L'évaluation économique de la transition énergétique

Le Jeudi 7 février 2019
La transition énergétique implique des changements de comportements de l’ensemble des acteurs à la fois dans la façon de consommer l’énergie et dans les choix d’investissements. Pour éclairer l’action publique, le ministère s’est doté d’outils de modélisation permettant de simuler ces comportements et ainsi traduire les effets d’une mesure sur la consommation d’énergie et les externalités environnementales associées. Le ministère mène également des analyses sur les coûts et bénéfices sur les innovations technologiques en vue d’identifier les pistes qui ont le plus de chance de constituer des solutions pertinentes économiquement.

Dans le bâtiment

Le ministère utilise deux modèles « RES-IRF » et « Tertiaire » qui lui permettent d’appréhender l’évolution de la consommation des bâtiments dans le résidentiel et le tertiaire. Il apparaît que :

  • Les objectifs de baisse de consommation sont difficiles à atteindre et nécessitent des politiques très volontaristes.
  • L’outil le plus efficace pour induire des baisses de consommation est la taxe carbone, avant les mesures réglementaires telles que les obligations de travaux.

Dans les transports

Le ministère a identifié trois pistes d’action pour limiter les externalités négatives des transports :

  • Les progrès technologiques sur les véhicules, associés au développement de l’éco-conduite.
  • Le recours à des carburants alternatifs et plus particulièrement aux véhicules électriques ou hybrides.
  • Le développement de solutions multimodales à la fois pour la mobilité des voyageurs et pour le transport de marchandises, et un usage plus rationnel de la voiture à travers de nouvelles pratiques comme l’autopartage et le covoiturage.

Il mène des évaluations coûts et avantages en vue de déterminer la pertinence économique de ces solutions.

Dans la croissance économique

Depuis le rapport Stern de 2006 (Stern review on economics of climate change) qui souligne que le coût de l’inaction serait en réalité supérieur à celui des mesures nécessaires pour éviter les dégâts écologiques, la transition écologique ne s’oppose plus à la croissance économique.

Plus généralement, la transition énergétique opère une transformation de l’économie :

  • Il s’agit d’effectuer des investissements à court et moyen terme afin de récolter un bénéfice futur (réduction du coût en énergie et de l’impact environnemental et sanitaire).
  • Il s’agit de substituer des consommations intermédiaires (d’énergies fossiles souvent importées) par du capital et de l’emploi local.
  • Il s’agit de favoriser des secteurs et modes de consommation propres.

Les conséquences sur l’économie sont complexes à appréhender car elles sont tributaires des nombreuses interactions entre les différents secteurs ainsi que des phénomènes d’entraînement qui peuvent démultiplier ou atténuer les effets d’une mesure. Mais d’ores et déjà, il ressort que la relance de l’investissement permet de générer une relance keynésienne de l’économie, à court et moyen termes du moins.

Par ailleurs, les outils de politique publique déployés pour parvenir à opérer la transition énergétique sont susceptibles, en eux-mêmes, d’avoir un impact transversal sur l’économie nationale. En particulier la taxation du carbone qui vise à la valorisation des modes de consommation et de production responsables aux dépens des modes et des produits les plus polluants génère des recettes publiques et l’utilisation sous forme de redistribution aux ménages et sous forme de baisse des charges pour les entreprises peut induire un gain macroéconomique à l’origine du double dividende. Ce dernier apparaît lorsque le produit de la taxe carbone qui a un effet distorsif modéré sur l’économie, est utilisé pour réduire des charges qui ont un effet distorsif sur l’économie plus important, par exemple les charges pesant sur l’emploi.