Ce qu'il faut retenir du rapport du GIEC sur le réchauffement climatique

Le Lundi 8 octobre 2018

Crédits : Serg-Zastavkin_Fotolia_44261658
Le Groupe intergouvernemental d’experts sur le changement climatique (GIEC) a publié, ce lundi 8 octobre, son rapport sur « Les impacts d’un réchauffement climatique global de 1,5 °C par rapport à 2 °C et les trajectoires d’émissions de gaz à effet de serre à suivre pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, dans le cadre plus général du développement durable et de l’éradication de la pauvreté ». Pour ce faire, 6 000 publications scientifiques ont été analysées.

Le rapport du GIEC

195 États membres du Groupe intergouvernemental d’experts sur le changement climatique (GIEC) se sont réunis du 1er au 5 octobre 2018 pour examiner le rapport spécial sur :

  • l’impact d’un réchauffement global de 1,5 °C par rapport à la période pré-industrielle ;
  • les trajectoires d’émission de gaz à effet de serre correspondantes.

Demandé par la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) dans le cadre de l’Accord de Paris, ce rapport doit servir de base scientifique aux discussions de la COP24 qui commencera le 3 décembre 2018 à Katowice, en Pologne. Ce rapport a été coordonné par un des groupes de travail du GIEC, co-présidé par la chercheuse française Valérie Masson-Delmotte. Parmi les 91 auteurs principaux sélectionnés par le GIEC pour élaborer ce rapport, figurent cinq scientifiques travaillant dans des laboratoires de recherche français.

Le réchauffement climatique en 6 questions

Qu’apprend-on sur le réchauffement en cours ?

Le climat mondial s’est déjà réchauffé d’1 °C environ en moyenne par rapport à l’ère préindustrielle. Au rythme d’émissions actuelles, le réchauffement climatique atteindra 1,5 °C entre 2030 et 2052. Sans rehaussement de l’ambition des pays signataires de l’Accord de Paris et sans mise en œuvre immédiate des mesures nécessaires, le réchauffement climatique global devrait atteindre 3 °C d’ici 2100.

Des impacts différents entre +1,5 °C et +2 °C ?

À 1,5 °C, les risques sont significativement moins importants en fréquence et intensité des événements extrêmes (canicules, précipitations intenses, sécheresses) et les impacts sur la biodiversité, les écosystèmes, les ressources en eau et en nourriture, la sécurité et la santé, les infrastructures et la croissance économique sont moindres.
Par exemple, un réchauffement de 2 °C provoquerait une élévation du niveau des mers supérieure de 10 cm (par rapport à un réchauffement de 1,5 °C) d’ici 2100 et aggraverait le risque à plus long terme d’une déstabilisation des glaces du Groenland et de l’Antarctique (le niveau marin augmenterait alors de plusieurs mètres).

 

Au rythme actuel, quels sont les impacts attendus en France ?

En métropole, dès la période 2021-2050, les vagues de chaleur estivales deviendront plus fréquentes, plus longues et plus intenses, avec des évolutions plus marquées encore pour le quart sud-est. D’ici la fin du siècle, un épisode tel que celui de l’été 2003 deviendrait courant, voire serait régulièrement dépassé, tant en intensité qu’en durée. La France risque de connaître, d’ici 2100, des sécheresses agricoles quasi continues et de grande intensité, totalement inconnues dans le climat actuel.

Concernant les pluies extrêmes, une tendance générale se dessine avec une augmentation de leur intensité, principalement en hiver, et une extension des zones impactées notamment vers le sud-est ou les Pyrénées.
Les territoires exposés aux risques d’incendies de forêts devraient être plus étendus, couvrant une part importante des forêts des Landes et de Sologne (horizons 2040 et 2060).

Outre-mer, les simulations du climat pour le xxie siècle indiquent que les cyclones ne devraient pas être plus nombreux, mais plus intenses.

Peut-on encore agir ?

Seules, les émissions passées de gaz à effet de serre ne conduisent pas à un réchauffement au-delà de 1,5 °C. Il est donc encore possible, du point de vue géophysique, de freiner la hausse de la température globale et de limiter les dégâts pour l’humanité et son environnement.

Les différentes options pour ne pas dépasser 1,5 °C de réchauffement nécessitent des transformations radicales, dans tous les secteurs de la société et dans le monde entier. Et leur mise en œuvre doit être immédiate si on ne veut pas imposer aux générations futures le recours à des techniques d’extraction du CO2 atmosphérique risquées.

Doit-on agir de manière différente pour +1,5 °C et +2 °C ?

Les transformations nécessaires sont similaires. Pour respecter l’objectif de 1,5 °C, les mesures devront être mises en œuvre plus rapidement et à une échelle plus large, mais elles seront moins coûteuses en termes d’atténuation, d’adaptation et d’impacts.

Quelle serait la place des « émissions négatives » ?

Une solution envisagée pour réduire le réchauffement climatique consiste à recourir aux technologies CDR (Carbon Dioxide Removal ou CCS), également appelées émissions négatives, qui consistent à retirer du CO2 de l’atmosphère. Il existe deux types de technologies :

  • les procédés naturels (arbres, sols, puits naturels de carbone dans l’océan…) ;
  • les procédés chimiques pour capturer le CO2 directement dans l’atmosphère et le stocker (en sous-sol, par exemple). Ces technologies sont coûteuses et potentiellement dangereuses pour l’environnement. La plupart n’ont pas encore été testées à grande échelle.

Le plan climat : accélérer la lutte contre le changement climatique

En juillet 2017, le Gouvernement a présenté le Plan climat, qui a pour objectif d’accélérer la lutte contre le changement climatique, alors que les émissions mondiales de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse.
Ce plan a fixé un nouvel objectif à la France : viser la neutralité carbone à l’horizon 2050. Pour cela, il est nécessaire de sortir des énergies fossiles et d’agir dans tous les secteurs : énergie, industrie, transport, rénovation des logements, agriculture et alimentation…

Le Plan climat ambitionne tout à la fois de rendre irréversible l’Accord de Paris et de conserver le leadership de la France dans la lutte contre le changement climatique, avec une ambition, faire entrer l’Accord de Paris dans le quotidien de tous les Français. Il va continuer à se déployer sur les quatre années à venir pour atteindre ses objectifs ambitieux.