Les rencontres de la recherche

Le Jeudi 11 juillet 2019
Le Commissariat général au développement durable organise un cycle de rencontre mensuel consacré à la recherche. Ces rencontres ont pour objectif d’assurer une formation continue des agents du service de la recherche, de promouvoir la science dans le ministère et de développer une culture partagée tant au sein du ministère qu’avec ses partenaires. Ces rencontres seront à la fois une vitrine et une tribune d’expression de point de vue de chercheurs sur des problématiques d’actualité. En organisant ces rendez-vous, le Commissariat général au développement durable répond à sa vocation de transmission de savoirs pour l’action.

Les rencontres passées

Deux innovations urbaines, San Francisco et Singapour : gouverner les techniques au 21e siècle

Rencontre avec Brice Laurent le 20 juin 2019.

Brice Laurent, sociologue au Centre de Sociologie de l'Innovation à l'école des Mines de Paris est intervenu pour présenter deux exemples d'innovations urbaines expérimentales reposant sur le numérique et leurs conséquences en termes de politiques publiques. L'approche par l'expérimentation est devenue un nouveau paradigme de l'action publique, s'appuyant sur l'analogie avec le laboratoire :  on expérimente à petite échelle ce qui sera déployé à grande échelle si on considère que les résultats sont positifs.

Les exemples de Singapour (déploiement d’outils de démocratie participative en ligne) et de San Francisco (tests de robots livreurs circulant sur les trottoirs) montrent que cette réflexion est largement infondée. Les éléments de contexte (effets d'éviction de certains, contestation des outils, voire mobilisations à leur encontre...) pesant fortement sur le déroulement des expérimentations montrent que la diffusion de ces innovations sera rarement possible sous la forme d'un simple "passage à plus grande échelle", concept issu d'une vision idéalisée des sciences expérimentales.

L'approche par l'expérimentation demeure une ressource importante pour le développement de politiques publiques territorialisées, attentives aux spécificités des lieux et de leurs habitants. Mais il ne faut pas se leurrer sur les difficultés, voire la possibilité, d'une reproduction à plus grande échelle des projets qui ont réussi. Aussi, ce dernier point (le passage à l'échelle d'une initiative expérimentale) demande à être problématisé et analysé en tant que tel, et en lien avec les principes de planification qui régissent par ailleurs les grands enjeux d'un territoire. Une bonne articulation entre ces deux niveaux d'action est ainsi nécessaire, sans opposer l'un à l'autre.

De l’usage de la prospective pour les stratégies et politiques de l’environnement

Rencontre avec avec Benoît Labbouz le 23 mai 2019.

Les études sur l’environnement partagent avec la prospective le souci du long terme et d’une approche systémique, à l’échelle internationale à l’exemple du "Millenium Ecosystem Assesment (MEA)" de 2005, comme à une échelle territoriale avec la prospective "Adapt’eau" achevée en 2015. Le passage de ces réflexions sur l’avenir à des recommandations stratégiques pose néanmoins des questions théoriques, abordées notamment dans "l’Évaluation des scénarios et des modèles de la biodiversité et des services écosystémiques" publiée par l’IPBES en 2016. La recherche se poursuit quant aux conditions et aux méthodes qui permettent au mieux aux exercices prospectifs de se traduire dans les décisions et d’influencer stratégiquement l’action environnementale.

    Comment savoir si les OGM sont toxiques ? Réflexions autour des résultats scientifiques du projet GMO90plus

    Rencontre avec Bernard Salles le 18 avril 2019.

    Le programme de recherche Risk OGM a été lancé par le ministère de la transition écologique en 2010. En 2013, le service de la recherche a appelé à la constitution d'un consortium d'instituts de recherche, suite à une publication controversée dans l'Obs en 2012 alertant sur de potentiels impacts sur la santé de la consommation d'OGM, et au financement par la Commission européenne d'une étude de cancérogénèse à 2 ans chez le rat. Il s'agissait de mobiliser la communauté scientifique française autour de l'évaluation des risques des OGM et de contribuer à la connaissance dans un contexte de préoccupation sociétale.

    Bernard Salles, directeur de l'unité INRA Toxalim, a piloté le consortium sélectionné, associant l'ANSES et l'INSERM, dans le cadre du projet GMO90+. Les résultats ont été rendus publics fin 2018. L'étude a porté sur les effets de deux maïs OGM sur des rats nourris pendant 6 mois. L'objectif était de déployer tous les outils les plus récents de la biologie de pointe pour détecter des biomarqueurs d'effets pathogènes ultérieurs. Ces analyses très fines n'ont mis en évidence aucun signal biologique relié à un impact délétère sur les organes et fonctions physiologiques. Les projets européens, conduits sur des durées et selon des méthodologies différentes, ont abouti à des conclusions comparables, ce qui ne signifie pas que les OGM dans l'alimentation n'ont aucun impact sur la santé des animaux ou des hommes, mais que tout porte à penser que ces deux variétés d'OGM sont sans danger pour la santé. Cela ne nous conduit pas forcément à remettre en cause les tests réglementaires actuels à 3 mois, pour lesquels on ne dispose pas pour l'instant d'alternative, mais nous interroge sur le recours systématique à l'expérimentation animale, la nécessité d'investiguer davantage les impacts socio-économiques et environnementaux des OGM et nouvelles technologies d'édition de génome, le lien avec le recours massif aux pesticides et l'agriculture souhaitable pour demain...

    La terre crue, nouvelle alliée de la construction écologique

    Rencontre avec Erwan Hamard le 21 mars 2019.

    La terre crue suscite aujourd’hui un regain d’intérêt. Ses atouts sont multiples: une ressource abondante et locale, des procédés très bas carbone, une importante inertie thermique, un matériau réversible en fin de vie, des techniques à forte intensité sociale.

