Adaptation de la France au changement climatique

Le Mercredi 7 décembre 2016
La démarche d’adaptation, enclenchée au niveau national par le ministère de l’Environnement à la fin des années 1990, est complémentaire des actions d’atténuation. Elle vise à limiter les impacts du changement climatique et les dommages associés sur les activités socio-économiques et sur la nature. Les politiques publiques d’adaptation ont pour objectifs d’anticiper les impacts à attendre du changement climatique, de limiter leurs dégâts éventuels en intervenant sur les facteurs qui contrôlent leur ampleur (par exemple, l’urbanisation des zones à risques) et de profiter des opportunités potentielles.

Qu’est-ce que l’adaptation ?

Le concept d’adaptation

La définition de l’adaptation a été affinée au rythme des rapports du GIEC.

La capacité d’adaptation est le degré d’ajustement d’un système à des changements climatiques (y compris la variabilité climatique et les extrêmes) afin d’atténuer les dommages potentiels, de tirer parti des opportunités ou de faire face aux conséquences.

Les possibilités d’adaptation sont nombreuses à l’heure actuelle, mais pour réduire la vulnérabilité au changement climatique futur il est impératif d’en élargir les approches possibles.

  • Adaptation : démarche d’ajustement au climat actuel ou attendu, ainsi qu’à ses conséquences. Dans les systèmes humains, il s’agit d’atténuer ou d’éviter les effets préjudiciables et d’exploiter les effets bénéfiques. Dans certains systèmes naturels, l’intervention humaine peut faciliter l’adaptation au climat attendu ainsi qu’à ses conséquences.

  • Adaptation autonome ou spontanée : adaptation en réponse à un aléa climatique vécu ou à ses effets, sans aucune préméditation explicite ou consciente et axée sur la lutte contre le changement climatique.

  • Adaptation incrémentale : mesures d’adaptation ayant pour objectif principal le maintien de la nature et de l’intégrité d’un système ou d’un processus à une échelle donnée.

  • Adaptation transformationnelle : adaptation qui change les éléments fondamentaux d’un système en réponse au climat et à ses effets.

En pratique, la notion d’adaptation spontanée n’est pas toujours simple à isoler : pour définir de manière pragmatique les actions d’adaptation spontanée, on peut considérer qu’elles correspondent à une adaptation réalisée par les acteurs socio-économiques (sans intervention publique en référence au changement climatique), de manière indépendante sans que cela entraîne de changements radicaux (suppression d’activité, déplacement de population, etc.). C’est l’approche suivie par de nombreux écosystèmes sur lesquels l’homme n’agit pas spécifiquement.

L’intérêt d’une telle typologie est de montrer la diversité des mesures et la complémentarité à rechercher, notamment entre des mesures proactives menées par l’action publique et la capacité des agents privés à s’adapter de façon réactive (par exemple, via la mise en place de réseaux de surveillance climatique). La compréhension des différents types d’adaptation est également essentielle dans une perspective d’évaluation des coûts et de définition de plan d’actions.

La mal-adaptation

On utilise également le concept de mal-adaptation pour désigner un changement opéré dans les systèmes naturels ou humains qui font face au changement climatique et qui conduit (de manière non intentionnelle) à augmenter la vulnérabilité au lieu de la réduire.

Une situation de mal-adaptation correspond à l’une des situations suivantes :

  • utilisation inefficace de ressources comparée à d’autres options d’utilisation (par exemple, le recours massif à la climatisation au lieu de l’investissement dans l’isolation) ;

  • transfert incontrôlé de vulnérabilité : d’un système à un autre, mais également d’une période à une autre ; réduction de la marge d’adaptation future (mesures qui limitent la flexibilité éventuelle, par exemple, plantation d’essences d’arbres à rotation longue) ;

  • erreur de calibrage : sous-adaptation ou adaptation sous-optimale (par exemple, une digue de protection n’a pas été suffisamment rehaussée).

Dans le contexte d’incertitude de la prise de décision en matière de changement climatique, l’erreur de calibrage est un axe potentiel important de mal-adaptation.

Prendre la mesure du risque de mal-adaptation, c’est notamment privilégier le choix de stratégies « sans regret », qui permettent de réduire la vulnérabilité au changement climatique et qui gardent des avantages quelles que soient les évolutions climatiques.

