cet esprit que j’ai conçu la loi mobilités. C’est aussi le sens des contrats de transition écologique, que porte Emmanuelle Wargon, dans lesquels l’Etat et les territoires se mobilisent ensemble pour faire fructifier des projets locaux. 

L’expérience montre que des mesures unanimement reconnues favorables à l’écologie, lorsqu’elles piègent des citoyens mettent la transition dans l’impasse.

La convention citoyenne pour le climat est une réponse pour dépasser ce risque. Depuis le mois d’octobre, 150 citoyens tirés au sort travaillent avec beaucoup de sérieux et d’engagement et je veux leur rendre hommage. Au moment où on aime à dire que les Français se désintéressent de la vie publique, je peux vous dire qu’il n’y a pas de meilleur contre-exemple que ces citoyens qui donnent de leur temps et de leur énergie pour imaginer des mesures écologiques et justes. 

J’ai échangé avec eux, je suis attentivement leurs travaux, je sais le sentiment de très grande responsabilité qui les anime. Et c’est aussi le message qu’a souhaité leur adresser le président de la République vendredi dernier.

Ces propositions qui nous seront remises en avril, nous les reprendrons sans filtre. Le président de la République a ouvert la voie à un référendum.

J’y suis, à titre personnel, très favorable. Je pense que c’est l’esprit même de cette convention que ses propositions puissent être partagées avec tous les Français. Et si nous pouvons avoir dans notre pays un grand moment de débat qui mobilise toute la société, où l’on parle beaucoup d’écologie, et un peu moins du reste, moi je prends !

Mais je préfère le préciser : nous n’attendons pas la convention les bras croisés. Ces 3 derniers mois, je l’ai dit, ce sont 3 projets de loi majeurs adoptés, mais aussi des actions très fortes pour proposer des solutions clé en main.

C’est l’une des raisons du succès de la prime à la conversion,

c’est l’objectif de la transformation de nos aides à la rénovation énergétique avec la création de Ma Prime Rénov par exemple.

Enfin, ma 4ème conviction, c’est que la France ne pourra, à elle seule, terrasser le péril écologique.

Cette vérité ne doit pas être un prétexte pour baisser les bras. Combien de fois avons-nous entendu « à quoi bon agir » puisque nous ne sommes qu’une goutte d’eau dans l’océan ?

Moi je crois tout le contraire : nous avons le devoir d’être exemplaires chez nous et aux avants postes à l’échelle internationale pour faire bouger les lignes. Fidèle à sa vocation de parler à tous, la France joue et doit continuer à jouer un rôle particulier dans le monde.

La COP 21 engage l’ensemble de la communauté internationale, mais il revient à la France d’en faire vivre l’esprit. C’est ce que nous faisons, en étant les premiers par exemple à avoir refusé les négociations sur un traité de libre-échange avec un pays - les Etats-Unis - décidant de sortir de l’Accord de Paris. Le sens de l’Histoire est avec nous, et force est de constater que l’accord de Paris est bel et bien vivant.

Cette année 2020 sera cruciale car nous devrons, d’ici la prochaine COP26, avoir rehaussé notre ambition climatique. La France s’est battue pour que l’Europe s’engage dans cette voie, et je me félicite des résultats obtenus en décembre.

2020 sera aussi une année déterminante en matière de biodiversité, avec la perspective de la COP 15 en Chine. Et la France devra permettre à la communauté internationale de prendre date lors du congrès de l’UICN à Marseille au mois de juin. Je veux que nous en fassions un tremplin pour la réussite de la COP 15.

Plus qu’une feuille de route, c’est donc à une révolution que nous aspirons. Systémique et culturelle, locale et mondiale, individuelle et collective.

Pour être à la hauteur du défi écologique et porter les transformations avec l’ampleur nécessaire.

Pour répondre à l’angoisse ressentie face à l’avenir et y opposer un monde de progrès.

Pour embarquer chacun de nos concitoyens et de nos territoires dans ce défi de la transition écologique, et trouver un juste chemin.

Pour mobiliser l’ensemble de la planète autour de ce défi qui doit tous nous rassembler, et continuer de jouer un rôle actif dans le multilatéralisme.

C’est à ces conditions que nous réussirons, pour 2020 et toutes les années à venir.

Je vous remercie.

Seul le prononcé fait foi