    Le redéploiement de ces procédés nécessite d’être fondé sur une démarche constructive globale, tant architecturale que technique, qui réponde aux limites d’emploi du matériau (résistance mécanique, sensibilité à l’eau, conductivité thermique), sans remettre en cause son caractère « cru » et ses nombreux bénéfices.

    Un projet national de recherche collaborative et d’innovation est en préparation pour relever les principaux défis : objectivation des propriétés du matériau en réponse aux contraintes assurantielles et réglementaires, efficience et mécanisation des procédés, organisation et analyse des impacts de la filière, réhabilitation du matériau dans l'imaginaire collectif.

    Constructions sociales autour du végétal en ville

    Rencontre avec Mustapha El Hannani le 14 février 2019.

    La question de la nature en ville est classiquement abordée sous un angle technique, fonctionnel. Mustapha El Hannani, géographe à l’université d’Angers, développe une approche plus sensible à travers deux cas, l’un proche de nous, Angers, et l’autre, plus éloigné, Marrakech.

    Oasis créée par l’Homme, Marrakech est une ville jardins dont le paysage repose sur 3 éléments : le palmier, la Médina et la montagne. Différents modèles de relations au végétal se superposent et évoluent au fil du temps, reflétant à chaque fois un fonctionnement social spécifique. De la ville arabo-musulmane à la ville actuelle en passant par la ville coloniale, les formes et places du végétal renvoient à des imaginaires et fonctions contrastées.

    Dans le cas d’Angers, la nature est présentée comme « au service de la ville », selon une approche très quantitative. Pourtant, dans le cas du réaménagement d’un quartier sensible, une analyse fine du contexte, des attentes sociales, permet de repenser la place du végétal en termes d’ambiances. Les fonctions associées au végétal, sont pensées selon une organisation spatiale, mais aussi comme une stimulation des sens.

    En conclusion, c’est à une réflexion plus philosophique sur le lien entre ville et nature que nous convie l’intervenant. S’il y a distanciation entre les deux, il n’y a pas de rupture.

    Il n’y a pas à proprement parler de « nature en ville », mais une ville qui doit se penser comme une composante de la nature.

    Le repère géodésique à l'échelle de la Terre : un impératif pour appréhender le changement global

    Rencontre avec David Coulot le 24 janvier 2019.

    La géodésie, discipline scientifique méconnue, étudie les dimensions et la forme de la Terre, ainsi que son champ de pesanteur. Toute localisation ou positionnement repose sur des coordonnées, exprimées par rapport à une référence géodésique. La géodésie permet de construire des réseaux de références.

    La Terre est un système dynamique complexe ; sa forme, qui n’est pas une sphère parfaite, varie  constamment dans le temps. Plusieurs réseaux de mesures au sol et l’utilisation de mesures spatiales permettent de fournir, après différentes étapes, un référentiel exact et stable dans le temps : le repère terrestre géodésique global. Ce référentiel est nécessaire avec des enjeux grandissants. L’ensemble est organisé au niveau mondial. La France, et en particulier l’IGN, y occupe une place de premier rang.

    Les applications sont quotidiennes, notamment pour les systèmes de localisation associés à la mobilité, pour lesquels la précision ne cesse de s’améliorer. Les enjeux portent aussi sur les changements globaux, comme la montée du niveau moyen des mers, indicateur climatique essentiel. La précision au niveau global est de quelque 1/10e de mm/an.

    Les travaux de recherche se poursuivent, en particulier via le projet Géodésie soutenu par l’agence nationale de la recherche, pour aller vers un modèle « Terre » de plus en plus complet.

    Les Journées de la recherche de l’IGN, les 18 et 19 avril prochains, vous permettront d’en savoir plus. Vous pouvez aussi, dans une version test, utiliser le logiciel Deïmos de l’IGN pour connaître les orbites des satellites artificiels, socles de la géodésie spatiale et de l’observation de la Terre.

     

    Le G7 et les océans : enjeux pour les océans et le rôle des scientifiques

    Rencontre avec Sabrina Speich le 20 décembre 2018

    Sabrina Speich a présenté l’appréhension des enjeux liés aux océans et le rôle que les scientifiques jouent sur ce sujet dans le cadre du G7. Larticulation entre sciences et politiques publiques est ici une nouvelle fois illustrée.

    L’océan couvre 71 % de la surface de la Terre. Il s’ajuste au changement climatique très lentement et peut séquestrer de la chaleur et absorbe un quart des émissions de CO2. Les courants océaniques distribuent chaleur, eau douce et éléments chimiques dissous autour du globe.

    Plus de la moitié de la population mondiale vit à proximité des côtes et est en situation de fragilité par rapport aux  risques d’érosion côtière et de submersion marine.

    La santé des océans et des mers est essentielle au bien-être économique, social et environnemental de la planète. Les océans et les mers jouent un rôle fondamental dans le système climatique mondial et dans le soutien aux communautés, en matière d’emplois et de moyens de subsistance, à la sécurité alimentaire, à la santé humaine, à la biodiversité, à la prospérité économique et aux modes de vie. La compréhension de l’océan et son évolution est donc essentielle pour différentes applications utiles dans notre société.

    Le 1er janvier, la France a pris la Présidence du G7. Cette année 2019 est centrée sur la lutte contre les inégalités, dont le temps fort sera le Sommet qui aura lieu fin août à Biarritz et qui réunira les Chefs d’État et de Gouvernement des 7 pays membres (France, Canada, États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Japon, Italie).

    La France a fixé 5 objectifs au G7 pour lutter contre les inégalités, dont un concerne « la réduction des inégalités environnementales en protégeant notre planète grâce aux financements en faveur du climat et d’une transition écologique juste, la préservation de la biodiversité et des océans ».

