Stratégie de protection des poissons grands migrateurs

Le Mercredi 5 octobre 2016
Les poissons « grands migrateurs », tels que le saumon, l’esturgeon ou l’anguille, sont en déclin. Pour protéger ces poissons qui passent alternativement des eaux douces aux eaux salées pour accomplir leur cycle biologique, une stratégie a été élaborée.

La stratégie nationale de gestion

Ces espèces sont des symboles forts de la richesse biologique des milieux aquatiques au croisement des domaines de l’eau et de la biodiversité. La situation de ces populations est en déclin depuis plusieurs décennies ce qui a conduit à une mobilisation internationale au titre des espèces menacées. Les causes sont le plus souvent connues : perte et fractionnement de leurs habitats, pollution, surexploitation par la pêche, etc. La Direction de l’eau et de la biodiversité a mis en place une démarche participative, avec l’ensemble des acteurs concernés par la gestion des poissons migrateurs (EPTB, associations de protection de l’environnement, hydroélectriciens, pêcheurs professionnels et de loisir, services administratifs, etc.) pour élaborer une stratégie nationale de gestion des poissons migrateurs.

Les 4 axes de cette stratégie :

  • Préserver et restaurer les populations et leurs habitats,
  • Rénover la gouvernance de la politique de gestion des poissons migrateurs,
  • Renforcer l’acquisition des connaissances, le suivi et l’évaluation,
  • Développer le partage d’expériences, la communication et la formation autour des problématiques migrateurs

Ceux-ci fixent les grandes orientations à mettre en œuvre dans les bassins pour assurer l’avenir des populations de poissons migrateurs dans nos cours d’eau.

Cette problématique se situe à la croisée de nos engagements communautaires, en particulier la Directive Cadre sur l’Eau, les Directives Habitat, Faune, Flore, et le Règlement anguille, mais aussi nationaux, avec le chantier ambitieux de la Trame verte et bleue, des classements de cours d’eau et du plan de restauration de la continuité écologique.

L’esturgeon européen (Acipenser sturio)

L’esturgeon européen est une espèce strictement protégée par plusieurs conventions internationales (CITES, convention de Berne) et directives européennes ("Habitats, faune, flore" - OSPAR) et figure sur la liste rouge des espèces menacées de disparition de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Malgré son statut d’espèce protégée en France depuis 1982 et en Europe depuis 1998, la dernière population d’esturgeon européen qui se reproduit dans le bassin Gironde/Garonne/Dordogne et se distribue en mer, du Golfe de Gascogne jusqu’en mer du Nord, n’a cessé de décliner. Aujourd’hui, il ne reste que quelques milliers d’individus, tous originaires de la Gironde. Néanmoins, la réussite de la première reproduction artificielle obtenue en juin 2007 à partir de spécimens élevés en captivité à la station du Cemagref à St-Seurin-sur-l’Isle, en Gironde, a fait renaître un espoir pour l’avenir de cette espèce. Aussi, un plan national d’actions de l’esturgeon européen visant à la restauration de cette espèce est en cours d’élaboration.

Esturgeon européen
Crédits : Cemagref - R. Le Barth

Compte tenu des caractéristiques biologiques de l’esturgeon européen et du contexte administratif et réglementaire, la gestion de cette espèce se doit d’être envisagée en considérant trois niveaux d’intervention :

  • le niveau européen, de par l’étendue de l’aire de répartition marine de l’esturgeon européen ;
  • le niveau national, compte tenu de la fraction continentale relique occupée par cette espèce ;
  • le niveau local, car le bassin Gironde/Garonne/Dordogne est le premier territoire d’application du plan national d’actions.

Ce plan a pour objectifs principaux :

  • la conservation et restauration de l’espèce ;
  • la protection des habitats estuariens et fluviaux et le maintien de la libre circulation de l’espèce ;
  • l’optimisation de l’application de la police de la pêche, en eau douce et en mer ;
  • le suivi, l’évaluation et la recherche afin de développer et d’améliorer les méthodes de conservation de l’espèce.

L’anguille européenne (Anguilla anguilla)

L’anguille est un poisson amphihalin qui doit traverser l’océan Atlantique pour se reproduire en mer des Sargasses (zone de l’océan Atlantique nord). Les larves vont ensuite faire le chemin inverse pour arriver sur les côtes européennes où elles vont se transformer en civelles. Au fur et à mesure de leur croissance, les individus vont coloniser les eaux continentales pour vivre une dizaine d’années dans nos rivières. A ce stade, les anguilles ne sont pas encore adultes et ont une livrée de couleur jaunâtre, on parle d’anguille jaune. La dernière métamorphose, le passage de l’anguille jaune à l’anguille argentée, va préparer l’animal à la migration de dévalaison et à la reproduction. Cette migration va permettre à l’anguille de vivre dans les eaux marines et ainsi rejoindre les zones de reproduction.