Les activités de renforcement des capacités d’adaptation sont souvent considérées comme des mesures « sans regret » dans la mesure où elles rendent la société moins vulnérable à un ensemble de pressions (y compris à la variabilité climatique), quel que soit le niveau effectif du changement.

Politiques nationale d’adaptation au changement climatique

  Politiques nationale d’adaptation au changement climatique
  1. Connaissance climat-impacts GICC 1999
  2. Stratégie Nationale 2007
  3. Concertation nationale
  4. PNACC (Plan national d'adaptation au changement climatique) 2011-2015
  5. Evaluation PNACC 2015
  6. Elaboration propositions 2016-2017

Stratégie nationale d’adaptation au changement climatique

La Stratégie nationale d’adaptation au changement climatique exprime le point de vue de l’État sur la manière d’aborder la question de l’adaptation au changement climatique. Cette stratégie a été élaborée dans le cadre d’une large concertation, menée par l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc), impliquant les différents secteurs d’activités et la société civile sous la responsabilité du délégué interministériel au développement durable. Elle a été validée par le Comité interministériel pour le développement durable réuni le 13 novembre 2006 par le Premier ministre.

1er Plan national d’adaptation au changement climatique

Adaptation au changement climatique

La France s’est dotée en 2011 d’un Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC) pour une période de 5 ans. Conformément à l’article 42 de la loi du 3 août 2009 sur la programmation du Grenelle de l’environnement, il a pour objectif de présenter des mesures concrètes et opérationnelles pour préparer la France à faire face et à tirer parti de nouvelles conditions climatiques.

L’élaboration du PNACC a fait l’objet au préalable d’une vaste concertation en 2010 qui a conduit à plus de 200 recommandations qui ont servi de base à sa réalisation.

Premier plan de cette ampleur publié dans l’Union européenne, ce PNACC a été présenté le 20 juillet 2011 par la ministre de l’Écologie.

Les mesures préconisées concernent tous les secteurs d’activité autour de 4 objectifs :

  • protéger les personnes et les biens ;

  • éviter les inégalités devant les risques ;

  • limiter les coûts et tirer parti des avantages ;

  • préserver le patrimoine naturel.

 

Le PNACC 2011-2015 est intersectoriel et interministériel. Il porte sur 20 domaines : actions transversales, santé, eau, biodiversité, risques naturels, agriculture, forêt, pêche et aquaculture, tourisme, énergie et industrie, infrastructures et services de transport, urbanisme et cadre bâti, information, éducation et formation, recherche, financement et assurance, littoral, montagne, action européenne et internationale et gouvernance.

84 actions déclinées en 242 mesures dans 20 domaines

La variété des thèmes traités dans le PNACC illustre parfaitement la logique poursuivie : incorporer l’adaptation au sein de l’ensemble des politiques publiques.

Des plans à échelle régionale ou locale le complètent (par exemple, les plans climat-énergie territoriaux). Un réseau de compétences décentralisées et de ressources d’expertise se développe en Europe et en France.

Des points d’avancement ont été faits au bout de 6 mois et de 2 ans de mise en œuvre. Une évaluation à mi-parcours a été réalisée fin 2013 et un bilan final publié en 2015.

Le Rapport d’évaluation du Plan national d’adaptation au changement climatique 2011-2015 de la France a été remis à Ségolène Royal et présenté le 23 novembre au Conseil d’orientation de l’ONERC. Il rappelle la nécessité d’anticiper dès à présent les effets du changement climatique.

La conférence environnementale 2014 avait conclu à la nécessité de renforcer la stratégie d’adaptation nationale après avoir procédé à une évaluation externe du PNACC. Cette mission a été confiée au Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) en juin 2015. Les travaux d’évaluation ont été présentés aux membres du Conseil d’orientation de l’ONERC le 23 novembre 2015. Le rapport a été soumis à l’avis du Conseil national de la transition écologique (CNTE) le 17 décembre.

2e Plan national d’adaptation au changement climatique

Après la réussite de la COP21, il convient de définir la politique d’adaptation de la France en conformité avec l’Accord de Paris. L' objectif est ainsi de viser une adaptation effective dès le milieu du XXIe siècle à un climat régional en France métropolitaine et dans les outre-mer cohérent avec une hausse de température de +1,5 à 2 °C au niveau mondial par rapport au XIXe siècle. Une démarche de concertation est en cours pour parvenir à une vision partagée du rôle de chacun pour l’adaptation au changement climatique.