    Tout au long de l’année 2019, des réunions au niveau ministériel seront organisées et notamment celle du G7 environnement qui se tiendra début mai, où la question des océans fera partie des débats.

    Ces débats ont besoin d’être adossés à des connaissances scientifiques qui documentent les diagnostics et peuvent proposer des pistes de solutions.

    Le retour de la faune sauvage : quels apports pour les écosystèmes français et l'économie des territoires ?

    Le 15 novembre 2018 avec Gilbert Cochet, professeur agrégé de sciences naturelles, correspondant du Muséum national d’histoire naturelle et expert auprès du conseil de l’Europe.

    La France vient de réintroduire deux ourses dans le Béarn afin de restaurer une population viable de cette espèce dans les Pyrénées. Depuis plus d’un demi-siècle, en France comme en Europe, des réintroductions et des retours spontanés ont permis de rétablir la grande faune sauvage : bison, cerf, chevreuil, tarpan, bouquetins des Alpes et des Pyrénées, vautour fauve et vautour moine, gypaète, ours, pygargue... Toutes ces grandes espèces permettent aux écosystèmes de retrouver leurs fonctionnalités (prédation, herbivorie, nécrophagie...) et optimisent la biodiversité. Résultat inattendu, la faune sauvage est devenue un atout de développement économique pour les territoires.

    Micro-plastiques : d'une pollution invisible à un défi planétaire

    Rencontre avec Pascale Fabre le 19 octobre 2018.

    ascale Fabre, directrice de recherche CNRS au Laboratoire Charles Coulomb de Montpellier, a présenté de façon transdisciplinaire la problématique des micro-plastiques devant plus de 130 participants.

    Les plastiques sont des molécules constituées de 95 % de polymères et de 5 % d’additifs. Chaque année, plus de 300 Mt de plastiques sont produits, et il est estimé que 8 Mt sont rejetés dans l’environnement. 90 % de ces déchets proviennent des milieux continentaux et sont véhiculés jusqu’aux océans principalement via les cours d’eau. Dans les océans, les particules de plastiques sont colonisées par des micro-organismes et fragmentées en particules plus petites, avec éventuellement un relargage des additifs. La phase de dégradation y est très lente du fait d’une température peu élevée et d’une faible abondance des micro-organismes.

    Les macro-plastiques présentent pour les espèces marines des risques d’emmêlement (jusqu’à l’étouffement) ou d’ingestion (jusqu’à l’inflammation voire l’occlusion). Les micro-plastiques, c’est à dire de taille inférieure à 5 mm, peuvent aussi quant à eux constituer des réservoirs de bactéries pathogènes transportables sur de longues distances et de grandes durées. Toutes les espèces ingèrent des micro-plastiques (du zoo-plancton à la baleine), et ceux-ci se retrouvent dans la chaîne alimentaire (oiseaux prédateurs, êtres humains…), avec des impacts peu maîtrisés à l’heure actuelle.

    Les pistes pour le futur se situent à plusieurs niveaux complémentaires : améliorer les modes de production (approche safe by design), diminuer les quantités rejetées (réutilisation, recyclage), améliorer la gestion de fin de vie. Côté recherche, la communauté scientifique française se structure de façon interdisciplinaire autour d’un projet de groupement de recherche « polymères et océans » actuellement en examen par le CNRS.

    Les nouvelles orientations du Giec

    Rencontre avec Valérie Masson-Delmotte le vendredi 20 septembre 2018

    Valérie Masson-Delmotte, co-présidente du groupe 1 du Giec, a évoqué l’élaboration du rapport spécial de cet organisme qui porte sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5°.

    Le Giec, créé en 1988, a entamé son sixième cycle d’évaluation, au cours duquel il produira trois rapports spéciaux dont un prévu lors de la Cop21 sur les conséquences d'un réchauffement planétaire de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels et sur les profils connexes d’évolution des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

    Valérie Masson-Delmotte a exposé l’évolution du fonctionnement du Giec, selon une méthodologie qui vise à une transparence et à une rigueur maximales, en tenant compte régulièrement des retours d’expérience.

    Ce rapport spécial ne s'inscrit pas uniquement dans le cadre des accords de Paris, mais aussi dans celui de l'agenda international 2030. La lutte contre le changement climatique correspond au treizième objectif de développement durable, mais il existe naturellement des interactions fortes entre  changement climatique et éradication de la pauvreté, sécurité alimentaire et agriculture durable ou encore conservation de la biodiversité marine et terrestre. La spécificité de ce rapport spécial est de considérer ces multiples dimensions et de montrer comment  l'action contre le changement climatique peut bénéficier également à d’autres objectifs.

    Ce rapport spécial a été approuvé par les délégués des gouvernements en session plénière du Giec à Incheon en République de Corée et publié le 8 octobre.

    Des mobilisations aux expérimentations démocratiques, l’agir citoyen pour la transition écologique

    Rencontre avec Jean-Michel Fourniau le vendredi 15 juin 2018.

    Jean-Michel Fourniau, Directeur de recherche à l'Ifsttar, Président du Gis démocratie et participation, a présenté deux aspects de la mobilisation des citoyens dans le champ environnemental, l’une que l’on peut qualifier d’a posteriori, en réaction à des décisions publiques, le second, a priori, sous forme d’actions initiées directement par les citoyens.

    En retraçant l’histoire récente des mouvements de mobilisation autour de grands projets d’aménagement, on note une tendance à la montée de la conflictualité. Selon l’intervenant, le processus d’élaboration de la décision qui sous-tend les projets est de plus en plus contesté, car plus respectueux des procédures que de l’examen du fond des dossiers, comme le montre l’exemple emblématique du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Cette approche procédurale s’est développée sur fond de crise environnementale, générant une mobilisation qui tend à se radicaliser. On passe ainsi en quelques décennies de remises en cause ponctuelles de projets à une lutte contre le modèle de société qu’ils finissent par représenter. Pour Jean-Michel Fourniau, malgré une volonté plus grande de concertation, le dialogue environnemental semble avoir toujours un temps de retard sur la mobilisation citoyenne.