La dégradation des milieux naturels (libre circulation entravée, qualité des eaux,…), la pêche et la durée du cycle biologique de l’anguille sont les principaux responsables de la diminution de la population observée depuis les années 1980.

Aussi, le règlement européen du 18 septembre 2007 institue des mesures de reconstitution du stock d’anguilles européennes. Les ministères en charge de l’écologie et de la pêche en eaux douces et en eaux marines ont, pendant plus d’un an, travaillé ensemble avec les usagers de l’eau pour mettre en place un plan de gestion national visant à reconstituer le stock d’anguilles à l’échelle nationale.

Ce plan a été remis à la Commission européenne qui l’a approuvé par une décision du 15 février 2010 ; il comporte des mesures sur les différents facteurs de mortalités anthropiques. Afin d’assurer le retour des anguilles adultes vers leur lieu de reproduction en mer, le plan prévoit en effet l’aménagement, dans les six ans à venir, de 1600 ouvrages hydroélectriques ou non. Par ailleurs, une réduction de 30 % de l’effort de pêche sur les différents stades de l’anguille, répartie sur 3 ans, est programmée.

En application du règlement européen, un premier rapport de mise en œuvre a été transmis par la France à la Commission européenne le 29 juin 2012. Les éléments de ce rapport avaient fait l’objet au préalable d’une réunion du comité national anguille le 31 mai 2012, rassemblant l’ensemble des parties prenantes.

Un deuxième rapport de mise en œuvre, dressant le bilan 3 ans après le précédent conformément au règlement européen, a été transmis par la France à la Commission européenne le 30 juin 2015. De même que pour le précédent rapport, une présentation de ses grandes lignes avait été faite lors d’une réunion du comité national anguille dédiée le 12 juin 2015, rassemblant l’ensemble des parties prenantes.

Le saumon atlantique (Salmo salar)

Il existe une cinquantaine de cours d’eau ou bassins fréquentés par le saumon atlantique en France au XXIème siècle, depuis le Rhin, frontière avec l’Allemagne, au nord-est jusqu’à la Bidassoa, faisant frontière avec l’Espagne, au sud-ouest.

La plus grande partie des dispositions ayant force juridique pour protéger ou restaurer les milieux et des conditions de migration (franchissement des obstacles) sont incluses dans le code de l’environnement. Le code de l’environnement incorpore les lois sur l’eau successives. Les mesures de protection sont traduites dans les Schémas Directeurs d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE) adoptés dans chacun des six grands bassins hydrographiques français. Ces SDAGE définissent les principes de protection des cours d’eau et des bassins versants pour une durée de cinq ans et ils traitent des zones humides, plans d’eau, cours d’eau et eaux souterraines, ainsi que de la faune piscicole et des poissons migrateurs.

Le bassin de la Loire est un exemple concret qui permet d’illustrer les mesures de gestion. Pour aider la population résiduelle de saumon sauvage à reconquérir les habitats de reproduction disponibles dans le bassin de la Loire, des apports issus de la reproduction artificielle sont réalisés, en veillant à leur capacité d’adaptation aux habitats naturels et de contribution au renouvellement de la population à leur retour en eau douce. Pour ce faire, le plan prévoit la capture de géniteurs. Ces géniteurs produiront des individus destinés au repeuplement par déversement dans le milieu naturel. Les mesures de repeuplement doivent s’effectuer dans les conditions les moins impactantes pour la population naturelle (concurrence, prélèvement de géniteurs en dehors des zones de reproduction naturelle,…). De plus, des actions de restauration de la circulation des poissons et d’amélioration des habitats et de la qualité de l’eau sont menées afin d’optimiser les opérations de repeuplement.

La politique de restauration des poissons migrateurs doit permettre :

  • le développement des connaissances sur ces espèces (reproduction, croissance,…) ;
  • l’amélioration de la circulation tant à la montaison qu’à la dévalaison ;
  • la lutte contre la pollution et le braconnage ;
  • la sensibilisation du public à l’intérêt de ce patrimoine.

Cette politique de restauration des espèces migratrices est un des fondements majeurs de la politique de restauration de la continuité écologique (lien vers le dossier « continuité écologique ») des cours d’eau. Elle nécessite la concertation et la collaboration des différents acteurs impliquée dans le domaine de l’eau et ceci à tous les niveaux. L’enjeu est de taille mais quel beau combat !

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