La publication le 27 juin 2016 de la Feuille de route gouvernementale pour la transition écologique 2016 indique les grandes orientations du processus de révision du PNACC.

Dans le cadre de l’implication des territoires, des citoyens et de l’État dans la Transition écologique, la mesure 6b intitulée « Lancer la révision du plan national d’adaptation au changement climatique en mobilisant l’ensemble des parties prenantes » permettra d’élaborer des propositions pour l’adaptation des territoires au changement climatique selon 6 dimensions :

  • « Gouvernance et pilotage » ;

  • « Connaissance et information », incluant la sensibilisation ;

  • « Prévention et résilience » ;

  • « Adaptation et préservation des milieux » ;

  • « Vulnérabilité de filières économiques » ;

  • « Renforcement de l’action internationale ».

Il sera tenu compte des spécificités des outre-mer et des thématiques prioritaires mises en avant par le rapport du CGEDD : la ressource en eau, les zones littorales et les villes.

L’articulation territoriale fera également l’objet d’une attention particulière.

Outre la mesure 6b dédiée spécifiquement au PNACC, la mesure 1d prévoyant de « Promouvoir le renforcement des aides financières internationales pour l’adaptation au changement climatique » et la mesure 4a visant à « Adapter les territoires littoraux au changement climatique » complètent le cadre de travail pour l’élaboration du nouveau PNACC.

Les propositions seront incorporées aux politiques sectorielles. L’adoption formelle du plan pourrait être accompagnée d’un appel à initiatives pour identifier et expérimenter des actions locales d’adaptation au changement climatique à l’initiative de collectivités territoriales.

Recommandations de la concertation technique pour un nouveau PNACC

Réunis entre fin juin 2016 et fin mai 2017, les membres des 6 groupes de travail de la concertation pour un nouveau Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC) ont achevé leurs travaux au sein de chacune des 6 composantes.

Bases de données

En complément des indicateurs du changement climatique, plusieurs bases de données permettent désormais d’approfondir la plupart des sujets.

Drias, les futurs du climat

Ce portail, développé par Météo-France, donne accès aux données régionalisées des projections climatiques les plus récentes produites par les laboratoires de recherche sur le climat en France (CERFACS, CNRM-GAME, IPSL).

Climat HD

Une application en ligne de Météo-France sur le changement climatique : températures, vagues de chaleurs, tempêtes, etc. à l'échelle nationale et régionale.

Données publiques et normales climatiques

Caractérisation des événements extrêmes

Bibliographie

Les références des publications traitant de l’évolution du climat sont accessibles selon divers moyens : directement au sein des rapports, sous forme de sélections thématiques, par l’intermédiaire d’archives ouvertes, via les bibliothèques et centres de documentation.

Méthodologies et outils

Cahier des charges type pour une première étude de cadrage sur l’adaptation

Aide à la réalisation d’un cahier des charges pour le lancement d’une étude de cadrage sur les impacts, la vulnérabilité et l’adaptation au changement climatique à une échelle territorialisée, afin d’apporter une première vision d’ensemble sur cette problématique.

Guide d’accompagnement des territoires pour l’analyse de sa vulnérabilité socioéconomique au changement climatique- CGDD (2011)

Guide qui propose une méthodologie permettant de prendre en main la notion de vulnérabilité socio-économique d’un territoire face au changement climatique, basée sur l’identification des activités économiques structurant ce territoire

Recommandation sur la prise en compte de l’élévation du niveau de la mer – ONERC (2010)

Document de synthèse qui précise les hypothèses à utiliser (dans le cadre des études sur les impacts du changement climatique et les mesures d’adaptation possibles) en ce qui concerne la prise en compte de l’élévation future du niveau de la mer.

Économie de l'adaptation au changement climatique - CEDD (2010)

Principes pour la réalisation d’une stratégie d’adaptation. Document qui propose un cadrage économique général du problème de l’adaptation afin d’aider les acteurs publics et privés à construire des stratégies d’adaptation efficaces.

Initiatives locales - WIKLIMAT

Exemples de travaux menés à l’échelle locale et abordant la question des impacts et de l’adaptation au changement climatique.

Centre de ressources de l’ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie)

Le centre de ressources de l’Ademe offre une aide aux collectivités pour la réalisation des Plans climat-énergie territoriaux (PCET), en particulier sur le volet consacré à l’adaptation.