    Ensuite, c’est la « démocratie du faire », cœur du programme de recherche Cit’in, qui a été présentée. La question centrale est de voir comment ces engagements locaux, souvent sectoriels, peuvent avoir une portée plus globale, être institutionnalisés. Ces expériences plurielles soulignent que les voies de la transition sont plus importantes que le point d’arrivée en lui-même.

    La nature : une source d'inspiration pour la science des matériaux

    Rencontre avec Clément Sanchez le vendredi 18 mai 2018

    Le conférencier nous a présenté ses dernières recherches en science des matériaux. L’exposé s’est déroulé en trois parties, chacune illustrant la façon dont la bio-inspiration peut contribuer au développement de matériaux innovants.

    S’appuyant sur la structure de la carapace du crabe, hybride naturel de matières biologiques et minérales, le laboratoire développe des membranes nano-structurées. Ces recherches permettent d’envisager une nouvelle génération d’électrodes, dont les applications dans le domaine de l’environnement ou du diagnostic sont multiples. En fonctionnalisant ces surfaces à loisir, tout un jeu de réactions de dépollution ou de capture sont possibles.

    Le deuxième exemple portait sur des nano-sphères formées de molécules polaires et qui s’auto-organisent en micelles, à la façon des membranes biologiques. Ces structures peuvent trouver des applications très diverses, notamment dans le domaine de la santé (pour libérer localement des traitements médicamenteux ou à des fins d’imagerie médicale).

    Enfin, suivant l’exemple de la structure du byssus de moule, le laboratoire a développé un nouveau type de matériau auto-réparant. En associant des polymères, comme le collagène, et des éléments rigides, on peut obtenir dans des conditions contrôlées un élastomère qui se reconstitue en quelques heures après coupure.

    Ces travaux ouvrent la voie à une chimie potentiellement révolutionnaire. Tirant parti d’une meilleure compréhension des mécanismes biologiques d’auto-assemblage (et de leur capacité notamment à produire, dans des conditions douces, des architectures complexes pour remplir des fonctions multiples), ces approches bio-inspirées sont un premier pas vers une ingénierie des matériaux intégrant davantage les contraintes de l’environnement.

    La crise dans la crise, comment gérer l'extraordinaire : anticipation ou improvisation ?

    Rencontre avec Claude Gilbert le vendredi 13 avril 2018

    Claude Gilbert Directeur de recherche émérite au CNRS (PACTE, Sciences Po Grenoble)  a présenté le 13 avril "la crise dans la crise, comment gérer l'extraordinaire : anticipation ou improvisation ?".
    Le conférencier est revenu sur l'appréhension des situations de crise associées à plusieurs facteurs, naturels ou technologiques, ou de crises survenant simultanément dans des espaces différents ou bien se développant sans limites temporelles précises.
    Ces situations s'intègrent en fait dans les « risques majeurs » qui pourraient être définis comme :

    • hors normes échappant à une caractérisation complète par l'identification des causes, la probabilité d’occurrence ou l'anticipation des pertes et dommages…
    • se réalisant de façon subite, inattendue avec une forte singularité et dans des circonstances exceptionnelles ;
    • et finalement s’apparentant plus à des «menaces » qu’à des risques compte tenu de la diversité et de l’ampleur des incertitudes.

    En déroulant les pistes possibles en termes de gestion, le conférencier propose d'envisager une extension de la démocratie en temps de crise plutôt que sa restriction, de réfléchir sur un nouveau contrat  entre l’État, les autorités et la société civile (engagements, rôles et responsabilités en temps de crise) et de faire un peu de prospective, de "science fiction politique".

    Sixième extinction : l'ADN environnemental, un moyen efficace d'évaluer la biodiversité

    Rencontre avec Aurélie Bonin le jeudi 15 mars 2018

    L'ADN environnemental, c'est-à-dire l'ADN présent dans le sol, l'air et l'eau peut être prélevé et extrait en utilisant des méthodes standardisées et utilisables quel que soit le milieu. Par la suite, un processus d'amplification permet d'obtenir des millions de copies de courts fragments d'ADN cible caractérisant des taxons choisis préalablement. L'analyse bio-informatique donnera une image synthétique de la biodiversité d'un écosystème. L'ensemble de cette démarche appelée métabarcoding est une voie exploratoire de la biodiversité inconnue et un outil novateur d'évaluation de la qualité des écosystèmes.

    Une approche innovante en matière de réduction des risques : safe by design

    Emeric Fréjafon, responsable des activités relatives à la connaissance des dangers et des risques dans le domaine des nanotechnologies à l’Ineris – Institut national de l'environnement industriel et des risques – présentait ce mercredi 15 février l’approche « Safe by design », un cadre de référence innovant en matière de réduction des risques utilisé dans le domaine des nanotechnologies.

    Une réflexion nécessaire quand on sait que la marché mondial des nanotechnologies pourrait représenter, d’après une étude citée dans une publication de l’ONU environnement, près de 174 milliards de dollars d’ici à 2025.

    Cette conférence a montré les enjeux scientifiques, techniques, économiques et sociétaux d'une approche qui vise à anticiper les risques associés à des substances tout au long de leur cycle de vie, c’est-à-dire non seulement les risques associés au produit de façon intrinsèque mais aussi durant sa phase de production et durant la période où il est utilisé en considérant les différents usages possibles y compris le cas échéant en marge des prescriptions d’utilisation, et enfin jusqu’à sa fin de vie.

    En amont des phases réglementaires, cette démarche passe par une phase importante de collecte de données sur les dangers des substances, sur les expositions, sur tout leur cycle de vie jusqu’à la gestion des déchets.

    C’est ensuite en croisant plusieurs sources de données et plusieurs méthodes d'évaluation que l’on identifie les actions possibles pour réduire les risques : que ce soit sur les matériaux eux- mêmes, sur les prescriptions en termes de sécurité industrielle ou sur leurs conditions d’usages et de recyclage. La méthode serait transférable pour les substances chimiques.

    La France occupe une place significative sur l’évaluation des risques liés aux nanomatériaux. Plusieurs organismes sont engagés dans des travaux sur le sujet et en particulier l'Ineris qui, selon la DG Env, est classé 3ème établissement européen subventionné sur des projets dans le cadre d'H2020 sur ce thème. L’établissement est partenaire de plusieurs projets européens aux cotés d’autres acteurs nationaux comme le CEA ou encore le Cerege (Centre Européen de Recherche et d'Enseignement des Géosciences de l'Environnement installé sur la technopole de l'Arbois à Aix-en-Provence).

    À noter en novembre deux rendez-vous très importants de deux grands projets européens : la conférence Nanosafe à Grenoble et la conférence Nanoreg2 avec l’OCDE à Paris.

    Indicateurs environnementaux : témoins ou acteurs ?

    Les rencontres recherche ont accueilli le 18 janvier Gabrielle Bouleau, chercheuse en science politique à l’Irstea, spécialisée sur les politiques environnementales et les indicateurs écologiques. Sa conférence s’intitulait : « Indicateurs environnementaux : témoins ou acteurs ? », la construction des indicateurs environnementaux et leurs effets sur les politiques de gestion environnementale.

    L’observation de l’environnement dépend du cadrage (nécessité de prendre du recul pour comprendre l’image) et de la perception de l’observateur (“paradigme de l’indice” : l’homme a besoin de raconter une histoire). Pour cela, il est indispensable de recourir à un langage et à des catégories qui reflètent notre compréhension, mais avec suffisamment de nuances. En effet, la lecture d’une image s’apprend (expérience, représentations sociales, croyances, autorité…).

    Les indicateurs constituent la grille d’interprétation reflétant ce travail de cadrage : ils correspondent à un investissement à long terme qui leur donne une certaine inertie et favorise la tendance au recyclage et à la capitalisation. Leur catégorisation répond à des enjeux politiques (centres d’intérêt des différents acteurs) et leur appréhension est fonction de spécificités géographiques et historiques.

    Quels enseignements tirer de cette analyse théorique ? Il faut repenser la catégorisation de l’observation. La confier à des machines pour garantir son objectivité est illusoire, car c’est l’homme qui programme la machine. Il n’y a pas d’observation sans biais ni sans question posée ! Les indicateurs ne sont jamais neutres, mais toujours politiques. En effet, les indicateurs scientifiques ne passent dans la sphère publique qu’à partir du moment où ils répondent aux attentes sociétales : il convient donc de faire travailler ensemble tous les publics, décideurs, experts, militants, etc. pour détecter alertes et signaux faibles. Pour favoriser leur appropriation par les citoyens, il faut illustrer concrètement l’intérêt des indicateurs plutôt qu’expliquer des choix méthodologiques. De même, pour répondre à la logique du récit, il y a lieu d’adopter des indicateurs dynamiques “reflétant un film plutôt qu’une photo”. Enfin, il est important de ne pas sous-estimer le poids de l’attachement au territoire et de se souvenir que représenter l’environnement est aussi une opération “artistique et cognitive” où entre en jeu de l’émotion !

    “Le Jour d’après” est-il pour demain ? Quels risques pour le climat en cas de changement rapide de la circulation océanique en Atlantique Nord ?

    Les rencontres recherche ont accueilli le 21 décembre dernier Didier Swingedouw, chercheur à l’UMR EPOC (Environnements et Paléo-environnements Océaniques et Continentaux) du CNRS et de l’Université de Bordeaux, membre du GIEC depuis 2016 et contributeur au rapport spécial du GIEC sur l’océan et la cryosphère attendu pour 2019. Sa conférence s’intitulait : Quand l’Atlantique Nord souffle le chaud et le froid.

    Dans un contexte de réchauffement climatique généralisé à la surface du globe, l’Atlantique nord fait figure d’exception et connaît même, certes avec de grandes variations de température, un léger refroidissement sur le siècle passé. Ces observations sont corroborées par la modélisation : la plupart des scénarios du GIEC montrent un ralentissement global de la circulation océanique de retournement accompagné d’un refroidissement dans l’Atlantique nord.

    Ils montrent en outre, malgré la régularité des modèles, la possibilité d’occurrence de changements abrupts dans la circulation qui conduisent à des refroidissements brutaux au-dessus de la mer du Labrador et influencent fortement la réponse climatique à l’échelle régionale autour de cette zone. Des changements de ce type pourraient expliquer l’optimum climatique médiéval (du 10ème au 14ème siècles approximativement) où la circulation océanique a dû être plus rapide, ou encore le petit âge glaciaire qui l’a suivi.

    Depuis 15 ans, des dispositifs de mesure permettent de mieux appréhender cette circulation (en continu au niveau du 26ème parallèle nord et tous les deux ans entre le Portugal et la pointe du Groenland), mais les incertitudes liées aux modèles, aux scénarios et à la variabilité interne du système océanique restent trop importantes pour pouvoir anticiper un point de bascule pour cette circulation.

    Des transports traditionnels à une mobilité innovante : faut-il bousculer les modèles économiques ?

    Les rencontres de la recherche ont accueilli, le 13 novembre dernier, Olivier Blandin, économiste du travail et co-fondateur du laboratoire de recherche privé Atemis pour une conférence sur le lien entre l’économie de la fonctionnalité et la mobilité.

    Olivier Blandin a souhaité d’emblée partager un certain nombre de constats sur l’articulation entre la mobilité, expression d’une demande, et l’offre de transport ou de déplacement. Selon lui, les propositions d’offre de mobilité changent peu car on ne parvient pas à penser dans ce domaine de nouveaux modèles économiques, seules les offres de déplacement connaissent des évolutions technologiques.

    Il a rappelé que le modèle économique standard d’entreprise peut proposer à ses bénéficiaires (clients, actionnaires) une valeur qui dépasse la simple réalisation monétaire à laquelle il est généralement réduit.

    Pour penser par exemple les autres dimensions de la valeur de la mobilité, il convient selon lui d’en réinterroger l’ensemble des effets utiles (répondre aux besoins spatio-temporels des usagers, à l’accessibilité en particulier fonctionnelle et cognitive, à l’optimisation des trajets, au contenu du temps de déplacement - temps inutile ou productif -, varier en fonction de l’objet du déplacement...) et de faire émerger de nouveaux systèmes de gouvernance.

    Il faut enfin soutenir le foisonnement d’initiatives autour de la mobilité dans les territoires qui mettent en avant les enjeux sociaux et environnementaux en réponse à la voiture individuelle mais sont économiquement fragiles car leur modèle n’est pas entièrement fondé sur la rentabilité.

    La mobilité à l’épreuve de la rareté des fonds publics

    Dans le cadre des Rencontres recherche du Commissariat général au développement durable, en partenariat avec les ateliers de l'innovation des assises nationales de la mobilité, Yves Crozet, économiste, professeur émérite à l'université de Lyon, et ancien directeur du laboratoire aménagement économie des transports, a tenu une conférence sur « la mobilité à l'épreuve de la rareté des fonds publics ».

    Il a proposé des pistes de réflexion sur le coût et la tarification des infrastructures et de la mobilité. Il a abordé successivement les signes d'un changement d'époque, les repères analytiques et le concept de mobilité « dans un monde fini ».

    Les services de transport et les réseaux d'infrastructures sont en effet des sources de dépenses publiques importantes. Mais face aux tensions sur les finances publiques, une réflexion s'impose sur le financement et la tarification de la mobilité. Yves Crozet nous propose ainsi une approche nouvelle : la fin du « toujours plus » !

    La problématique des faibles doses

    Rencontre du 15 juin 2017 avec Gérard Lasfargues, directeur général adjoint scientifique de l’Anses.

    Les conséquences de la contamination des milieux sur la santé humaine et les écosystèmes continuent d’être une préoccupation centrale de notre ministère. Si on a longtemps considéré que la dose faisait le poison, des travaux scientifiques ont récemment montré que les atteintes toxiques pouvaient se manifester à de faibles voire très faibles doses de contaminants, éventuellement selon des mécanismes différents ou avec des effets paradoxalement plus forts à faible dose qu’à dose plus élevée.

    Gérard Lasfargues, directeur général adjoint scientifique de l’Anses (agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), a présenté un panorama des principales questions que pose la prise en compte de ce nouveau paradigme dans le processus de gestion des risques. Parce que leurs effets sont par définition très difficiles à observer, les expositions répétées à de petites doses toxiques peuvent faire l’objet de controverses très virulentes, en particulier lorsqu’il s’agit de fixer les seuils de la réglementation.

    Trois exemples illustraient les différentes situations rencontrées dans un contexte de faibles doses : les ondes électromagnétiques (pas d’effet démontré jusqu’à présent), le plomb (conséquences avérées des milieux contaminés à faibles doses), le Bisphénol A (situation de précaution).

    Parmi les défis scientifiques à relever dans un tel contexte, Gérard Lasfargues a particulièrement détaillé les effets liés à des expositions sur un temps long, les effets cocktail liés aux expositions multiples à faibles doses ou la prise en compte de la variabilité des facteurs environnementaux dans l’espace et dans le temps.

    Les temporalités environnementales et la démocratie

    Les rencontres recherche ont accueilli, le 18 mai dernier, Bruno Villalba, professeur en sciences politiques à AgroParisTech. Bruno Villalba s’est d’emblée interrogé sur la compatibilité d’une vision « féliciste » dominante (« tout va pouvoir continuer comme avant grâce aux progrès technologiques ») avec la réalité des contraintes environnementales. La vision « féliciste » est portée par les politiques : pour eux, le temps est infini, car c’est la politique qui fait en sorte qu’il puisse se perpétuer. Cette perception est selon lui en totale contradiction avec le temps écologique marqué par des limites (durée de vie des espèces) et des irréversibilités (celle de la biodiversité par exemple). Cette contradiction interroge notre démocratie, société caractérisée par une abondance d’origine technique mais fondée sur des ressources limitées.

    Sur la question de l’urgence, le conférencier a imputé l’absence de réaction - à certaines questions ou situations - au sentiment de la possibilité permanente du choix : il n’y a rien d’irréversible dans le temps politique, un nouveau choix peut toujours tout corriger. Cependant, dans les faits, le temps politique se heurte aux irréversibilités environnementales (on le voit avec la question des déchets nucléaires).

    Sur la question du délai, en l’occurrence le temps après lequel gérer l’irréversibilité sera impossible, là encore la difficulté à se représenter le risque empêche de le penser comme un dispositif d’imagination qui permette de surmonter le décalage entre les différents temps et de développer une pensée politique du basculement.

    Pour penser l’urgence et le délai, un travail d’explicitation est nécessaire, il importerait de trouver les moyens de rendre sensible l’idée de l’irréversibilité.

    La recherche sur le paysage : une pluridisciplinarité en actes

    Patrick Moquay est professeur en sciences humaines et sociales et directeur du laboratoire de recherche en paysage à l’école nationale supérieure de paysage de Versailles. Il est intervenu le 21 avril dernier devant une quarantaine de personnes autour de la recherche sur le paysage, de ses enjeux de pluridisciplinarité et de son rapport à l’action.

    Il convenait pour parler de ce sujet de définir dans un premier temps cette notion très englobante qu’est le paysage. Elle repose, selon l’intervenant, en Occident sur deux traditions. La première, nordique, fait davantage référence au territoire géré, et la seconde, latine, est liée aux représentations picturales de l’espace. La définition communément admise aujourd’hui est celle de la convention européenne du paysage : « une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l’action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations ». On comprend bien que le paysage se réalise dans des formes matérielles et culturelles qui ne font pas appel aux mêmes disciplines de recherche.

    Devenu progressivement objet de politique publique, il a fait l’objet d’un important effort de recherche ces dernières décennies. Le travail sur cet objet permet de cerner les multiples facettes de nos sociétés, mais pour cela il faut faire appel à de nombreuses approches disciplinaires. Les multiples entrées de la recherche sur le paysage ont été passées en revue de la géographie culturelle à l’économie du paysage, en passant par l’écologie et l’archéologie des paysages.

    Afin d’appréhender concrètement cette pluridisciplinarité en actes, quelques exemples classiques ont été présentés. On peut retenir la thématique de l’ouverture des paysages. Elle fait appel à la fois à des chercheurs ayant une approche métrologique pour quantifier le pourcentage de fermeture forestière, comprendre la dynamique des milieux et également à des chercheurs en sciences sociales pour analyser la perception de la situation par les populations concernées.

    La présentation a enfin montré que de nombreux sujets de recherche mériteraient d’être explorés comme les paysages des cinq sens ou les paysages des transitions et en particulier ceux de la transition numérique, ces derniers nécessitant d’ailleurs encore davantage d’interdisciplinarité.

    Le principe de précaution : signaux précoces, leçons tardives

    Le principe de précaution, douze ans après son introduction au niveau constitutionnel pour les dommages à l’environnement, reste encore, dans un cadre plus large de problématiques, sujet à de nombreux débats. Philippe Hubert, directeur des risques chroniques à l’Ineris et membre du comité de la prévention et de la précaution, est revenu lors de sa présentation du 23 mars dans le cadre des rencontres recherche sur les aspects historiques de ce régime très spécifique de gestion des risques.

    Il a montré l’intérêt du recours à ce régime lorsque les modalités d’évaluation des risques utilisées en prévention atteignent leurs limites face à des incertitudes radicales (perturbateurs endocriniens, nanomatériaux). À partir de plusieurs exemples recensés par l’agence européenne de l’environnement, il a rappelé que certains impacts majeurs pour l’environnement et pour l’homme (on pense en particulier au cas de l’amiante) auraient pu être évités si les causes avaient été instruites au prisme d’un régime de précaution.

    La pollution de l’air ne connaît pas de frontière !

    Le 26 janvier 2017, Augustin Colette, chercheur, responsable de l’unité de modélisation atmosphérique et de cartographie environnementale de l’institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris), a animé la rencontre recherche dédiée au transport transfrontalier de la pollution atmosphérique.

    La pollution atmosphérique présente de nombreux impacts : sur la santé humaine, sur la biodiversité, sur les bâtiments, sur le changement climatique... Cette pollution atmosphérique est complexe : de multiples substances y contribuent, les durées de vie des polluants sont très différentes, les réactions chimiques peuvent donner naissance à de nouveaux polluants, les capacités à être transportées sur de longues distances…

    Plusieurs stratégies de gestion sont mises en œuvre pour lutter contre la pollution atmosphérique, que ce soit au niveau international (protocole de Göteborg, législation sur le transport maritime), européen (directives sur les émissions industrielles, sur les plafonds nationaux d’émission) ou français. Elles ont permis de faire globalement baisser les émissions depuis 20 ans.

    Ces stratégies de gestion s’appuient également sur des outils de mesure et de prévision. Un réseau d’associations agréées de surveillance de la qualité de l’air transmet des mesures locales en polluants au niveau national et européen. Ces données sont complétées par des observations provenant de la télédétection par satellites. Des modèles de transport-chimie, comme le modèle Chimère développé par l’Ineris et le centre national de la recherche scientifique (CNRS), permettent d’élaborer des prévisions de qualité de l’air à 2 jours.

    Ces outils permettent d’identifier les sources d’émission et de tracer les différentes contributions. La modélisation met ainsi en évidence que la pollution atmosphérique est aussi bien due à des sources locales que régionales, voire à une plus large échelle, ce qui met en exergue la nécessité d’une coordination des stratégies de gestion à toutes les échelles.

    Ces outils permettent également d’estimer l’efficacité de nouvelles stratégies de gestion, en termes de baisse des émissions, de gains d’espérance de vie, de coûts induits et évités… De même, la modélisation est utilisable pour estimer les conséquences sur la qualité de l’air des stratégies de lutte contre le changement climatique. Concernant en particulier les mesures envisagées en termes d’atténuation du changement climatique, elles pourraient présenter de réelles opportunités pour améliorer en même temps la qualité de l’air.

    L’impact des courants marins sur la biodiversité

    Une trentaine de personnes ont assisté le 17 novembre 2016, à la présentation de Marina Lévy, directrice de recherche au centre national de la recherche scientifique (CNRS), qui traitait de l’impact des courants marins sur la biodiversité.

    Sur les continents, la biodiversité dépend majoritairement des conditions environnementales, lesquelles varient peu au cours de la vie des organismes.

    A contrario, dans l’océan, la situation est plus complexe. Le premier maillon de la chaîne alimentaire est constitué d’organismes microscopiques, le phytoplancton, qui se déplacent au gré des courants. Ce phytoplancton varie sur des échelles de temps (de 1 à 30 jours) et d’espace (de 10 à 100 km) beaucoup plus petites que la biodiversité des écosystèmes terrestres.

    On compte plusieurs milliers d’espèces de plancton, alors qu’il n’y a qu’une dizaine de ressources alimentaires, ce qui ne devrait conduire qu’à une centaine d’espèces en compétition. C’est le paradoxe du plancton mis en évidence dans les années 80. L’explication réside dans le fait que l’océan n’est pas un milieu statique mais un milieu dynamique. C’est la circulation océanique qui explique cette diversité biologique.

    Le phytoplancton est aussi un élément clé du cycle du carbone en jouant un rôle de pompe. Mais l’intensité de cette pompe varie selon les espèces, d’où l’importance d’une compréhension fine de la biodiversité dans les océans et des différents phénomènes en jeu.

    En lien avec le réchauffement climatique, les capacités de pêche pourraient baisser drastiquement dans l’océan tropical.

    L’acidification des océans quant à elle induit des déséquilibres entre les espèces.

    En observant l’océan, on arrive à relier la circulation océanique et les groupes d’espèces de plancton.

    Une collaboration entre le laboratoire de Marina Lévy et un laboratoire du Massachusetts institute of technology, par la modélisation conjointe de l’océan et de 100 espèces de plancton, a permis de comprendre au plan quantitatif ces relations. En conclusion, les fronts océaniques sont des lieux de forte biodiversité.

    La composante carbonée des sols et les services produits par les écosystèmes

    Cette rencontre de la recherche s’est tenue le 13 octobre 2016, avec la présentation de Claire Chenu, directrice de recherche à l'institut national de la recherche agronomique (Inra) et professeure de sciences des sols à AgroParisTech, qui portait sur la composante carbonée des sols et les services produits par les écosystèmes.

    Les sols sont encore pour une grande partie une « terre inconnue », ou en tout cas « pas assez reconnue », pourtant, cette ressource cruciale et hautement pressurée, est incontournable pour répondre aux objectifs de développement durable.

    Les enjeux sont immenses : climat, alimentation et santé, ressources en eau, énergie aussi avec les cultures de biocarburants, ainsi que aménagement du territoire. Mais, les sols peuvent également contribuer à la diminution des émissions de CO₂ en constituant des « puits de carbone ».

    A l’occasion de cette conférence, quelques messages forts ont été rappelés :

    • Les sols assurent des fonctions essentielles (services écosystémiques), mais les ressources en sol sont limitées et les sols sont menacés (33% des sols du monde sont modérément à gravement dégradés).
    • Les sols sont un enjeu de société : les besoins en sol pour le développement sont concurrents de besoins pour d’autres services écosystémiques.
    • L’évaluation des services écosystémiques fournis par les sols est nécessaire pour les arbitrages d’usage et de gestion. Les sols sont très divers.
    • Les sols sont à la croisée des enjeux globaux et locaux : est-il nécessaire de « faire société » autour des sols ?

    L’échange avec la salle a suscité de nombreuses questions sur la dégradation des sols, l’initiative 4 pour 1000, les mesures satellitaires de l’état des sols ou encore l’agriculture péri-urbaine.

    Claire Chenu est ambassadrice spéciale de la FAO (organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture) pour l’année mondiale des sols et vice-présidente le conseil scientifique du patrimoine naturel et de la biodiversité (CSPNB).

    Réduction des émissions de gaz à effet de serre : engagements des pays, incertitudes et conséquences sur le climat

    Une quarantaine de personnes ont assisté le 22 septembre 2016, à la présentation d’Olivier Boucher qui portait sur les contributions déterminées au niveau national, c’est-à-dire aux engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays dans le cadre de l’accord de Paris.

    Olivier Boucher est directeur de recherche centre national de la recherche scientifique (CNRS). Il a coordonné le chapitre 7, sur les nuages et les aérosols, du 5ème rapport du Giec et a participé en amont de la 21ème conférence des parties sur le climat à un groupe interdisciplinaire sur les contributions nationales.

    Olivier Boucher a expliqué dans son exposé que si le succès de la COP21 tenait à la présentation, par chaque État, d’engagements quantitatifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, nous n’étions pour autant qu’au début du chemin dans la mesure où, tout d’abord, l’accord doit être ratifié pour que ces engagements soient mis en application (le seuil d’entrée en vigueur de l’accord de Paris est maintenant franchi) ; et qu’ensuite, ces engagements doivent évoluer si l’on veut « contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels et poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels ». Une clause de révision est prévue dans ce sens tous les cinq ans.

    Olivier Boucher a insisté sur l’hétérogénéité des engagements des pays (relativement aux dates de référence, projections à 2025 ou 2030, gaz à effet de serre et secteurs économiques considérés, réductions en relatif ou en absolu ou relativement au PIB…) qui rend difficiles la comparaison et l’évaluation des engagements (conséquences sur le climat), et qui va nécessiter une clarification lors de la prochaine COP. Il a présenté les travaux du GICN permettant une traduction des engagements en conséquences sur le climat et leur comptabilisation suivant plusieurs types de scénarios socio-économiques.

    L’échange avec la salle a suscité de nombreuses questions, notamment sur les incertitudes liées à l’exercice et des interrogations sur les « émissions négatives », nécessitant des capacités de séquestration du dioxyde de carbone.

    Le changement climatique : nouveaux savoirs depuis le 5ème rapport du GIEC